‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 19 sur 124 · LES PRÉPARATIFS MILITAIRES DE LA RUSSIE · texte numérisé non relu

LES PRÉPARATIFS MILITAIRES DE LA RUSSIE

indignation causée par la noie autrichienne, il a parlé de mobilisation, mais il s'est presque immédiatement ressaisi. Le Conseil des ministres, tenu en présence du Tsar, a décidé que la mobilisation des treize corps d'armée destinés éventuellement à opérer contre TAulriche ne serait effectuée qu'après avis du ministre des Affaires étrangères qui en fixerait la date et qui est autorisé à continuer les négociations même si Belgrade est occupée. {Livre jaune^ n" 50.) De fait, bien que le consul général de Russie à Prague ait télégraphié le 26 que la mobilisation était déclarée, le 27, le ministre de la Guerre donne sa parole à l'attaché militaire d'Allemagne qu'il n'a ni appelé un réserviste ni levé un cheval {Livre blanc^ n"" 11), et que, dans aucun cas, on ne mobilisera sur la frontière de l'Allemagne, avec laquelle on désire ardemment conserver la paix. A quoi l'attaché militaire, qui traduit ici la même préoccupation que M. de Jagow dans son entretien avec Sir E. Goschen, répond que la mobilisation même dirigée uniquement contre l'Autriche paraîtrait déjà très menaçante.

Coup sur coup, les nouvelles alarmantes se multiplient. Le 27, M. Jovanovitch, ministre de Serbie à Vienne, reçoit ses passeports, et le consul général d'Autriche-Hongrie à Berlin invite officiellement les réservistes à rejoindre immédiatement leurs régiments. Le 28, la guerre est déclarée à la Serbie et les monitors autrichiens ouvrent le feu sur Belgrade. L'état de siège est proclamé dans la Slavonie et la Croatie. {Livre orangey n« 44.) Le 29, M. Dumaine confirme la mobilisation des forces de Bohême et de Galicie. {Livre jaune, n® 90.)

Ce n'est cependant que dans la nuit du 29 au 30 que la Russie lancera l'ordre de mobilisation aux corps d'armée qui doivent être opposés à l'Autriche. {Livre jaune^ n® 91.) — « La mobilisation de l'armée

62 LA GVBRRE

russe entière, a dit M. de Bethmann-Hollweg, était décidée avant que le Tsar se fût adressé à TEmpe* reur », et il a cherché ainsi à jeter un soupçon de •déloyauté sur Nicolas II qui aurait sollicité les bons offices de Guillaume, au moment où il préparait une surprise traîtresse. — Mais que signifie décidée^ C'^est là un de ces termes diplomatiques volontairement vagues choisis avec soin pour frapper les esprits, en permettant, d'autre part, toutes les restrictions mentales. En réalité, si le Tsar télégraphie à Guillaume, c'est pour que la mobilisation que lui imposent les ci^ constances ne provoque pas un affolement qui abouthrait à une guerre européenne.

La conduite du Cabinet de Pétersbourg est d*une loyauté absolue et d'une correction parfaite. La décision qu'il n'a prise qu'après Vienne et dans une stricte nécessité de défense, il l'annonce sans tardera toutes les Puissances; il en détermine nettement la portée; il charge son ambassadeur à Berlin de déclarer à TÂllemagne que ses précautions militaires ne la visent en rien, qu'elles ne préjugent même pas une agression contre l'Autriche; il lui fait remarquer qu'il ne rappelle pas son ambassadeur de Vienne; après comme avant, il est prêt à continuer les négociations entamées. — Sa volonté n-a été évidemment que de prouver à TAutriche, qui persistait à croire « que la Russie ne tiendrait pas le coup » (Livre jaune^ n* 50), qu'elle aurait tort de supposer qu'elle pourrait ^ms danger recommencer ses manœuvres de 1909 et de 1913. — « Si la Russie, remarque Sir G. Buchanan, que l'on ne peut guère soupçonner d'entraînement belliqueux, n'avait pas indiqué clairement par sa mobili' sation qu'elle était résolue, l'Autriche aurait exploité ses désirs pacifiques et se serait crue autorisée à p^Ousser les choses aussi loin que bon lui auraii semblé. » {Livre bleuy n* 78.)

dbyGoOgl

Page 1