LE MILITARISME PRUSSIEN
artikelriy qui sont comme le sommaire du Gode Militaire, il ne doit pas Toublier quand il est en congé », — entendez par là dans le cours entier de sa vie civile.
Les officiers constituent une caste, qui se recrute à peu près exclusivement dans la noblesse et possède sa morale particulière et ses privilèges indélébiles; comme le prêtre, plus que le prêtre, l'officier est taboUy et malheur à l'imprudent qui oserait lever contre lui un regard sacrilège. Plus d'un ministre a appris par une cruelle expérience ce qu'il en coûtait d'oublier qu'avant d'être Empereur, le roi de Prusse est chef de l'armée.
Cette caste d'officiers, qui ne vit que pour la guerre, qui condamne l'Europe à de perpétuelles alertes et qui, dans un monde pacifique, est un élément permanent de trouble et d'effroi, il faut une fois pour toutes la mettre hors d'état de nuire.
Nous n'avons rien négligé pour éviter une rupture ; mais, puisque nous avons dû subir la guerre, nous ne poserons pas les armes, tant que les questions de principe ne seront pas tranchées dans le sens où nous voulons qu'elles le soient. Nous entendons établir en Europe un système politique qui assure un équilibre durable, qui garantisse l'indépendance des nationalités et qui réduise à une impuissance radicale les éléments réactionnaires et militaristes qui sont en contradiction avec l'esprit moderne.
Comment y réussirons-nous? — Et tout d'abord, puisque cette question domine et implique les autres, comment supprimerons-nous, non pas certes l'Allemagne, que nous désirons qui reste une grande nation, mais le péril prussien?
LA Qvmmi*
di^oogk
L'Âllemagnerdeyea faUdament consentir des sacrifices qui seront cruels à soa amour-propre. Elle ne oonsenrera ni rAlsacft-Lorraine, qui nous apparticast, ni les provinces polonaises, ni le Luxemboui^ qu'elle s'était acGOutuHiée à traitor* en annexe^ Les parties septentrionales <du Sleavig rentreront naturellement dans la monarchie danoise. Il semble peu vraisemablable que les Japonais laissent jamais les Allemands reprendre pied en Chiiiev et il leur faudra bien mtssi reno&eer à leurs ambitions sur le Congo. Peut!-êtee enfin, exigera^t-^m d'eux quelques sacrifices dans rAfriqueoiientale. Si en effet la France, pour obtenir le concours des Japonais en Europe, leur cédait une partie de nos possessions d'Aiûe, il serait juste qu'elle obtint une compensatkm du côté de la Nigeria, et TÂn^eterre réclamerait vers TEst des territoires suffisants pour assurer largement les communications de l'Egypte avec le Cap..
Même après ces retranehements indiapeàsables et sur lesquels aucune diseusûon n'est possible, seraitril prudent de laisser subsister, au. centre da l'Europe, une monarchie militaire de 60 millions d'hommes . qui n'aurait d'autre pensée qu^e de recommencer la lutte le jour où elle aurait réorganisé ses forces et réussi, à diviser ses advejpsaireSi
La solution la plus simple, celle qui se présente la première à l'esprit, serait de rattacher à la France la région de la Moselle, aveoTrèves et Mayence. Nous aurions ainsi vraiment^ suiviukt.le mot de Bismarck, les clés de la maisMi^. et. notre frontière serait assez forte pour décourager longtemps toute pensée d'agression.
Après tout, remarque-t-oa, Bismarck n'avait pas si grand tort, au point de vue prussien, d'exiger Metz et Strasbourg, et la preuve, c'est que nous n'avons jamais depuis menacé l'Allema^e, crue nous
ne Taurions jamais attaquée, parce que roflfensive nous était à peu près impossible. Pourquoi ne pas emprunter à Tadversaire ses méthodes, quand Texpérience en a montré la valeur? Les vignerons de la Moselle différent moins de nous que des Prussiens : ils sont catholiques, épris 'de liberté et d'égalité, et ils supportent avec impatience la lourde main des Junkers du Brandebourg. Pendant la Révolution, ils avaient appelé les armées françaises et ils ont conservé longtemps le souvenir de Napoléon ; ils reprendraient tout naturellement leur place parmi nous et ils compléteraient merveilleusement lïarmonie française, en balançant les Méridionaux spontanés, Imaginatifs, excessifs et mobiles, par un élément plus pondéré et plus stable.
Ces raisons sont graves, et personne ne regrette plus que moi que Napoléon ait compromis par ses folies les conquêtes de la Convention. Sans lui^ Trêves et Mayence seraient aujouhi'hui aussi françaises que Nancy et Metz.
Seulement, depuis lors, il y a eu 1866 et 1870 : il y a eu même 1914. Les habitants de la Moselle ont combattu contre nous à côté des Prussiens, leurs intérêts comme leurs souvenirs les ont rattachés à Berlin; il est vrai qu'ils se disputent souvent avec les hobereaux de FElbe, mais les querelles longtemps répétées rendent les ménages indissolubles.
Quelque maladresse qu'ait montrée FÂllemagne en Alsace-Lorraine, pendant le demi-siècle qui s'est écoulé depuis 1870, la vie ne s'est pas arrêtée flans le Reichsland ; sans parler même des immigrés, qui sont nombreux, la restauraticm du régime français froissera bien des intérêts et bien des habitudes. Un enfant qui a été arraché de la maison paternelle et qui n'y revient qu'après un laps de temps assez long, s'y sent quelque peu étranger, en dépit de toute son
affection pour les parents retrouvés. Pour que la familiarité renaisse, beaucoup de tact et de ménagements seront nécessaires, et ils ne suffiront pas à éviter les froissements. Actuellement nous nous représentons les choses, des deux côtés des Vosges, sous un jour idyllique, arcs de triomphe, feux de Bengale, illuminations et banquets. Mais les fêtes ont des lendemains, et quand les toasts sont terminés, les affaires se présentent.
Sans supposer le moins du monde que les difficultés que nous rencontrerons soient insurmontables, je crois que nous ne parviendrons pas à éviter tous les écueils et qu'il se constituera une opposition. Nous en briserons Taiguillon assez vite par la douceur, par Faffection, par notre régime de liberté surtout. La situation deviendrait beaucoup plus grave s'il y avait dans la France nouvelle, à côté du Haut et du Bas-Rhin, deux ou trois départements allemands où la mauvaise humeur que causera naturellement le bouleversement des habitudes se compliquerait de la révolte de Tesprit national. Quoi qu'on en ait dit, Napoléon III n'a jamais poursuivi sérieusement l'annexion des provinces rhénanes; tout au plus a-t-il regretté que cette conquête ne fût pas possible. Au milieu des fumées qui hantaient son imagination, il avait des lueurs de raison, il ne voulait pas créer dans son Empire une Germania irredenta.
Je n'ignore pas que les Allemands ont Téchine souple, l'humeur plastique, et qu'ils ne s'insurgent pas longtemps contre le destin; je sais aussi la puissance des institutions franchement démocratiques. Aurions-nous pourtant le droit, après avoir commencé la guerre au nom de l'idée des nationalités, de la finir en invoquant le droit de conquête. Il faudrait au moins demander leur opinion aux riverains
VALLEMAGNB NOUVELLE 3iT
de la Moselle inférieure, et je doute que, dans un plébiscite, la majorité se -prononçât pour une réunion alla France.
Je piréférerais «ncore cependant l'annexion de la Moselle à une autre combinakon qui rencontre une certaine faveur éi qui «enât la reconsMtution pliœ ou JBoins exacte de la Cionfédération geivnanique.
Pleurons tant qu'il vous pkira TAUemagne dn Congrès de Vienne. C'était un exoeilent voisin, heiffneux assez souvent et tracassier, mais qui s^en tenait aux mines maussades et aux paroles malsonnantes. Un préfet de comédie, ^'rivant dans une ^le de province dont il veut éveiller la somnolence, lit dans ^xm guide qu'il 7 a dans les enTÎrons un volcan éteint; les îmbécîleB, 8^i«rie-t-il, ils a¥iâent un Tolcan et ils Font laissé s^éteindre. Napoléon III a^ait À côté de lui un iwioan ^ii^, et il Fa rallumé. H )a expié durement sa fante^ et nous avec lui. Mais forons-nous jamais que le passé n'ait pas existé?
Comment serait cotnstitnée cette Allemagne nouvelle, ou pins exactement cette Allemagne renouveléa? — A Fouest, un État rhénan^ république ou monarchie ; au nord-ouest, le Hanovre^ dans le bassin du Danube et du Rhîn mc^en., les États du sud et FAutriche, réduite anx ^mcieiiB domaines héréditaires des Habsbourgs; à ilest enfin, la Prusse, à peu près dans les limites ipie lui avait fixées le traité deTikit.
.Le souverain désigné du nou^veau royaume de Hanovre serait le descendant des Guelfes, le duc de Cumberland, qui n'a famais abdiqué ses dnôts. Les procédés d'assimilatiou de la Prusse «ont si grossiers qu'elle n'a jamais réussi à extirper-complètemen^ en Westphalie les éléments d^oppositîon, ass^z failles pourtant, qu'elle y rencontrait, et les Guelfes, le parti du droit, y maintiannent à peu près leurs posi-
mn LA GUERRE
lions. Très hostiles aux HohenzoUern, ils se vantent, en face de TAllemagne contemporaine, utilitaire et violente, de représenter la vieille Germanie traditionnelle, cosmopolite, idéaliste et pacifique. Ils sont, suivant l'expression de M. William Martin, non pas pangermanistes, mais panallemands, ce qui signifie qu'ils tiennent plus à Tunité morale de la race qu'à la centralisation politique.
La direction de la Confédération appartiendrait soit à un triumvirat (Bavière, Autriche et Prusse), soit à un Président, désigné par le Conseil fédéral lK)ur une période déterminée.
Ce plan qui, à en juger d'après certains indices et par le langage de la presse anglaise, serait assez favorablement envisagé par le Cabinet de Londres, est à première vue séduisant, et il paraît facile à réaliser... sur le papier. La dynastie de Hanovre trouverait-elle une base bien solide et bien large dans les quelque cent mille électeurs Guelfes, qui sont disséminés dans le Hanovre, la Hesse et le Nassau? Quelle serait l'autorité du prince que Ton établirait à Trêves ou à Âix-la-Ghapelle? Ces États, séparés politiquement, n'en continueront pas moin&-d'ôtre unis par un même régime douanier, une législation semblable; ils auront la même unité monétaire, la même police des chemins de fer. Il serait impossible, — et injuste, — de leur refuser un Parlement commun. Quand les députés de tous ces pays, qui n'ont peut^tre pas une tendresse extrême pour les Prussiens, mais qui ressentiront comme une lourde offense le divorce que vous leur aurez imposé, se trouveront en présence, ne tomberont-ils pas aussitôt dans les bras les ims des autres et n'assisterons-nous pas A un spectacle analogue à celui de la Yalachie et de la Moldavie en 1859, ou de la Bulgarie et de la Roumélie Orientale en 1885? L'Europe voudra-t-elle
reprendre le rôle de Metternich, et, montera-t-elle la garde autour de ces amoureux qui finiront bien par se rejoindre en dépit de la duègne?
L'expérience historique démontre que jamais les restaurations ne réussissent. Le morcellement de TAllemagne aurait les plus grandes chances de n*être qu'une tentative éphémère et contiendrait les germes de nouvelles complications. L'idée en eût ravi Thiers et révolté Gladstone : entre les deux mes préférences ne vont pas au premier.
Aucune paix n'est durable que celle qui n'impose pas au vaincu des sacrifices excessifs et ne l'atteint ni dans ses fibres intimes ni dans ses besoins essentiels. Sans doute, il est difficile de conserver quelque sang-froid en présence de la férocité stupide dont nos adversaires donnent tous les jours le spectacle le plus odieux et le plus lamentable. Même en faisant très large la part des imaginations surexcitées et en supposant, comme je veux l'espérer, que, parmi les faits détestables qu'on nous rapporte chaque jour, beaucoup sont apocryphes; en écartant, comme il convient, les fureurs du champ de bataille, quand les partis aux prises sont emportés par le délire du combat; que de crimes patents, volontaires, prémédités, avoués ou implicitement démontrés par des mensonges ridicules ou des excuses plus révoltantes que les crimes eux-mêmes I Les Allemands^ ils ne le dissimulent pas, par système, méthodiquement, ont augmenté dans des proportions énormes les ruines qu'entraîne fatalement la guerre; ils ont voulu nous atteindre dans nos gloires les plus pures, supprimer jusqu'à notre passé. La rage nous monte au cœur en même temps que les larmes nous viennent aux yeux quand nous songeons à Louvain, à Arras, à Reims, à tant de dévastations imbéciles, de misères stupidement créées par le plus abject et le plus absurde des calculs.
Nous attarderons-nous cependant à ces souvenirs désolés et ne chercheroos-BOUS pus plutôt à diriger nos regards vers un ordre de choses qui rouira impossible le retour de semblables tueries? Le crime il'appelle4ril pas la pitié plutôt que la haine? L'idée seule de nous venger par des cruautés analogues ne parattrait-^elle pas exécrable aux plus passionnés d'entre nous? Môme si nous prenions la réscdution de r^idre forfait pour forfait, nous en serions e]iq>ê-> chés par la révolte de Tinstinci.
La cruauté froide et ^ealoulée, le massacre des otages, les bombes lancées sur des villes ouvertes, Touirage aux enfants et attxlemmes sont inccmcilia- Ues avec notre nature. $i ici et là se produisaient des représailles sanglantes, «e qui est malheureusement toujours à redouter,.iios c^ciers rappeUei^ent vite à leurs hommes que isaor premi^ devœr est de ne pas déshonorer la cause sainte qu'ont glorifiée de si nobles sacrifices. Bans notre lutte contre les bordes que Guillaume lance sur nous, grisées de sophismes et d'éther, il a sur nous un. redoutable avantage, ^ il en abuse. Il sait bien que notre juste colère ne siîabaissera jamais à imiter son infamie. QuMl bombarde nos baùliqttes, noua ne brûlerons pas Cologne.
Nous n'avons pas àinlli^^ un châtiment à TAUemagne et nous laissons à son bon ivieux Dieu, qui a permis ces abominations, lesoin d'en tirer vengeance. Nâire affaire est moins compliquée : nous vouIcoeus établir un modus vivemli qui nous préserve pour toujours, ou du moins pour le plus longtemps possible, d'une nouvelle exfdication sanglante.
Est-ce si difficile? D'abord, ks provinces que l'Allemagne devra abandonner in'entameront pas assez sa puissance pour qu'il lui soit Jonpossible de se réconcilier assez vite avecaa nouvelle eoiulilton. En réalité, elle sera surtout débarrassée d'un poids maxt
qui arrôtait son évolution naturelle. Du jour où Fabandon des provinces allogènes, qui n'étaient conservées que par la violence, rendra le despotisme inutile, tous les citoyens en apercevront Tabsurdité et en sentiront Tennui. Nous n'avons ni la prétention, ni le désir de nous immiscer dans la vie politique intérieure de la Prusse et, s'il lui convient de conserver sa loi électorale, nous ne saurions nous y opposer. Mais il est peu probable qu'après les dures épreuves qu'elle aura attirées sur le pays, la monarchie de droit divin conserve beaucoup de fidèles et que le Reichstag se contente de la position subordonnée à laquelle on l'avait réduit. L'Allemagne, guérie de sa présomption par les revers, résignée à ses pertes comme nous nous sommes résignés à l'abandon des provinces conquises pendant la Révolution, évoluera vraisemblablement vers un régime démocratique et, quoi qu'en pensent quelques pessimistes, les démocraties par essence sont pacifiques.
Nous avons besoin cependant de garanties contre une nouvelle attaque. Depuis qu'elle existe, l'humanité fait la guerre et rôve la paix. On m'accusera naturellement de chimère^ si j^avoue que je ne désespère pas de voir se réaliser ce rôve. Après tout, qu'estce que la chimère, sinon l'idée qui n'a pas encore rallié la majorité, et est-il sûr que la majorité, si elle était consultée, se prononcerait contre moi?
Sans doute, partout la foule est paresseuse et misonéiste; non seulement elle hait tout ce qui la choque par sa nouveauté, mais elle le condamne comme absurde et criminel, et c'est de cette foule que sortent les prétendus sages qui doctement hochent la tôte et invoquent l'histoire : il y a toujours eu des guerres, donc il y en aura toujours^ et ceux qui espèrent un meilleur avenir, sont des utopistes et des sectaires dangereux.
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Que cette conviction soit celle des fanatiques qui croient au péché originel ei à la malédiction lancée sur la postérité d'Adam, soit! Mais la tradition fran* çaise n'est-elle pas nettement optimiste? Ne reposei-elle pas sur Fidée de progrès? Après tout, en dépit des effroyables démentis que les événements actuels paraîssent'donnerà AostespémBces, la marche générale des siècles confirme plutôt les hypothèses de Bacon, de Condorcet et de Comte que les sinistres théories de Roon et de MâUke. Je ne méconnais psbs les côtés effrayants de la nature humaine, je sais que dans chacun de nous sommeôtte Thomme des cavernes, je n'ignore pas qu'un ittoident suffit souvent pour que la couche superficidlede civilisation se crevasae et que la brutalité primitive se manifeste dans toute son horreur. £n fait, cependant, beaucoup d'entre nous meurent sans que ces instmcts ataviques aient jamais affieuré la «urJEace. Par quelle étrange contradiction les nations seraient-^eîles conduniuèes ii subir ébemellem^it le joug de la barbarie première dont tant de citoyens se libèrent?
L'œuvre essentielle du Congrès futur devra être de hàier une évolution nécessaire en oi^nisant la paix. Il devra imposer à tous l'abandon du syatèsœ wSàr taire actuel, qui sera remplacé par des milices sur un type analogue à oelui de laSuisscyavec un temps de service réduit et des périodes d'exercice «uffisanàes pour garantir la sécurité du pays ccmtre toute* menace d'invasion, mais de manière à écarter jusqu'à l'idée d'intensive. L'armée redeviendra ce qu^elle eût dû toujours être, une école d'éducation nationale, non, comme en Prusse, une serre chaude où l'on^mtretient artificiellement des passions surannées et des espoirs criminels. Elle rapprochera dans une vie commune les classes sociales, elle donnera aux jeunes gens des habitudes de discipline et de haasub
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tenue, elle entretiendra le dévouement à la Patrie, qui restera un élément essentiel de vie morale; mais le séjour à la caserne sera trop court pour créer cet esprit de caste conquérant qui anime aujourd'hui les Junkers^
Napoléon, objectent le^ sceptiques, a imposé à la Prusse la limitation de- ses armements, et Scharn-» horst a réussi à tourner les clauses du traité. En dépit de leur vigilance soupçonneuse, nos comman'dants et nos ambassadeurs ne Font pas empêché de faire passer par la caserne des milliers de KrûmperSy et avec ces Krûmpers ainsi instruits malgré les con* ventions, les Allemands ont été victorieux à Leipzig. Là où n'a pas réussi Napoléon, consment un gouvernement populaire, n^ligent et distrait, n'échoue*rait^il pas? Le projet de désarmement réciproque n^aboutirait en dernière analyse qu'à préparer TégM^ gement de la nation la plus loyale et la plus démo*cratique?
Comme nos guerres de la Révolution, les guerres de rindépendance allemande ont donné lieu à beau^ coup de légendes. En réalité, les fameux KrDmpers de Schamhorst n'auraient jamais battu l'Empereur s'il n'avait eu soin d'abord de faire anéantir son armée en Russie, et il n'a pas fallu moins que des folies sans exemple pour que la Prusse se relevât. L'objection tombe d'elle-môme, puisque le système des armées à court service supprime la possibilité des tentatives de domination umverselle.
D'ailleurs, comme il faut prévoir que des difficultés nattront entre les peuples, on étendra la compétence de Fa cour de la Haye. Aucune guerre ne sera licite qu^après recours à l'arbitrage, et un intervalle d'un mois devra toujours s'écouler entre la déclaration officielle de la guerre et l'ouverture des hostilités. Ainsi disparattraient les tentatives d'attaques brus-
quées et les accusations réciproques de mobilisation prématurée qui, comme Font montré les derniers événements, sont un des prétextes les plus fréquents de rupture. Il ne sera pas dès lors nécessaire, ainsi qu'on le propose quelquefois, d'entretenir une armée internationale pour assurer le respect des conventions. Il suffira de décider que tout peuple qui n'aura pas invoqué d'abord l'arbitrage et qui n'aura pas respecté les délais légaux, sera, ipso fado, quelle que soit d'ailleurs la justice intrinsèque de sa cause, quelque manifestes que soient les intentions perfides de son ennemi, déclaré déchu de son droit et mis au ban de l'univers. Tout commerce avec lui sera interdit, aucune avance ne lui sera consentie, aucun consul ne se chargera de protéger ses nationaux, aucune paix imposée par lui n'aura force juridique, aucun recours ne sera accepté contre les conditions que lui dictera le vainqueur, et il ne sera de nouveau reçu dans la société mondiale qu'après avoir accordé à ceux qu'il aura attaqués une satisfaction légitime et avoir indemnisé le reste de l'humanité des pertes que lui aura infligées sa criminelle tentative.
Êtes-vous sûr, me dirait-on, que les non belligérants ne seront pas entraînés par leurs sympathies particulières et qu'ils ne trahiront pas la cause du droit international?
Leur intérêt même répondra de leur loyauté. Il est possible qu'une guerre enrichisse quelques particuliers; d'une manière générale, elle est une cause de ruine universelle. Il ne manque pas de gens aujourd'hui qui hocheut la tête en supputant les bénéfices qu'encaissent les neutres : ils me persuaderont difficilement que le Danemark ou la Hollande, l'Italie et les États-Unis n'eussent pas infiniment préféré une solution amiable.
Ne négligeons pas trop d'ailleurs les facteurs