‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 99 sur 124 · NOUS DICTERONS LE TRAITÉ · texte numérisé non relu

NOUS DICTERONS LE TRAITÉ

ambassadeurs de la République Française doivent recevoir les leurs de la Démocratie. L'heure est venue d'en finir une bonne fois avec la politique de couloirs, les conventions secrètes et les traités occultes. Nous voulons pouvoir avouer toutes nos intentions, et tous les citoyens doivent être appelés au Conseil, puisque tous sont prêts à sceller de leur vie les engagements qui y seront contractés.

La crainte de susciter des divisions dangereuses ne m'effraie pas. Je ne suis pas sûr que la France eût été plus facilement victorieuse en 1793 si Ton eût prorogé la Convention, et je juge parfaitement absurde le régime de la censure sous lequel nous vivons depuis cinq mois. Il est puéril de s'imaginer que la guerre supprime les divergences, religieuses ou sociales, et dangereux de se bercer du rêve d'une union idyllique, qui ne répond et ne saurait répondre à la réalité. Un mensonge a beau être baptisé sacrosaint, il est toujours funeste, et Tentente ne peut se faire que par la discussion et non par le silence, qu'il faudra toujours bien qui se rompe. Ayons foi dans la vérité, dans la lumière, dans la raison. Je me demande ce que signifierait la bataille que nous livrons, si cette foi n'était qu'une illusion, et ce que vaudrait la victoire, si elle n'aboutissait qu'au maintien des anciennes habitudes.

Donc, nous avons le droit, et nous aurons la force, de dicter nos conditions.

Ces conditions, que seront-elles?

Pour les déterminer, il importe avant tout de se rappeler la nature réelle du conflit, et, par conséquent, le sens de la lutte.

Que prétendait l'Allemagne? — Aucun doute ne subsiste sur ce point. Elle voulait orgfan/ser l'univers,

a02 LA GUERRE

c'est-à-dire qu'elle réclame la dominaikm imiyerselle. — Que représesitaii les alliés? L'équilibre. Us Yeuleut qu'aucune nation^ quel que soit le nombre de ses habitants, ne puisse être menacée dans son existence; que tous lesr peuples soient libres de dérelopper leur activité dans des conditions normales, sans avoir à craindre chaque, matin de se voir signifier un arrêt d'expropriation en vertu de je ne sais quelle supériorité mystique.

Si nous admirons, la sincérité et Tint^isiAé du patriotisme germanique, il no«is est radicalem^d; impossible d'accepter les prémisses sur lesquelles il se fonde et les conséquences auxquelles il aboutit II exige le gouvememeni du monde en vertu d'une sorte de droit d'ainessa divin. Nous avons depuis longtemps supprimé la prérogative de la naissance. Nous ne croyons pas aux^ prétendus décrets d'une Providence imbécile qui aurait à jamais créé des hommes de première et de deuxième catégorie, des nations m&les ou femellea,. des types définiti£s et des monstres. Nous saluons avec respect la race qui a produit Kant et Beethoven, mata on ne nous persuadera jamais que les peuples d'oti sont sortis Shak^ speare et Bacon., Pouchkine et Tolstoï, Rabelais et Molière, soient marqués d'une tache originelle qui les condamne à un rôle de deuxième plan.

Votre passé fut peut-être grand, répliquent les Allemands, mais il est mort. Vos jours sont périmés, et votre gloire est éteinte.. — En étes-vous bien sûrs, et votre haine serait-elle si implacable, si les rayons de notre génie n'éblouissaient vos yeux? Y a-t-il si longtemps que notre Hugo est mort, et depuis combien d'années vos Fontane, vos Sud^nnann et vos Gérard Hauptmann seront-ils ensevdiis sous la cendre de Toubli alors que les jeunestêtes bouclées se coloreront encore d'un sounce de joie en lisant ses vers

Page 1