‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 104 sur 124 · LE DESPOTISME PRUSSIEN · texte numérisé non relu

LE DESPOTISME PRUSSIEN

en goguette, exproprie les Polonais de Poznian, condamne aux yerges les pauvres enfants de la Silésie ou de la Prusse orientale qui ne demandent qu'à prier Dieu dans leur ktngue maternelle, et transforme en parias sans foi ni Heu les Danois du Slesvig.

Dablmann, Waitz et Treitscfakes'amusent à opposer aux libertés appariâtes de hi France les institutions communales et provinciales de TAllemagne qui laissent un raste jeu aux activités individuelles, comme si Texpérience n^i^btîssait pas que les libertés locales ont besoin pour Bubôster des garanties parlementaires, qui contrôlent et frappent FarMtraire des fonctionnaires.

En Prusse, le seul pouvoir réel est cdui de la bureaucratie, courerte par un souverain qui n'est responsable que devant Dieu. Le seul point sur lequel Guillaume II n'ait jamais hésité ou Tarie, c'est le caractère divin de sa monmrdiie : « Dieu a mis la maison de HohenzoUem à la place qu'elle occupe et elle ne doit de comptes qu'à l'Éternel et à sa conscience y> (28 février i8d4); il n'oubliera jamais les leçons de son grand-père, qui « ne rendait hommage qu'à Dieu seul, reçut de lui son pouvoir et devint ainsi l'instrument du Seigneur v> (10 mai 96); «^x me nata corona, dit un jour Frédéric I*'; son fils, Frédéric-Guillaume I*', assura son autorité comme un rocher de bronze; de même, je représente la royauté de droit divin» (6 septembre 94) », etc. Il serait facile de multiplier les citations à l'infini.

Roi par la grftce de Dieu, le Kaiser a pour soutien , la noblesse qui est unie à hii par une mission parallèle et dont il maintient les privilèges, sans qu'elle soit d'ailleurs jamais admise à discuter ses ordres; une opposition des nobles prussiens contre leur chef naturel serait une monstruosité. Quant aux vulgaires sujets, qu'ils se rappellent TaTertissement d'un

ministre de Frédéric-Guillaume IV qui les invitait à ne pas juger les actes de Tautorité, puisque leur pauvre intelligence n'est pas à même de les comprendre; s'ils ne sont pas contents, qu'ils vident le pays, et surtout qu'ils ne s'avisent pas de blâmer la conduite de l'Empereur : « La route que je suis est bonne. Mon grand-père possédait une foi inébranlable dans son rôle divin; j'ai la même foi que lui. »

Le mattre est satisfait, puisque sa volonté est la loi unique, et tous doivent éprouver le même contentement béat. Dans un règne qui a duré plus d'un quart de siècle, pas une réforme sérieuse n'a été tentée. Le Landtag prussien dont l'influence sur la vie politique générale de l'Allemagne entière est considérable, est toujours élu d'après le système des trois classes, que Bismarck lui-même déclarait aussi absurde qu'injuste.

Libre aux Allemands, s'il leur convient, de se contenter de ce régime d'absolutisme suranné, de byzantinisme et de camarilla. Nous entendons du moins qu'on ne cherche pas à l'étendre sur de nouvelles contrées, et nous ne voulons plus que notre régime démocratique soit exposé à des menaces incessantes ou à de redoutables surprises.

Nous voulons enfin, — et c'est un des points essentiels de notre programme, — que le soldat soit le défenseur, non le mattre de la cité, le gardien de la patrie, non l'inspirateur de sa politique. — En Allemagne, l'armée est la colonne vertébrale et le cerveau du pays; le souverain compte sur elle pour arrêter toute réforme et, si le peuple lève la tête, il est sûr que ses soldats « n'hésiteront pas à tirer sur leurs parents et sur leurs frères » (23 novembre 1891). Le citoyen, pendant sa vie entière, n'est qu'un soldat qui a pour un moment déposé l'uniforme. « Ce que le soldat a appris pendant le temps du service, disent lesKriegs-

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