‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 117 sur 124 · ARABES ET TURCS · texte numérisé non relu

ARABES ET TURCS

Force est donc, bon gré mal gré, de répartir entre des protecteurs étrangers des peuples trop violenta encore et trop jeunes pour qu'on les abandonne à leur inexpérience. Au moment où Guillaume II a ofiEert à Abd-ul-Hamid sa redoutable et coûteuse amitié, un ministre turc disait : « L'Allemagne nous protège, parce qu^elle veut nous conserver comme monnaie d'échange. » Lorsqu'à un moment si inopportun FEmpereur a lancé Enver-pacha dans la mêlée, il est bien probable qu'il a songé à se préparer un moyen de payer ses dettes vis-à-vis de l'Europe aux dépens d'un imprudent allié. Le calcul était subtil, il semble qu'il doive mal tourner et que le partage que préparaient les Allemands se fera sans eux.

L'Angleterre réclamera son lot dans la Mésopotamie et l'Arabie; les titres de la France sur la Palestine et la Syrie n'ont jamais été contestés; l'Italie a clairement indiqué ses vues sur Adalia.

Reste l'Anatolie proprement dite. Au point de vue géographique elle se divise tout naturellement en deux régions, séparées par une ligne qui, du Bosphore vers Haïdar-Pacha, rejoint le golfe d'Adalia ; à l'ouest une série de vallées profondes et fertiles, arrosées par des fleuves abondants et sillonnées par des lignes ferrées de pénétration. Il y aurait là le cadre naturel d'un royaume du littoi^al, dont la capitale serait Constantinople et qui, bien qu'il renfermât des éléments hétérogènes, aurait essentiellement le caractère d'un État hellénique; il serait gouverné par un prince de la dynastie d'Athènes et formerait une sorte de secondo-géniture de la royauté grecque. Sa neutralité perpétuelle serait garantie par l'ensemble des Puissances, et la navigation dans les Détroits serait soumise aux règles qui ont été établies pour le canal de Suez.

A Test de la ligne Haîdar-Pacha-Adalia, l'Asie

Mineure des plateaux et des steppes reviendrait à la Russie qui arriverait ainsi au golfe d'Alexandrette et atteindrait enfin par Erzeroum et Diarbekir cette mer libre qui est depuis des siècles le but légitime de sa politique. Seule la Russie a une habitude assez longue des populations orientales et une administration assez souple pour établir un régime de paix entre ces tribus entraînées à se détruire mutuellement. Les succès qu*elle a obtenus dans le Turkestan permettent d^espérer que cette Ânatolie intérieure retrouverait souà sa domination une partie de la prospérité qu'elle a perdue sous le gouvernement turc. Les Arméniens qu'avaient aliénés des mesures maladroites, sont déjà réconciliés avec le gouremement de Pétersbourg; les Turcs accepteront avec leur fatalisme résigné habituel leurs nouveaux maîtres, et les pillards seront convertis à de meilleures pratiques par la surveillance rigoureuse des autorités militaires.

L'équilibre méditerranéen serait, non pas compromis, mais garanti par Tapparition d'une nouvelle Puissance qui, si elle essayait d'étendre trop loin ses avantages, serait contenue par le rapprochement spontané des autres Puissances méditerranéennes, et les Anglais ne sauraient plus avoir aucune inquiétude pour rinde ou l'Egypte, couvertes contre toutes les attaques par le protectorat de l'Arabie et de la Mésopotamie.

Le moment est d'ailleurs venu de nous guérir de la peur de l'ambition moscovite dont la légende a été créée vers 1830 par l'émigration polonaise. Les Russes ne sont pas un peuple naturellement belliqueux, et les seules guerres qui aient jamais été populaires parmi eux n'ont jamais été que des croisades libératrices. La politique des Tsars, en dépit des traditions courantes, qui ne reposent sur aucune

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