LA POLOGNE
gnait pas à son sort, et, dans ces insurrections, toutes les classes ont également fourni des héros aux combats et des martyrs aux persécutions.
Ces révoltes, en dépit des pertes effroyables qu'elles infligeaient au pays, n'en ont jamais sérieusement enrayé le progrès général. Au lendemain de chaque désastre, les vaincils, inébranlables dans leur foi, ont repris Toutil ou la plume et recommencé Toeuvre du relèvement. Seul Técho affaibli et lointain de cet admirable labeur est arrivé jusqu'à nos oreilles distraites. Nous connaissons vag^em^tit, par ouï-dire, les noms des plus illustres représentants du romantisme ou du messianisme polonais ; le succès exagéré d'un assez médiocre roman de Sienkiewicz nous a mis en défiance contre les complaisances d'une critique Tolontiers hyperbolique. Nous ignorons que Varsovie, Cracovie, Vilna même et Poznian sont les foyers d'une vie morale et intellectuelle très intense et que la littérature polonaise est une des plus fécondes et des plus brillantes de l'Europe; les écrivains de talent s'y comptent par dizaines^ et quelques-uns, tels que Marie Konopnitska ou Wyspianski, ont mieux que du talent. Qu'un peuple si vibrant, si jeune malgré ses épreuves, si plein d'espoir et si riche d'avenir, soit abandonné aux entreprises des Hakatistes» que sa langue soit bâillonnée et ses universités muettes, c'est à la fois un scandale qui révolte tout cœur un peu bien situé et un désordre qui menace la paix universelle.
La Poloniay dans son numéro du 2 janvier, dédiait 4 Sir Ed. Grey la lettre célèbre et admirable que lord Grey adressait à Kosciuzsko en 1815. Lord Grey signalait dans le partage de la Pologne la cause première des troubles et des guerres qui avaient depuis lors ébranlé l'Europe; « il ne peut exister aucune sécurité réelle contre le retour de ces dangers,
ajoutaiUl, si la Pologne demeure exclue de la délivrance générale ». Les libéraux anglais de 1915 tiendront à honneur de réparer Terreur de Castlereagh et de Wellington, et ils seront soutenus avec enthousiasme par la France que tant de souvenirs sacrés rattachent aux Slaves de la Vistule. Le crime de Frédéric II sera effacé et, sous la tutelle de la Russie libératrice,, le royaume de Pologne, agrandi de la Galicie autrichienne et des provinces polonaises de Prusse, — Silésie orientale, Posnanie, Prusse occidentale, — s'étendra de la Baltique aux Carpathes et reprendra pour le plus grand profit de TEurope le rôle glorieux de médiateur entre TOrient et rOccident qu'il jouait à Tépoque des Piast et des Jagellons.
Suivant Texpression magnifique du Grand Duc Nicolas, « le cœur ouvert, la main fraternellement tendue », la Grande Russie est venue à la rencontre de la Pologne. « Elle n'attend d'eux que le respect des droits des nationalités auxquelles l'histoire les a liés. » L'intolérance politique ou religieuse n'a jamais été en Pologne que Terreur de quelques heures et personne n'y songe à contester les droits des Allemands, des Petits-Russes ou des Juifs qui seront englobés dans le nouveau Royaume. Ce ne sera pas trop du travail commun de tous ses enfants pour guérir les blessures qu'a laissées à la patrie un siècle d'oppression et de misère. Aux universités de Lvov et de Cracovie se joindront celles de Varsovie et de Poznian; les conseils provinciaux, élus à un suffrage très large, dirigeront l'administration locale, et la diète centrale aura dans sa compétence la justice, l'instruction publique, les affaires religieuses et économiques. Le Tsar sera représenté à Varsovie par un membre de la famille impériale, et les seuls ministères communs à la Russie et à la Pologne