‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 20 sur 124 · LA RUSSIE ET VAUTRICHE · texte numérisé non relu

LA RUSSIE ET VAUTRICHE

Pendant 1913, les forces russes etauirichiennes sont restées plusieurs mois en présence sans qu'on en soit venu aux mains. Aussi le comte Berchtold accueillet-il avec una cordialité parfaite M. Szébéko quand celtti-d lui affirme que» par sa levée de boucliers, la Russie souligne seulemeôit Tintoation et le droit du Tsar de dire son mot dans le rè^ement de la question 8ea*be (30 juillet). — Soyez bien convaincu, lui répond le. Chancelier autrichien, que, de notre côté, nous n'avons aucune p^osée de guerre; de part et d'autre oa s!applk[uera à ce que ces mesures ne soient pas mal interprétées. — Bien plus, alors que la veille il s'opposait nettement à la reprise des pourparlers entre MM. Sazonof et Szapary, il déclare qu'il a mal compris les désirs de la Russie et qu'il « autorisera le comte Szapary à discuter quel accommodement secaîi compatible avec la dignité et le prestige dont les deux Empires ont un souci égal ». {Livre jaune, n'^ 104.) M. Szébéko affirme de son côté que son gour vemoadeni tiendra un compte beaucoup plus large qu'on ne le suppose des exigences de Vienne. — Attendrissement général. L'Angleterre se.prépare à b^iir les rivaux réconciliés.

Que penser de ce brusque revirement autrichien? «- Deux hypothèses sont possibles. — A côté du clan i)^queux qui se groupait autour du comte Tisza et de Conrad de Hœtzendorf et était surtout représenté par les militaires et les catholiques, quelques personnes avaient conservé une lueur de raison et com^ prenaient l'extrême péril dans lequel on se précipitait de propos délibéré. La monarchie austro-hongroise n^'esft pas un organisme très solide et, à la soumettre à de trop rudea secousses, on risque fort de la dislo^ quer. Pendent longtemps, on avait pensé que la Russieireevlerait et on avait espéré une victoire sans lacmea» Du momei^ où/ la partis devient sérieuse, on

y renonce et on abandonne un bluff imprudent. Mieux Tant un accommodement même imparfait qu'une guerre dont les conséquences sont incalculables.

Mais il est possible aussi, — et la suite des événements semble plutôt permettre de le supposer, — que la nouvelle attitude de rAutriche n'ait été qu'une feinte pour rejeter sur la Russie la responsabiÛté de la rupture et mériter ainsi la sympathie de l'Angleterre qui n'est pas complètement guérie de ses préjugés anti-slaves et de son antique amitié pour les Habsbourgs. Le Ballplatz suppose que le Gouvernement de Pétersbourg, trop engagé désormais et énervé par ses déconvenues précédentes, se laissera emporter à quelque mesure hâtive qui donnera grief contre lui. Il sera facile alors de dénoncer à TEurope l'insolence moscovite qui déchaîne sur le monde les horreurs de la guerre au moment même où François- Joseph, le magnanime patriarche de la paix, lui tend une main fraternelle.

En réalité, la politique de Vienne va à la dérive, tour à tour emportée dans des sens opposés par des courants contraires. Le comte Berchtold, Hongrois de date récente, n'est ni un matamore ni un buveur de sang; fort riche, homme du monde accompli, plus friand de succès de salons que de gloire militaire, il a été quelque temps ambassadeur à Pétersbourg, dans des circonstances difficiles, et il n'a pas conservé un souvenir très agréable de l'accueil qu'il y a rencontré; il affirme cependant volontiers qu'il ne songe qu'à étonner le monde par sa clémence et qu'il a pris le pouvoir avec Tiniention de rétablir des rapports cordiaux avec la cour de Russie. Son intelligence est médiocre et son expérience des affaires est faible, il n'aime ni le travail ni le risque, il n'y a certainement pas en lui l'étoffe d'un grand ambitieux, et il est naturel qu'il s'épouvante de l'aventure où il

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