BOHÊME ET SERBIE
biennes, qui seront englobées dans les royaumes de Bohême ou de Serbie, sont habitées en majorité par des Allemands ou des Magyars. C'est un des cas où l'on est obligé de faire fléchir le principe des natiomlités devant des considérations supérieures. Il est iiipossible que la Bohême reste complètement séparée de la mer, et elle n'aura de débouchés assurés que si, par son contact immédiat avec les Slaves du sud, elle peiitarriver à l'Adriatique. Surtout, il estindispensable de séparer les Magyars des Allemands, dont une longue habitude les a faits les serviteurs et les courtiers, la Serbie n'aura-t-elle pas à souffrir d'une grandeur trop rapide et sera-t-elle en état d'assimiler une masse aussi énorme d'annexés? — L'exemple de l'Italie est de nature à nous inspirer confiance, puisque ses progrès ont été beaucoup plus rapides encore et plus comidérables, et la différence entre Milan et Palerme ou Turin et Naples est infiniment plus profonde qu'eatre Belgrade et Lioubliana. Il ne s'agit pas d'ailleurs de soumettre à une administration uniforme et cmtraliste des populations qui, en dépit de leur commune origine et de la ressemblance de leurs dialectei, ont derrière elles un long passé historiquçi différent; il est évident que la Tchema gora (Monténégra), la Dalmatie^ la Bosnie, la Croatie, la Slavonie ou la Banat serbe ne sauraient être soumis aux mêmes lois, et qu'il est nécessaire de leur reconnaître une très large autonomie. On aura ainsi constitué un État mixte, catholique et orthodoxe, oriental par ses origines et occidental par sa civilisation, qui jouera dans le sud de l'Europe un rôle analogue à celui de la Pologne au nord et qui représentera un de ces groupes à la fois ethniques et éthiques, pour rappeler les expressions de Renouvier, où se combinent les traditions et les croyances et où s'amortissent les contrastes.
338 LA GOBRRB
Les Italiens éprouveront évidemment au premier abord quelque mélancolie à renoncer à Trieste qu'ils se sont habitués à considérer comme leur part légitime dans rhéritage habsboui^eois. Mais, s'il est vrai qu'à Trieste les Italiens représentent la majorité de la population urbaine, dès qu'on sort de Tenceinte de It ville, on est en plein territoire Slovène, et les Slovènes, ce qui est capital, n'ont pas cessé depuis vingt ans de gagner du terrain. Un État cependant se condamie à une décadence rapide» qui trahit le principe même de son existence. L'Italie, qui doit sa naissance et 6S grandeur au principe des nationalités, qui est comiid la démonstration splendide de la puissance de la volonté populaire et la floraison magnifique de la démocratie européenne, ne commettrait-elle pas une souveraine imprudence en se mettant &i opposition avec l'idée maîtresse de son histoire et en niant en quelque isorte sa propre raison d'être? L'agitation irrédentiste n'a d'ailleurs été entretenue dans la Péninsule que parles tracasseries de la police autrichienne, et elle perdrait toute son amertume du jour où les Latins de la Dalmatie et de l'Istrie seraient assurés d'exercer l'influence légitime que leur assignent leur culture antique, leurs richesses et leur intelligence délicate et aiguisée. La possession de Trieste n'est pas nécessaire à l'Italie, mais uniquement qu'elle ne tombe pas aux mains des Allemands; la constitution d'une Serbie assez puissante pour que son avenir ne sc»t plus mis en question, trop faible cependant pour devenir jamais une rivale pour Rome, est la meilleure, peutôtre la seule garantie possible contre les envahissements des Pangermanistes qui, depuis un quart de siècle, répètent à tous les échos que l'occupation de Trieste, de Pola, de Cattaro et de Valona est pour l'Empire allemand une question de vie ou de mort. • Quelle inquiétude pourrait encore concevoir l'Italie