‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 23 sur 124 · VANGLETERRE EN FACE DE L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

VANGLETERRE EN FACE DE L'ALLEMAGNE

Quelques instants après l'annonce de la mobilisation allemande lancée par le Lokal Anzeiger, M. de Jagow téléphonait que la nouvelle était fausse. Les feuillets; ajoutait-il, imprimés d'avance en prévision de toute éventualité et mis en vente à une heure de Taprès-midi, venaient d'être confisqués.

La presse allemande est vraiment la mieux informée du monde puisqu'elle prévoit ainsi les événements futurs; ses instincts prophétiques n'avaient-ils pa» été avertis par des indices significatifs, et qui croira que le Lokal A nzeiger, qui est un journal semi-gouvernemental, aurait ainsi divulgué l'ordre de la mobilisation, si elle n'avait pas été officiellement résolue?

Dans le conseil qui s'était tenu à Potsdam le 29^ sous la présidence de l'Empereur, et qui réunissait avec les ministres, les principaux chefs de l'armée» la guerre avait été définitivement décidée, et la publication volontairement prématurée des journaux avait pour but de provoquer la mobilisation de la Russie et de la France, afin de rejeter sur elles la responsabilité de la rupture.

Quand l'événement eut déjoué cette manœuvre»

FAUemagne crut prudent d'ajourner de quarantehuit heures ses résolutions, dans l'espoir de trouver enfin un prétexte plausible, toujours avec la même intention délibérée de ne laisser aboutir aucune tentative pacifique.

Pendant que M. de Pourtalès présentait à M. Sazonof ses demandes d'explications sur les armements de la Russie, M. de Bethmann-HoUweg, à la suite du conseil de Potsdam, faisait venir dans la nuit Sir E. Goschen et, ce qui achève d'éclairer ses véritables intentions, essayait de lui acheter la neutralité de l'Angleterre. — Si la Grande-Bretagne consent à ne pas intervenir, FAUemagne n'exigera de la France aucune cession territoriale sur le continent. . Le

Chancelier en même temps laisse clairem^:it entendre que la neutralité de la Belgique ne sera pas respectée; après la guerre» elle sera rétablie dans ses droits, si elle n*a pas marché contre l'Allemagne. (^ juillet, Livre bleu, &<" 85.)

Comment M. de Bethmann-Hollweg, qui passe généralement pour être de sens rassis et qui, dans diverses circonstances, avait donné des preuves de raiscm, 8*est-il imaginé une minute que l'Angleterre écouterait sans indignation d'aussi scandaleuses ouvertures! Comment ne s*est-il pas aperçursurtout combien des offres aussi nettement criminelles le compn>mettraient un jour devant Topinion! Il pensait sans doute, comme le baron d'Aehrenthal, que le fait accompli est la meilleure justification. Au moment où, en dépit de ses nombreux déboires, TAngleterre vient de lui remettre une formule de conciliation si large qu'il est difficile d'imaginer une fin de nonrecevoir et où il affecte de s'associer à ses désirs, il lui demande comme une lettre de marque pour les actes de piraterie qu'il médite.

Cette insanité ne s'explique que par l'idée fixe qui s'eat emparée des Allemands, que^ dans aucun cas, l'Angleterre ne se mèkra aux hostilités, — et cette idée fixe a été entretenue par un de ces malentendus qui naissent entre les peuples de la différence des habitudes et de l'opposition des caractères.

L'Anglais a horreur du mensonge. Personne ne prend plus à la lettre la parole biblique : que votre oui soit oui et votre non — non« Sir Ed. Grey, qui, dans toute sa carrière» nous apparaît comme un Anglais pur sang, très désireux de ne pas donner i ses amis des promesses qu'il ne serait pas sûr de tttiir complètement, a jusqu'au dernier moment refusé de s'engager vis-à-vié d'eux. Il n'a pas dissimulé à l'Allemagne que> si le conflit austro-serbe devenait

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