LES PARTIS EN AUTRICHE 6S
s'est engagé à la légère. Mais, à côté de lui, le comte Tisza est parfaitement homme à tout braver pour éloigner les périls qui menacent TÉtat hongrois dont il connaît la fragilité; il partage la haine féroce que les Magyars nourrissent contre les Serbes, dans lesquels ils aperçoivent leurs adversaires les plus redoutables et flairent leurs successeurs prochains. Les catholiques, empressés à saisir Toccasion d'étendre vers rOrient les domaines de TÉglise romaine, pèsent sur la conscience somnolente du vieil Empereur. Les militaires, bien qu'en général ils détestent plus les Italiens que les Russes, frémissent de joie à la pensée de combattre à côté de leurs camarades de Berlin. Les Allemands de Bohème, que talonnent les Slaves, soutiennent avec passion une politique funbonde et outrancière qui doit rendre indissolubles les liens de Vienne et de Berlin et assurer le triomphe du pangermanisme. Au milieu de ces passions contradictoires, les modérés ne réussissent guère à se faire écouter que par moments; la partie est belle pour les agents de FAllemagne, et M.' de Tchirsky, le confident de Guillaume, -parvient sans pefne à imposer sa volonté et à mater les velléités flottantes de résistance qui se manifestent çà et là.
Quelle que soit d'ailleurs l'explication que Ton adopte, ce qui résulte clairement des faits, c'est que FAllemagne» — de connivence avec l'Autriche ou pour la maintenir dans son sillage, quand elle semble échapper à son influence, — est fermement déterminée à ne laisser perdre à aucun prix l'occasion qui lui semble favorable pour briser les idernières résistances de l'Europe*
À Pheure même où l'Autriche accueille avec un calme complet, — vrai ou simulé, — la nouvelle de la mobilisation russe. M» de Fourtalès vient communiquée à M. Sazonof la résolution de son Ctouveme*-
ment de mobiliser si la Russie ne cesse pas ses préparatifs militaires. (Liurcora/ije, n*^ 58.)— Rappelons-nous que TAUemagne a toujours annoncé que chez elle la mobilisation entraînait l'ouverture immédiate des hostilités {Livre jaune ^ n® 105), et c'est bien ainsi que le comprend M. Sazonof : « Il ne nous reste plus, écrit-il à M. Izvolsky, qu'à hâter nos propres armements et à compter sur la guerre probablement inévitable. » — L'Allemagne a saisi le prétexte qui s'offrait et qu'elle avait indiqué d'avance à Sir E. Goschen quand M. de Jagow lui disait que « la mobilisation de la Russsie était si compliquée qu'il pouvait être difficile de se rendre compte de la localisation de la mobilisation ».
La Russie, — le fait n'est pas contesté, — n'a mobilisé — partiellement — qu'à l'exemple de l'Autriche. — La mobilisation de l'Autriche, dit l'Allemagne, ne visait que la Serbie. — Mais était-ce contre la Serbie qu'elle levait les régiments de Bohême ou de Galicie.et qu'elle envoyait dans les Carpathes des trains d'artillerie? — La mobilisation n'était que locale : — mais celle de la Russie ne s'appliquait aussi qu'aux gouvernements méridionaux.
Et quel moment choisit l'Allemagne pour adresser à la Russie une communication aussi menaçante? — Celui où Sir Ed. Grey s'adresse à elle pour lui laisser le choix des moyens de conciliation, le moment où son alliée, dont elle prend la défense avec une précipitation si singulière, accepte de façon « parfaitement amicale*» les mesures qui décident au contraire l'Empereur Guillaume à une démarche qui dans son esprit doit être irréparable.
Le Chancelier a prétendu que l'Allemagne était contrainte par le souci de sa sécurité à devancer la Russie, « de manière à ne pas lui donner le temps d'amener des troupes de tous les points de son vaste