LE DROIT DES NATIONALITÉS
des politiques de Vienne, — sa langue est reconnue comme seconde langue officielle; elle est admise dans les tribunaux et les délibérations politiques; les fonctionnaires sans exception sont tenus de connaître les diverses langues du pays et de répondre aux requêtes qu*ils reçoivent dans Tidiome du demandeur.
La plupart des difficultés d'application dont on nous épouvante s'évanouiront dans la pratique, comme le prouve assez l'exemple de la Suisse. En fait, dans les pays mixtes, presque tous les hommes d'instruction moyenne se servent avec une égale facilité des diverses langues usitées autour d'eux. Les seules régions où sévisse le nationalisme philologique, sont celles où l'injustice officielle provoque l'intolérance et où le boycottage administratif d'un idiome suscite chez les opprimés un patriotisme intransigeant. Du jour où il n'y aura plus de citoyens de diverses catégories, ils se soumettront tous aisément aux nécessités de la vie. Dans les assemblées, par exemple, comme l'on ne parle généralement que pour ôtre entendu, les orateurs, après quelques réserves de forme, reviendront d'eux-n^êmes à la langue comprise par la majorité.
« La guerre et la mort, écrivait Renouvier vers 1848, ont détruit les races premières et les nations d'ordre naturel. La raison nous apprendra que les diversités intellectuelles et physiques, les aptitudes morales variées des groupes de citoyens dans un même État sont précieuses et peuvent produire des résultats utiles, des harmonies plus vastes et plus complexes... (Il se forme ainsi) des races éthiques, dont certaines sont des nations fortement constituées et consistantes, en dépit des mélanges forcés d'où elles proviennent. »
Un des avantages, — non des moindres, — de l'existence de ces États mixtes, sera d'atténuer la
véhémence des conflits de race et de servir de tampon aux heures critiques. -^ A la condition cependant qu'ils ne soient pas surchargés d'éléments inassimilables, parce qu'attirés au dehors par une force centrifuge irrésistible.
Quandle Congrès de Vienne, sous l'impulsion de Mettemich etde Talleyrand, écartale projet d'Alexandre I**' pour la reconstitution du Royaume de Pologne, son erreur s'excusait, — au moins dans une certaine mesure, — parce que les faits n'avaient pas encore démontré la force invincible du sentiment national qui est un enridiissement très moderne de la cotocience universelle. On était généralement convaincu que l'idée polonaise ne se maintenait que dans les classes supérieures et que les masses se rallieraient assez facilement aux gouvernements qui amélioreraient les conditions de leur existence matérielle. L'hypothèse n'était pas absurde^ mais les diplomates avaient compté sans la sottise des administrations qui, sous prétexte de cimenter plus solidement l'unité politique par l'unité morale, exaspérèrent les populations et les jetèrent dans une opposition irréconciliable.
A mesure que les couches inférieures sont sorties de la misère et de l'ignorance où elles croupissaient^ elles ont mieux compris et ressenti avec plus d'amertume leur humiliation morale et elles sont devenues l'élément le plus solide de la rég^ération. La Pologne a donné ce spectacle, — adoiirable et probablement sans exemple, — qu'elle n'a jamais été plus vivante que depuis qu'elle a été rayée de la liste des nations, plus unie que depuis qu'elle a été morcelée en tronçons isolés. Elle a prouvé par des insurrections périodiques, — dont il est possible de contester l'opportunité, non l'héroïsme, — qu'elle ne se rési-