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LA QUESTION D'AUTRICHE 3SS

que l'on ne critique plus. Tout jeune, j'ai entendu l'historien Palatsky me répéter sa phrase célèbre : Si TAutriche n'existait pas, il faudrait l'inventer, — et le respect que m'inspirait ce grand vieillard, une des âmes les plus hautes, ua des esprits les plus nobles que j'aie jamais eu la joie de 'connaître, explique sans doute que, même aujourd'hui, j'ai peine à me figurer l'existence dans le bassin du Danube d'une série d'États isolés et indépendants.

L'Autriche, sous la domination imbécile des Habsbourgs, a dévié de sa fin naturelle; les diverses mces qui la constituent, avaient cherché, en se rapprochant, une protection commune contre les voisins qui menaçaient leur indépendance au nord et au sud; elle est devenue, non pas un abri, mais une geôle; elle a germanisé et opprimé. Serait-il impossible de la ramener à son rôle normal en substituant à l'empire germano-magyar actuel une confédération où s'équi* libreraient les groupes nationaux qui jouiraient d'une cpmplète autonomie?

Ces groupes seraient :

i® Les Tchéco-Slovaques (9 millions de Slaves et ^millions d'Allemands de Bohême et de Moravie) ;

2® Les Allemands du Danube et des Alpes (5 mil^ lions et demi) ;

3® Les Yougo-Slaves (Slovènes de la Carniole, de la Styrie méridionale, de l'Istrie et du Littoral, et Croates du royaume de Croatie actuel (environ 4 millions d'hommes presque exclusivement slaves, avec quelques Latins de Trieste);

4* Les Magyars du Danube et de la Tisza.

Les diètes de Prague, de Vienne, de Zagreb et de Budapest auraient sur leurs territoires respectifs la même compétence que le Reichsrath actuel. Les affaires communes, réservées aux Délégations, qui siégeraient alternativement 4ans chacune des capi-

taies, seraient restreintes aux questions de défense nationale. Dans chacun des groupes^ les droits des minorités seraient définis avec précision, et les lois qui les garantiraient ne pourraient ôtre modifiées qu'avec le libre consentement des intéressés.

L'Autriche nouvelle deviendrait un élément de stabilité et de paix, et les Slaves, qui y posséderaient une majorité certaine, y contiendraient les ambitions germaniques.

Ce plan eût été excellent en 1848, et même en 1867. Les fautes réitérées de François-Joseph Font irrémédiablement ruiné. Depuis vingt ans, les haines nationales se sont envenimées à tel point qu'il est chimérique de songer à une réconciliation. Il faut bien par conséquent se résigner à prononcer entre des peuples aigris par de trop longues et de trop violentes querelles, le divorce pour cause d'incompatibilité d'humeur et à enregistrer le décès d'une maison qui eût pu avoir un rôle glorieux dans le monde et qui s'est suicidée, après une longue carrière de meurtres et de crimes.

Sur les ruines de l'Autriche, quatre États nouveaux naîtront. A l'ouest, les Allemands des Alpes et de Vienne.

Au nord, le royaume de Bohême, agrandi de la Slovaquie et appuyé sur la Pologne et la Russie, s'étendra vers le sud jusqu'à Presbourg et au Danube, depuis l'embouchure de la Morava jusqu'au confluent de la Nitra. Les Tchèques confineront ainsi au royaume serbe, et on constituera de l'Adriatique à la Baltique une digue slave qui opposera une barrière invincible à la poussée germanique.

Au sud^ les Slovènes et les Croates seront unis aux Serbes dont ils ne sont qu'un rameau, et leur frontière s'étendra au nord jusqu'au Danube, de la Leitha au Rab. Il est incontestable que les régions danu-

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