‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 13 sur 124 · ATTITUDE BELUQUEUSE DE U ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ATTITUDE BELUQUEUSE DE U ALLEMAGNE

chauvmLHne, fait songer au 15 juillet 1870 (^ juillet). Les Berliner Neue&ie Nachrichten saluent avec une visible satisfaction le conflit européen qui s'approche : « Nous avons Tespoir que TAngleterre s'abstiendra de toute intervention dans le conflit austro-serbe et aussi dans la coUision éventuelle entre la Duplice et la Triplice. Quant à la Russie, elle ne peut guère reculer et nous croyons qu'elle mobilisera. » Le Lokal Anzeigery qui est un organe mi-officiel, est plus violent encore (23 juillet).

Aussi la diplomatie allemande prend immédiatement à tâche de se fermer toute retraite. Le 25 juillet, M. de Pourtalès remet à M. Sazonof une note écrite où TAllemagne déclare que, « comme alliée, elle soutiendra naturellement l'Autriche, dont elle regarde les demandes comme justes ». {Livre orange, n® 18.)— Elle ajpute, il est vrai, qu'elle désire localiser le débat. — A-t-eUe vraiment choisi le meilleur moyen en adoptant ainsi dés le début une attitude provoc^te et en renouvelant une de ces « démarches amicales » qui, pour avoir réussi en 1909, n'en sont pi» moins grosses de périls? Pour prévenir les Puissances qu'elle se solidarise avec rAutriche, elle recherche les termes les plus blessants, comme pour exaspérer la Russie : — « L'assurance de bonne conduite pour l'avenir, donnée en 1909 par le gouvernement serbe, u'a pas été tenue. Les demandes de l'Autriche sont équitables et modérées et, si eUe n'obtenait pas complète satisfaction, à moins d'abandonner définitivement sa position de Grande Puissance, il ne lui resterait qu'à recourir à une forte pression ou à des mesures militaires, le choix des moyens devant lui être laissé. » (24 juillet, Liure bleu, n? 9.) Dans une coaversation ayec Sir H. Rumbold, M. de Jagow lui avoue confidentiellement que la note du 23 « laisse beaucoup: à désirer comaie. document diplomatique

et que le Gouvernement serbe ne pouvait avaler certaines demandes ». Mais il « reconnaît carrément que FAutriche veut donner une leçon aux Serbes et qu'elle a rintention de prendre des mesures militaires ».

Il ne dissimule pas le but réel que poursuit le Ballplatz. A plusieurs reprises, il revient sur le fait que FAutriche ne songe à imposer à la Serbie aucune cession territoriale à son profit. Seulement n*y a-t-il pas d'autre moyen pour réduire un État à une véritable sujétion ? — M. de Pourtalès ne réplique rien quand M. Sazonof répond à ses protestations que la Serbie n'en deviendra pas moins « un vassal de FAutriche, tout comme, dans des circonstances similaires, le Bokhara était devenu un vassal russe », et qu'il y aurait « une révolution en Russie si.le Gouvervement supportait un tel état de choses ». {Livre bleu, n" 97.)

Nous connaissons d'ailleurs aujourd'hui les combinaisons de FAutriche. Elle ne tenait pas absolument à annexer une partie du territoire serbe, mais elle était résolue à lui enlever ses nouvelles acquisitions qu'elle aurait distribuées à l'Albanie, sa créature, et à la Bulgarie, sa vassale. Ferdinand de Saxe-Cobourg, poursuivant jusqu'au bout sa criminelle politique antinationale, eût payé par ses complaisances la possession de Bitolia et de Skoplié, et, la Serbie cernée, la Bulgarie déshonorée et définitivement compromise vis-à-vis de la Russie, les Austro- Allemands, sûrs de la complicité d'Enver-Pacha et des séides qu'ils ont soudoyés à Constantinople, auraient établi sans conteste leur domination dans toute la péninsule des Balkans.

Avant qu'aucune proposition lui soit adressée, M. de Jagow se met en défense, déclare à Sir H. Rumbold qu'il jugerait fâcheuse toute intervention et qu'il regarde comme peu désirable « que le Gouvernement d'Autriche-Hongrie soit approché par le Gouveme-

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