‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 114 sur 124 · MAGYARS ET ROUMAINS · texte numérisé non relu

MAGYARS ET ROUMAINS

vers Bucarest les habitants du versant ouest des Carpathes méridionales. Il est superflu d^ajouter que, dans aucun cas, le régime politique actuel ne saurait être maintenu et que la Transylvanie recevrait une très large autonomie politique, de manière à empêcher à jamais le retour des scènes d'oppression , qui si souvent ont indigné l'Europe et provoqué les protestations légitimes des Roumains du Royaume. Il semble bien que cette solution moyenne suffirait à ceux-ci et que leurs désirs ne vont pas au delà. Il nous est arrivé de Bucarest depuis six mois des adresses qui nous ont vivement touchés et nous apprécions ainsi qu'il convient les guirlandes dont on nous couvre. Il serait vain cependant de dissimuler que nous avions compté sur un concours moins platonique et moins tardif, dans une lutte où se jouent les destinées de la civilisation latine. — La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère? — Nous n'avons besoin de l'appui de personne et nous sommes assez sûrs de la victoire pour ne mendier aucun secours. Nous avons été seulement attristés que, dans la lutte engagée entre la barbarie et la civilisation, entre l'omnipotence berlinoise et la liberté des nations, la Roumanie fût si lente à comprendre où était son devoir, — sans parler môme de son intérêt. En dehors même de ses obligations étroites vis-à-vis des Latins de Transylvanie, elle était tenue d'honneur à défendre l'équilibre des Balkans dont l'Autriche poursuivait la destruction, et à maintenir le traité de Bucarest qui était son œuvre et que les comtes Berchtold et Tisza prétendaient déchirer. Si, au mois de juillet dernier, elle eût nettement prévenu le Chancelier autrichien qu'elle serait avec toutes ses forces à côté de la Serbie, il semble que la crise eût pris une tournure différente, et ses hésitations ont semblé d'autant moins explicables que tout

le monde connaît la rare valeur d'une armée qui a fait ses preuves et que la campagne de 1913 avait entraînée, et non pas affaiblie.

Il est probable que le peuple a été mal servi dans ces circonstances par des souverains que de vieilles traditions rattachent à TÂllemagne et chez qui les souvenirs de leur origine et le respect féodal pour les HohenzoUern ont étouffé la conscience des devoirs qu'ils avaient contractés envers leur patrie d'adoption. Ils ont ainsi p^rdu Toccasion qui s'offrait actuellement à eux d'achever l'unité de la monarchie. Nous aurions supposé chez les Roumains des ambitions plus viriles et une résolution plus prompte; mais nous aurions mauvaise grâce à paraître vouloir leur imposer une grandeur qu'ils ne convoitent évidemment pas, puisqu'ils pouvaient la conquérir sans péril et qu'ils mt s'y décident pas.

Il est toujours imprud^it pour un peuple de remettre son sort à une dynastie étrangère. Phis encore que les Roumains, les Bulgares s'en aperçoivent aujourd'hui. C'est une forte et solide race, une nation robuste et saine, trempée par de longues et dures épreuves^ aussi ferme sur les champs de bataille que vaillante au travail, un peu âpre au gain et rude d'allures, mais de sens rassis et d'esprit clair. Au fond du cœur de ces soldats et de ces laboureurs» deux instincts fondamentaux^ la haiae du Turc et la reconnaissance pour la Russie libératrice. Si rassemblée de février 1879 à Temovo eût été bien inspirée, elle eût, comme les anciens Tchèques, choiâ pour prince un simple paysan qui, comme les Kara- Georges, se serait élevé peu à peu en même temps que son peuple.

Le souverain actuel, Ferdinand de Saxe-Cobourg, a de merveilleuses qualités d'esprit, la suite dans les desseins et la souplesse dans l'exécution, la prudence

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