‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 12 sur 124 · V ALLEMAGNE VEUT ISOLER LA RUSSIE · texte numérisé non relu

V ALLEMAGNE VEUT ISOLER LA RUSSIE

la paix; comme ce n'est pas Pélersbourg qui la menace, ce n'est pas à la Russie qu'il convient de donner des conseils de modération, mais à TAutriche. — C'est exactement dans les mêmes termes que Sir Ed. Grey répond au prince Lichnowsky qui a tenté à Londres une démarche analogue : « en conséquence du caractère extraordinairement raide de la note autrichienne, du peu de temps accordé et de l'étendue considérable des demandes faites à la Serbie, je me sens tout à fait impuissant en ce qui concerne la Russie ». {Livre bleu, n® 11.)

La France et l'Angleterre ont en mains les preuves les plus authentiques et les plus évidentes des intentions conciliantes de M. Sazonof ; elles ne négligent rien pour l'entretenir dans ses bonnes dispositions et le mettre en garde contre les périls d'une nervosité inopportune. Jusqu'à la dernière minute, Sir Edouard Grey et M. Viviani iront dans cette voie aussi loin que le permettent les règles de la courtoisie.

Il est des concessions cependant que l'on ne saurait attendre d'un grand pays. M. Sazonof n'exagère pas quand il dit que la domination autrichienne en Serbie est aussi intolérable pour la Russie que le serait pour l'Angleterre la domination allemande sur les Pays-Bas : c'est pour elle une question de vie ou de mort. — L'Empereur Guillaume l'admet lui-même, puisqu'il télégraphie au Tsar : — « Je comprends très bien que, pour toi et ton gouvernement, il est très difficile d'aller contre Topinion publique. » Il est donc manifestement vain de peser sur le cabinet de Pétersbourg, — comme le propose l'Allemagne, dans une intention trop transparente, — puisqu'il est déjà allé jusqu'à l'extrémité des concessions possibles. — La seule chance de paix est de recourir à l'influence modératrice des Puissances qui ne sont pas directement intéressées au débat.

Là. OOBIIRK.

L'Angleterre, qui Ta reconnu dès le premier jour, accepte sans hésitation le r61e que lui imposent les circonstances, et elle ne cesse de multiplier ses propositions. Comme il est évident que ses conseils ne seront écoutés à Vienne que s'ils sont appuyés par TAllemagne, elle s'adresse à Berlin pour la déterminer à se joindre à ses eiforts pacifiques.

Les conditions dans lesquelles elle entreprend sa scabreuse médiation sont très peu encourageantes et, de tous côtés, lui arrivent des indications pessimistes. Non seulement M. Sazonof a prévu dès le premier jour que jamais TAutriche n'aurait agi aîhsi sans l'aveu de l'Allemagne (Livre bleu^ n^ 6), mais le marquis de San Giuliano « doute que l'Allemagne soit disposée à se prêter à une action auprès de son alliée » {Livre jaune^ n* 72), et M. Dumaine soupçonne que l'Allemagne a poussé l'Autriche à une « agression, afin de pouvoir entrer elle-même en lutte avec la Russie et la France dans les circonstances qu'elle croit devoir lui être le plus favorables et dans des conditions délibérées ». {Livre jaune, n® 83.) Sir Ed. Grey a été frappé lui-même de l'air soucieux du prince Lichnowsky, et il rattache l'initiative autrichienne aux bruits d'entente navale entre la Russie et l'Angleterre et à la récente visite du Tsar à Bucarest. A Bruxelles, le ministre des Affaires étrangères, M. Davignon, est si inquiet que, dès le ^ il donne à ses agents à Tétranger des instructions pour le cas où une guerre viendrait à éclater sur les frontières de la Belgique. (Lzi;re grisj n* 2.) On annonce de Christiania, de Luxembourg, de BAle, que l'Allemagne prend une série de précautions militaires insolites* Les mamfestations belliqueuses se multiplient à Berlin ei le ton de la presse est de plus en plus menaçant. — La fièvre qui s'esi^mparée de la foule, écrit le Berliner Tageblatt en se réjouissant de cette explosion de

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