‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 113 sur 124 · L'ITALIE · texte numérisé non relu

L'ITALIE

quand la possession du Trentin et du Brenner assurera sa frontière septentrionale contre toute attaque; et qu'elle tiendra avec Valona la clé de sa mer, sans parler des avantages qu'elle a le droit de réclamer en Asie-Mineure?

Les plaintes des Magyars, dépossédés sans espoir de retour de la Slovaquie, de la Croatie et de Fiume, ainsi que des régions serbes de la ^ongrie méridionale, seront plus acerbes, mais encore beaucoup moins fondées. Comme tous les républicains de ma génération, j'ai grandi dans Fadmiration de Kossuth, et, par la suite, je n'ai pas cessé d'admirer les grands fondateurs de l'État hongrois, les Eôtvôs et les Deak. La victoire est une épreuve redoutable, et les Magyars l^ont moins bien supportée que l'adversité. Bien qu'ils affectent volontiers des amitiés françaises, ils n'oat guère eu pour nous que des paroles blessantes et des actes hosîiles. Ils se vantent d'être les Anglais du continent; seulement, l'Angleteire qu'ils copient, c'est celle de Palmerston, hautaine et rogue, et ils n'ont ni suivî^ ni compris l'évoluticm démocratique inaugurée par Peel et continuée par Gladstone et Lloyd George ; encore, dans la vieille Angleterre, la politique officielle, envahissante et souvent peu scrupuleuse, étaitelle adoucie et ennoblie par les traditions chrétiennes des non-»conformistes et l'idéalisme des radicaux.

Les Magyars ont été corrompus et déshonorés par une oligarchie égoïste et brutale.

Depuis un demi-siècle, leur histoire n'est qu'un lamentable tissu de fautes et de crimes, violences odieuses, promesses honteusem^it violées, droits foulés aux pieds. Le comte Tisza et ses séides se sont montrés les disciples trop dociles des maîtres de Berlin^ et, comme ceux-ci, ils ont sacrifié la raison à la raison d'état. Leurs folles ambitions ont fini par tuer chez eux jusqu'au patriotisme, puisqu'ils accep-

tent docilement rautoriié du Kaiser et que, pour maintenir leur domination sur les Slaves ou les Roumains, ils n'hésitent pas à abdiquer leur indépendance. Il est nécessaire de les défendre contre leur propre aveuglement et, pour les mettre hors d'état de nuire, la plus élémentaire prudence ordonne de séparer Fune de l'autre les deux races de proie qui se sont révélées.

Il est vrai que la masse de la nation mag^re a été victime plus encore que complice d'un régime semiféodal dont le poids n'est guère moins lourd pour elle que pour les allogènes. Une fois affranchie des quelques milliers de tyranneaux qui la grugent et la compromettent, elle reviendrait vite à ses généreuses traditions naturelles et reprendrait au milieu des nations libérales la place qui lui revient. Elle a malgré tout commis la lourde faute de subir trop longtemps le despotisme d'une bande d'aigrefins et il est fatal qu'elle expie les torts qu'elle n^a pas su empêcher.

S'il est vain ainsi désormais de songer à sauver l'intégrité de la couronne de Saint-Étienne dans ses limites actuelles, il peut paraître désirable de ménager les intérêts essentiels des Magyars et leurs sentiments en leur laissant la possession des montagnes qui couvrent leur frontière orientale. La Transylvanie est un pays mixte où, à côté de quelque deux millions de Roumains, habitent un million d'Allemands et de Magyars, dont les titres sont fort anciens, puisqu'ils sont établis là depuis une dizaine de siècles, et qui seraient nécessairement soumis à Bucarest, si la Transylvanie était rattachée à la Roumanie, puisqu'ils sont massés dans les comitats orientaux. L'annexion n'aurait ainsi d'autre effet que de substituer une oppression à une autre, et la géographie semble plutôt attirer vers Budapest que

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