‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 110 sur 124 · LA POLOGNE · texte numérisé non relu

LA POLOGNE

seront ceux de la guerre, de la marine, des affaires extérieures et des communications.

Quelques Russes d'extrême droite s'effraieront de cette très large autonomie accordée à un peuple qui, pendant tant de siècles, a été l'adversaire de la Moscovie. Redoutable engeance que celle de cespatriotes qui ne savent rien apprendre ni surtout rien oublier. Défions-nous de l'histoire, qui est trop souvent génératrice de haines; ne revenons pas sans cesse sur un passé où personne ne fut exempt de fautes, ou ne les évoquons que pour les éviter à l'avenir. La Pologne, régénérée, avertie par l'expérience, satisfaite dans ses besoins essentiels, heureuse de voir les Polonais de la Lithuanie et de l'Ukraine respectés dans leurs revendications légitimes, sera rivée à la Russie par des liens plus solides que des' lois despotiques, par les conditions économiques qui l'unissent toujours plus étroitement à sa voisine de l'est, et par le souci de sa défense, qui lui ordonnera de chercher un appui à Moscou contre les intrigues berlinoises. Elle reprendra sur l'Oder son rôle de grand'garde de la Slavie contre le Germanisme.

De toutes les questions qui se poseront au Congrès, le sort de l'Autriche est une des plus compliquées et des plus passionnément débattues. Tout le monde admet que le dualisme, tel que l'a accepté la légèreté de Beust, est condanmé sans appel. — La Slovaquie^ c'est-à-dire les régions qui s'abaissent depuis les Carpathes jusqu'au Danube moyen et à Presbourg, sera rattachée au royaume de Bohême restauré; la Bukavine reviendra à la Roumanie et le Trentin à l'Italie; la Bosnie, l'Herzégovine, une partie de la Dalmatie, du Banat et de la Bacska seront réunies à la Serbie.

Mais, si ces changements ne paraissent pas deTonr soulever de sérieuses discussions, bien des questions capitales demeurent, et il n'est pas facile de concilier les intérêts ou les passions en présence.

La solution qui semble séduire la plupart des diplomates français et à laquelle se rallierait sans doute volontiers l'Angleterre, serait de former avec les anciens domaines héréditaires de la maison de Habsbourg, — la Haute et Basse- Autriche, le Tyrol, la Carinthie et la majeure partie de la Styrie, — un royaume qui reprendrait sa place dans la nouvelle confédération germanique. Dégagé de ses éléments slaves et magyars, adossé à la Bavière, TÉtat habsbourgeois, catholique et fédéral, formerait un contrepoids naturel à la Prusse protestante et centraliste. Cette conception, très séduisante à première vue, eût été excellente il y a un demi-siècle; elle me 43emble aujourd'hui infiniment dangereuse. Depuis cinquante ans, le parti judéo-libéral viennois a perdu tout patriotisme local et il a été complètement «nvahi par les influences pangermanistes. Il n'aspire qu'à l'abdication et il consacrerait son activité, qui est réelle, à amener une fusion intime avec l'Allemagne du Nord. Nous nous exagérons beaucoup les oppositions d'humeur et de caractère qui séparent Munich de Beriin, et elles sont certainement moins fortes que celles qui, en Bavière ou en Autriche, divisent les catholiques et les libéraux. Si, à un moment donné, le Parlement allemand, par une simple modification de la constitution, rétablissait la Présidence héréditaire en faveur du roi de Prusse, le résultat définitif de nos victoires aurait été d'augmenter l'Empire germanique d'une dizaine de millions d'habitants.

Les idées que nous avons longtemps professées, finissent par s'imposer à nous comme des axiomes

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