‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 116 sur 124 · LA FIN DE LA TURQUIE 34S · texte numérisé non relu

LA FIN DE LA TURQUIE 34S

suivre d'un regard attristé cette gloire qui s'éteint. Les Turcs ont été longtemps nos alliés; nous leur avions servi de parrains dans la société chrétienne et ils nous avaient aidés à détruire Tempire de Charles- Quint. Ils nous avaient ouvert leurs marchés et ils nous reconnaissaient le privilège de protéger les pèlerins catholiques ; nous leur envoyions nos religieux qui ne les catéchisaient pas, mais qui leur apportaient quelques bribes de notre culture. Nous leur prêchions les réformes nécessaires et nous essayions de leur frayer la seule route qui conduisit au salut. Us ont préféré d'autres maîtres, moins sincères et plus avides, qui ont exigé des intérêts usuraires pour des services contestables. Allah akbar, Dieu est grand, et il aveugle ceux qu'il veut perdre.

La Turquie s'est suicidée. Paix à ses cendres. Les défenseurs les plus convaincus des Turcs sont bien obligés d'avouer qu'ils n'ont à peu près aucune des qualités indispensables au maintien d'un empire. Patients, indolents et résignés, comme ils ont peu <le besoins, ils laissent péricliter les plus solides for- 4unes; leur fatalisme morne se détourne des soucis terrestres et ils ne se sont jamais préoccupés d'assurer à leurs sujets le minimum d'ordre et de sécurité que réclame même le plus humble des ralas. Comme ils acceptent sans révolte le despotisme le plus absurde, ils jugent naturel, dès qu'ils occupent la plus modeste fonction, de broyer leurs subordonnés sous le même joug qu'ils portaient placidement naguère. Dès qu'il s'agit d'affaires publiques, écrivait M. Gabriel Charmes en 1886, les mêmes hommes qui, dans la vie privée, sont d'une probité exemplaire, ne connaissent plus aucun scrupule. « Â leurs yeux le pouvoir est un bien qu'on a le droit absolu d'exploiter. Â mesure aussi

qu'on s'élève dans la hiérarchie, l'honneur et la yeriu diminuent; les besoins croissent, les vices suivent une marche parallèle. » Il suffit de temps en temps de prévenir par des massacres les révoltes qu'^igendrent de semblables méthodes.

Depuis deux ou trois siècles les Turcs ont décidément donné leur mesure; on les tolérait parce qu'on ne savait trop comm^it les remplacer et que Ton s'effrayait du vide que laisserait sur la carte leur disparition. Les Alliés ont poussé la condescendance vis-à-vis d'eux jusqu'au ridicule; leurs ménagem^its n'ont pu empêcher l'ouverture d'une succession f(nrt encombrante.

Une des preuves les plus flagrantes de Fincune turque, c'est qu'elle ne laisse aux liquidateurs qu'un chaos de peuples, où n'apparaît nettement aucune nationalité capable d'une vie indépendante. Ce sont vraiment des terres vacantes, rea nullius^ un ager publieus^ dans le sens du droit romain. Au milieu de ces indigènes qui se massacrent alternativement, Grecs, Kurdes, Arméniens, Arabes, à qui confier l'avenir de ces régions depuis si longtemps célèbres à la fois par leurs richesses et par leurs malheurs?

La civilisation arabe a jeté un éclatsplendid&,et la race n'a rien perdu de sa verve et de sa fécondité; knais ces merveilleux conquérants n'ont jamais réussi à créer des États durables, et il ne semble guère possible de faire accepter leur autorité par les autres tribus. « Si la Turquie venait à disparaître, écrivait un des hommes qui ont le mieux coonu l'Orient, et qu'aucune nation européenne ne la remplaçât, les Maronites, les Grecs unis et orthodoxes, les Métualis, sans parler des Druses et des Kurdes, se dévoreraient dans les plus sanglantes luttes intestines. »

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