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ment allemand dans cette affaire ». (22 joillet, Livre bleu, n« 2.)
En présence de symptômes aussi attristants^ il fallait à Sir Ed. Grey la plus haute conscience de ses dcToirs envers FEurope pour s'atteler à une besogne ingrate et probablement condamnée à un échec lamentable. — Il remplit sa mission jusqu'au bout, soutenu dans ses honorables efforts par la franche et généreuse sympathie de Tltalie et la bonne volonté constante de la Russie et de la France. Mais il aura beau déployer la plus industrieuse persévérance, il se heurtera sans cesse aux sournoises résistances de la Wilhelmstrasse, que dissimulent mal des effusions banales et vagues, toujours contredites par les actes.
Dès le début, Sir Ed. Grey a adopté une attitude dont il ne se départira pas un instant et qu'il indique avec une admirable loyauté et une précision lumineuse. — Cette attitude est-elle la meilleure qu'il fût possible de choisir? — La Russie et la France auraient préféré qu'il parlât plus net et qu'il déclarât du premier coup à l'Allemagne que, si elle persistait dans sa politique intransigeante, elle trouverait l'Angleterre parmi ses adversaires. — C'était peut-être exiger du Ministre plus qu'il n'était libre de faire. — L'opinion en Angleterre était encore diverse et incertaine.
Dans la City, la propagande germanique, fort active, avait troublé bien des consciences, et une partie influente du grand commerce désirait maintenir avec l'Allemagne des relations cordiales; les militaires redoutaient un conflit pour lequel ils savaient le pays médiocrement préparé, et les pessimistes s'effrayaient des contre-coups d'une lutte qui ébranlerait l'Empire britannique jusque dans ses fondements : ils s'inquiétaient de la fidélité des colonies»
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prédisaient des compUcations en Egypte, an GSap ou aux Indes.
En dehors même des pacifistes, nombreux et influents^ et des radicaux ou des eocialistes qui désiraient presque à tout prixéviter une rupture, les vieux préjugés contre la Russie étaient puissants, et les puritains n'avaient pas pardonné à la Serbie la révo-^ hition de 1903. Pour peu qu*eUe ^t eu Timpressicm qu'on avait essayé de lui forcer la main, la majorité du Parlement pouvait parfaitement refuser de soutenir une politique dont elle n'aurait pas aperçu clairement la nécessité. Elle n'a suivi le Ministre que parce qu'il lui a été démontré sans contestation possible qu'il avait épuisé tous les moyens de conciliation et que, jusqu'à la fin, il était demeuré neutre dans le débat.
Sir Grey lui-même, -— et la lecture des documents ne laisse aucune hésitation sur ce point, — sHl n'avait pas beaucoup d'espoir, avait un désii" ardent d'éviter la guerre. Il jugea, — à tort ou à raison, — que s'fl prenait aussitôt une attitude trop accentuée, il risquait de froisser l'orgueil allemand et de provoquer la catastrophe qu'il abonânait. Tout en s'abstenant avec une extrême prudence de faire blanc de son épée, il crut nécessaire du moins d'indiquer assez vite à l'Allemagne qu'elle jouait un jeu infiniment dangereux et qu'elle se trompait en se persuadant que^ dans aucun cas, elle ne rencontrerait devant elle la résistance active de la Gi^nde-Bretagne.
Peut-^re seulement, sa ses paroles furent nettes, n^ mit-il pas un ton assez énergique. Gomme nous sommes tous plus ou moins les prisonniers des préjugés ambiants, il n'est pas défendu de supposer qu'il n'était pas absolument dégagé de toute arrière-pensée vis-à-vis de la Russie et qu'il craignait, en lui promettant aussitôt un appui sans réserve^ de la pousser
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à des démaf ches inciHifiiâéréeft. En somme, son cakul fut justifié par révénement, puisque soa attitude extrêmement discrète eut pour résultai yinble^ de fortifier M. Sazon<^ dans, ses intentions paoffiiqpies, et que la Russie, qui n'était pas sûre de son concours, poussa jusqu'à Textrême sa politique de conciliation. Ses concessiox», quciaet lassèurent jamais les mauvais procédés réitérés du cabia^Ét de Berlin et la raideur du comte Berchtold^ prouvèrent aux plus sceptiques et aux. moins bienrallants la sincérité de ses déclarationS; et mirent en pleines lumière les résolutions belliqpueuses de L'Allemagne.
La Serbie, dit l'Angleterre, nous est indifférente, et nous ne ferons jamais. la guerre pour elle. Nous serons même enchantés que l'Autriche reçoive une satisfaction légitime et nous, n'avons pas l'habitude de prol%er des assassins. Mais il serait absurde de demander à la Rasue une pareille sérénité; à supposer qu'elle assistera impassible à l'asserv»!sememi d'un pays auquel la rattachent des liens si étroits^ on s'expose évidemment à' lassw sa patience. La question deviendira ainsi nne question européenne ifoi ne simrait nous laisser.indifférents.
Le droit de l'Europe, — et son devoir, — puis<qu'elle veut maintenir la paix, c'est d'empêcher que les difficultés créées, entre Vienne et Pétersbourg par la note autrichienne ne dégénèrent en un conflit qui aboutirait fatalement à une conflagration universelles Les Puissances qui sont moins directement engagées au débat sont tout naturrilemmit désignées pour s'interposer aitre. les parties et les amraier à une entente.
Sous quelle forme? — Peu nous importe. — Nous pouvons essayer d'agir sur la Serbie et sur l'Autriche, — ou bien favoriser des négociations directes entre Vienne et Pétersbouig, — ou évoquer l'affaire devant
une réunion amicale des ambassadeurs d'Allemagne, d'Italie, de France et d'Angleterre, — ou entreprendre à Vienne et à Pétersbourg une action collective.
Pour que les interventions pacifiques ne soient pas immédiatement rendues stériles, il importe avant tout de gagner du temps.
Dans cette intention, dès le début des événements. Sir Edouard Grey a insisté à Berlin pour que l'Allemagne prie l'Autriche de prolonger le délai dérisoire qu'elle a consenti à la Serbie. (25 juillet, Livre bleu^ n* 26.) — Il se heurte à un optimisme singulier.
Rien ne presse, lui répond M. de Jagow. La Russie a reçu la promesse que l'Autriche ne s'emparerait pas des territoires serbes, ce qui aura une influence apaisante. Plus tard, « si les relations entre la Russie et l'Autriche devenaient menaçantes, il est tout prêt à se rallier à la proposition de Sir E. Grey que les quatre Puissances devraient travailler ensemble en faveur de la modération à Vienne et à Pétersbourg ». — Admirable sang-froid et sérénité merveilleuse 1 D'ailleurs il ne refuse pas de communiquer à Vienne la demande que le délai soit prolongé; malheureusement, il paraît, d après les journaux, que le comte Berchtold esta Ischl. Toute intervention sera donc trop tardive. — On ne pense jamais à tout et M. de Jagow a évidemment oublié que le télégraphe existe aussi à Ischl f
Qui oserait soupçonner sa bonne volonté? Il en donne des preuves tangibles. — Il sait, comme l'Europe entière, que le 25, l'Autriche a rompu ses relations diplomatiques avec Belgrade et que tout le personnel de la légation a quitté la ville, et, le 26, il téléphone à Sir H. Rumbold qu'il a chargé son ambassadeur de « transmettre au gouvernement austrohongrois les espérances de l'Angleterre qu'il considérera d'un œil favorable la réponse serbe, si elle correspond bien aux indications transmises de
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Belgrade. Par le fait seul de cette communication à Vienne, l'Allemagne s'associe dans une certaine mesure à l'espoir de FAngleterre. Elle ne voit pas la possibilité d'aller plus loin. » {Livre bleuy u? 34.) — L'insinuation élait tardive, mais fût-elle arrivée vingt-quatre heures plus tôt, M. de Jagow eût-il été très surpris que le comte Bercbtold ne s'arrêtât pas devant une invite aussi timidement formulée? La diplomatie germanique parle un autre langage quand elle désire être entendue.
M. Sazonof résume très exactement la situation quand il constate (le 28 juillet) qu'il a « l'impression que l'Allemagne est plutôt favorable à l'intransigeance de l'Autriche. Le cabinet de Berlin, dit-il, qui aurait pu arrêter tout le développement de la crise, parait n'exercer aucune action sur son alliée », et il conclut, avec une logique irréfutable, que « cette attitude allemande est tout particulièrement alarmante ». {Livre bleu^ n® 54.)
La Russie, plus encore que la France et l'Angleterre, est inondée d'une nuée d'espions qui souvent occupent des postes fort élevés; dans les chemins de fer, les banques, les grandes entreprises industrielles, comme dans les bureaux des ministères, les Allemands pullulent, et ils sont à même de pénétrer tous les secrets. Les renseignements qu'ils envoient à Berlin concordent : l'Empereur, pour des raisons dynastiques, veut la paix; la Russie serait d'ailleurs absolument hors d'état de soutenir une guerre européenne ; l'armée n'a pas été sérieusement réorganisée depuis les désastres du Japon et elle n'est prête ni matériellement ni moralement; la Banque de l'Empire a fait des avances à long terme aux banques privées qui ont immobilisé leurs capitaux dans des opérations douteuses ou des aifaires à longue échéance; une rupture avec l'Allemagne entraînerait immédia-*
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tement une débâcle financière; enfin,, la etruniié sisitionale^sont menacées par les plus redoutables désordresintérifttirs : la Finlaade^: la Pologim, le Caucase^ peutrêtre même la Petite-Russîei n'aUeodent qu'une occaaûm de révolte. L'Empereur et le parti militaire allemands en condueni quele moment est décidément favorable pous s'engager à Cdad; >il s'agit d'avilir kt Russie ou de la démolir ; ce que l'on désire avant tout» c'est i'acculer à une rupture pour lui infliger un désastre dont elle ne se relèvera pas d'un demi^siëcle. Maia, nalurellementv il importe, pour désarmer l'Angleterre, de dissimuleireea projets et de rejeter sur le Tsar la responsabilité de la rupture.
Dans le Livre blanc^^qu'o. publié ki Cbancelkûrie de B^in, il est scmvent question des intentions pacifir quea de rAllemagne.. — CommenisesontmaniCefitées ces intentions ? -^ De quelles démarches M. de BeUbmann-HoUweg a-t-il pdarifiitiative? — Quelles sont les propositions qu'il n'a pas déclinées sous un prétexte ou sous un autre? — Sur tous ces points,. — essej^iels: cependant, — ^ le Lwrt blanc n'apporte aucune réponse, no daime aucun texte,. — et son silence est le plua accablant des aveux.
Comment! Voua publiez, pour démontrer que; la guerre vous a été imposée^ un recueil de pièces» — et vous ne trouvez pas dansvotre dossier un seul acte précis, un seuliait coD^cr^, par lequel se soient révélées au dehors vos.intentions de paixl — Bien pins, îl n'est pas douteux que vous avez reçu de Londres, de Paris et de Péten^urg, une série de propositions. -— Pourquoi les passez^vous sous silence ? — sinon parce que voua seriez obligés d'indiquer en môme temps v<»3 procédés étemellementdilatoires, vos fins de non-recevoir, plus ou moins adroitement voiléeSé — Mais>ce8 omissions sont plus écrasantes que neJe seraieniles textes que voua diaaimul^t