PROCÉDÉS DILATOIRES DE L* ALLEMAGNE
Le dialogue qui se poursuit entre l'Etirope, repré* sentée par Tltaiie, la France et l'Angleterre, — dont la Russie suit rinspirati<»i arec une bonne grâce persévérante, — et TAllemagne^ est tragique, — ei caractéristique :
La note autrichienne est contoiire à tous les usages et la Serbie ne saurait Taccepter. — C'est vrai, mais TAutriche a eu raison et je la soutiendrai jusqu'au bout.
La Serbie est menacée dans son indépendance. — Je ne dis pas non, mais nous ne saurions tolérer sur notre frontière, même lointaine, Texistence d'États qui ont pour nous des sentiments peu amicaux.
La Russie ne pennettra pas la suppression de l'indépendance serbe. — Croyez-vous? AiHrès tout, c'est son affaire et nous ne renoncerons pas pour si peu à nos desseins.
La Serbie a fait des concessions inespérées; que r-Autriche daigne au moins en prendre acte et ne précipite pas la rupture. — Ne vous alarmez donc pas' et laissez aller les choses. Après tout, si vous y tenez, je ne refuse pas de dire à Vienne que telle est votre opinion.
Si l'Autriche va jusqu'au bout, c*est la guerre européenne. Au nom des droits les plus sacrés derhuma-» nité, qu'elle n'aggrave pas une situation déjà si redoutable par une hftte que rien ne justifie; qu'elle ne commence pas les hostilités. — L'Autriche serait Messée dans sa dignité si elle n'exécutait pas ses menaces : d'ailleurs il est trop tanl, le sort en est jeté.
Le début n'était pas encourageant, mais les Anglais sont obstinés.
Dès le 26, les préparatifs militaires se poursuivent en Autriche avec un tumulte voulu. Le 99* de ligne
quitte Vienne au milieu de manifestationsexubérantes auxquelles la police n'est pas étrangère; le généralissime serbe, contrairement aux principes les plus élémentaires du droit des gens, est arrêté à la gare de Gratz et retenu quelque temps prisonnier. Le consul russe de Prague télégraphie que la mobilisation a été déclarée en Bohême. (26 juillet, Livre orange, n**24.) A Berlin, la population se porte à Fhôtel de l'ambassade de Russie et pousse des cris hostiles, sans que la police prenne la moindre mesure de protection. {Livre orange^ n» 30.)
Tout ce tapage belliqueux, qui semble calculé pour surexciter les passions en Russie, n'empêche pas Sir Ed. Grey de reprendre sa pénible et fastidieuse besogne. Puisqu'il n'a pas pu empêcher la rupture diplomatique entre FAutriche et la Serbie, il espère du moins éviter une déclaration de guerre et l'ouverture des hostilités. Il demande donc à l'Autriche de s'abstenir de toute attaque prématurée, de manière que la conversation puisse se continuer utilement.
Le 24 juillet, M. Paul Cambon avait insinué au Ministre anglais l'idée d'une médiation entre la Serbie et l'Autriche. Sir Ed. Grey en avait aussitôt parlé au prince Lichnovsky. Sa proposition, qu'il n'avait avancée qu'avec la plus extrême réserve, est repoussée de haut, avant d'avoir été même précisément formulée. M. de Jagow télégraphie à l'ambassadeur d'Allemagne à Londres qu'après avoir lancé sa note, FAutriche ne peut pas reculer. — Qu'en sait-il, et à quel titre se substitue-t-il à son alliée, qu'il n'a pas eu le temps matériel de consulter? Est-il donc sûr d'avance que FAutriche repousse en principe toute concession. Ou bien au contraire redoute-t-il sa condescendance et s'arrange-t-il pour éloigner de FAutriche des tentations dangereuses? On n'aperçoit guère d'autre hypothèse possible, et ni Fune ni l'autre de ces sup-