‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 100 sur 124 · LE DROIT DES PEUPLES · texte numérisé non relu

LE DROIT DES PEUPLES

d'tmour, d'enthousiasme et de foi? — Je n'ai jamais été heureux, confessait Bismarck vieilli, je n'ai jamais fait d'heureux, — et, dans ses nuits d'insomnie, il écoutait, désenchanté et tenaillé par de vagues remords, monter vers lui l'iKHrreur des champs de carnage. Que de milliers de mères, près du berceau de l'enfant retrouvé, sentiront leurs yeux se mouiller de larmes de reconnaissance et de joie en prononçant le nom de notre Pasteur (

Terujours nos victoires ont été fécondes, et nos trophées, ce sont les nations à qui, comme le maître de toute pitié et de tout amour, nous avons dit : Lève-toi et marcbel — L'Italie que nous avons arrachée aux bandits de llajmau; la Roumanie dont Napoléon III et Alexandre II ont protégé les pruniers pas contre la jalousie de François-Joseph; la Grèce que la Russie, l'Angleterre et la France ont arrachée à la sauvagerie des Tuiros, vos amis, vos protégés ta, vos gardesH^hiourme. Et vous-mêmes. Allemands, si fiers de votre unité, que seriez-vous, si nos armées révolutionnaires n'avaient balayé la poussière de vos ReichsriUer et de vos Reidisgivdfen et ne vous avaient appris à balbutier les mots de patrie et de liberté l Vos nationaux-libéraux, sans qui l'œuvre de Bismarck n'aurait été ni réalisée, ni conçue, que sont-ils, sinon les pâles continuateurs de ce Parlement de Francfort qui ne se serait jamais Téuni sans noùre révolution de 18481

Vous raillez nos mctn^ et vous n'avez pour cela qu'à reproduire les satires que nous écrivons sur nous-mêmes. Nous nous plinsons à nous calomnier et M°** de Swetchine pourrait toujours écrire : Depuis que je suîa «n France, je n'en entends dire que du mal. Mais vos espions ne vous renseignent qu'incomplètement, et leurs rapports fielleux ou niais vous cachent la vérité réelle. Lequel de vos écrivains

compte dans le vaste monde autant d'admirateurs qu'Anatole France, et parmi vos artistes, lequel oserait se comparer à Rodin? Est-ce une nation dégénérée que celle des Curie et des Henri Poincaré I Êtes-vous bien persuadés vous-mêmes que la gloire de Sedan soit supérieure à celle que nous ont méritée notre courage dans Tinfortune, la vaillance et la gaieté avec laquelle nous avons supporté nos blessures, et rinOexible douceur avec laquelle nous avons repoussé vos avances? De quelles provinces êtes-vous sûrs qu'elles vous garderaient l'immuable fidélité que nous a conservée l'Alsace? Comptez-vous pour rien TefiFort magnifique que nous avons réussi en organisant sur un sol encombré des restes d'un passé si lourd par son incomparable splendeur, une démocratie absolument libre et où tous les citoyens ne sont unis que par l'adhésion spontanée de leur amour pour la patrie commune I Vous avez haussé les épaules et constaté une fois de plus notre pourriture quand vous nous avez vus nous déchirer à propos d'un pauvre Juif injustement condamné. C'est que vous ne compreniez pas! mais l'univers a frémi sur ses bases; il a senti ce qu'il y avait de saint dans cette révolte des consciences contre une sentence illégitime, et de divin dans cette insurrection de la justice et de la pitié.

Nous ne sommes pas aimés, disait déjà Bismarck. — Uns iebt kein Freund auf der weiten Welt^ soupire Harden, nous n'avons pas un ami sur cette vaste terre. — L'Allemagne n'a que bien peu d'amis dans cette guerre, écrit M. Wundt dans la Scientia du !•' janvier 1915, et il constate tristement qu'en Hollande, en Norvège, dans le Danemark, c'est-àdire dans les pays que la race devrait rapprocher de l'Allemagne, ce qui domine, c'est l'antipathie. Il n'est pas douteux que, dans le conflit actuel, ce n'est pas à

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