LES NATIONALITES 3M
Les nations, suivant la forte expression de M. Saroléa, sont complémentaires. Chaque peuple est nécessaire aux autres, parce que ses qualités propres impriment à son œuvre une marque de fabrique et que de là natt la variété indispensable au progrès universel. A certaines heures, tel ou tel groupe prend un instant en mains le drapeau qu*il remet ensuite à ses voisins pour rentrer dans le rang; au moment où il assume ainsi la direction des âmes, il n'acquiert pas des droits supérieurs, mais il contracte des devoirs plus élevés. Dans le travail successif des siècles et des races, les nations les plus faibles par le nombre n'ont pas eu le rôle le moins éminent. Athènes n'a jamais été qu'un État minuscule, et la Florence du xv* siècle n'a jamais été une république bien puissante; la Hollande nous a donné la liberté religieuse, Spinoza et Rembrandt; la Belgique des Van Eyck est aussi celle de Maeterlinck; c'est à Genève qu'a vécu Calvin et de Genève que nous est venu Rousseau; un petit peuple, — les Tchèques, — a le premier brisé la tyrannie pontificale, et c'est à un Norvégien, Ibsen, que les auteurs les plus connus de l'Allemagne contemporaine ont demandé leur première inspiration. Un peuple qui disparaît c'est une lumière qui s'éteint, c'est une étoile qui meurt.
Ce qu'il y a de grave et de menaçant dans les théories politiques de l'Allemagne, c'est qu'elles ne sont pas la fantaisie d'une heure d'excitation ou l'élucubration de quelques cerveaux malades, mais le résumé et la substance de l'histoire de la Prusse* Tant qu'il ne s'est agi que de dépouiller les Habsbourgs, leurs rivaux de Berlin se sont volontiers parés du masque de la démocratie et se sont présentés comme les libérateurs des nations. — Voile trop transparent sous lequel apparatt la grimace sarcastique du tyran rapace. — Chaque gradin du trône
de ces prétendus émancipateura est formé par le cadavre d'une nation 'é^i^orgée. La conquête de la Sîiésie par Frédéric II contraint Marie-Thérèse à abolir la constitution fëdératire sous laquelle virBÔent depuis des siècles les Slaves d^Autriche, et à inaugurer le régime de germanisation centraliste; et sous ce joug halètent depuis et regimbent les Slovènes et les Tchèques; c'est Frédéric II encore qui prépaa^e et impose à ses voisins le premier partage de la Pcàogne , Frédéric-Guillaume II encourage les patriotes de la Grande Diète de Varsovie et signe avec eux' une alliance solennelle pour les trsdiir aussitôt ^ leur porter le coup fatal. En 1859, Tfapoléon III est obligé d'abandonner son projet d'affranchir Tltalie jusqu'à l'Adriatique. — Pourquoi? — 'Parce que Guillaume a mobilisé et menace notre frontière orientale. — La Pologne, en 1863, essaie de reconquérir son autonomie. Qui arrête alors la France et l'Angleterre, au moment où elles réclamaient quelques garanties pour les opprimés? — Bismarck. — La Crète se soulève contre les Turcs. — C'est Guillaume Il qui la vend à ses i>ourreaux, comme c'est lui qui couvre de sa protection Abd-ul-Hamid, Tégorgeur des Arméniens, et barre le chemin en Macédoine aux émancipateurs bulgares.
Sur toute vie qui essaie de nefttre se pose lourdement la botte prussienne. — En voilà assez. La conscience humaine est ài>out de patience. En même temps que l'équilibre, en face de l'hégémonie- d^une race soi-disant supérieure, les alliés représentent, contre l'égolsme brutalde la raison d'État, te droit des peuples et le principe des^nationalités.
Un État fondé sur la eonquôte est fatdemmit ua État réactionnaire à TintMeur. Dans im pays libre, il serait impossible de 'maintenir 4ong^emp8 un sjitième qui livre l'Alsace aux caprices «te militaires