DÉCLARATION DE GUERRE A LA RUSSIE
M. Viviani n!était pas assez naïf pour ne pas s'être convaincu depuis Torigine de la crise que « TAllemagne poursuivait rhumiliaiion de la Russie, la désagrégation de la Triple-Entente et, si ces résultats ne pouvaient être obtenus, la guerre j» {Livre ^jaunty n* 114.)
La demande de FÀllemagne survenait cependant au moment où les nouvelles de Vienne et de Londres lui avaient rendu une lueur d'espoir.
Avec un remarquable sang-froid, il ne modifie pas son attitude, et sa première pensée est de télégraphier à M. Paléologue, notre ambassadeur en Russie : « Ainsi que je vous Tai déjà fait connaître, je ne doute pas que le gouvernement impérial, dans Tiniérêt supérieur de la paix, évite pour sa part tout ce qui pourrait rendre inévitable ou précipiter la crise. » {Livre jaune^ n* 117.) Dans une heureuse et significative rencontre, par un geste analogue, le Tsar et le Président du Conseil de la République française s'unissaient dans un suprême geste de paix.
M. Viviani fait remarquer à M. de Schoen qu'il n*y a aucun conflit direct entre la France et rAllemagne, que la France a toujours employé et continue à employer ses efforts dans un sens pacifique, lui rappelle combien de raisons Ton a encore d'espérer; la querelle n'existe en fait qu'entre l'Autriche et la Russie, et l'Allemagne n'a à intervenir que comme alliée de l'Autriche; quelle responsabilité n'assumerait-elle pas si elle prenait l'initiative des hostilités alors que les deux intéressés étaient disposés à causer amicalement. {Livre jaune, n^* 121 et 125.) Le décret de mobilisation en France a été signé le 31 juillet et sera affiché le lendemaip, 1" août. Mais c'est une
les hostilités et il ne tenait pas à attirer Tattention sur ont démarche qui, diTulgaée, aurait soulevé Topinion.
M tA GUERRE
mesure de préservation qui n'implique ni la guerre, ni même une rupture diplomatique. Les ambassar deurs russe et autrichien demeui^nt à leur poste : pourquoi M. de Scboen ne resterait-il pas au sien?
Quand M. de Schœn rerient, le samedi !•' août à onze heures du matin, M. Viviani lui démontre que ta sHuatioB géoérale paraît sensiblement am^iorée^ puisque la Russie solMcite la médBation de rAii^6* terre et que le comte Szecsen vient de lui dêdarei* officiellement que son gouvernement a promis' de respecter non seulement llntégrité du territoire serbe, mais la souveraineté du royaume; puisque FAutriehe ne se refese plus à donner des explications A la Russie sur ses intentions, la plus sérieuse difficulté est écartée. Il lui fait encore remarquer qu*une'prodamation signée du Président de la RépTË> blîque insiste sur le fkit que la mobilisation n'estr pas la guerre et que le gouvernement multipliera ses efforts pour flaire aboutir les négociations. (l:*^aoûi; Livre jauney n* 125.)
Le baron de Schoen paratt ftappé de ces argtmients et ne réclame pas une réponse officielle à sa question de la veille sur Fattitude de la France en cas de conflit russo-allemand K
!. M. dB Bethmann-Hollwes a dit, d&ns son discours du 4 août: * Nras aven» demandé à la Franse si, en eas de* guerre rasso* allemande, eUe gardwait la neatnaiité. fille noaa a répondu qu'eUe ferait ce que lui dicteraient ses intérêts. — G'éiait ne pas répondre à notre question, sinon par la négative. » (Agitation.) ^— L'affirmation du Caianeelierest démentie non seviement paz la dépêche de M» VÎTiani à tous les ambassadeora de Fran^ {lÀvre Jaune, n* 125), — mais aussi par la dépèche de IL Izvolsk|rt « L'ambassadeur d'Allemagne a fait visite à M. Viviani, mais ne lui a fait aueune communication, sous prétexte qu'il lui était impossible de déchififirer les télégrammes qu'il avait reçus. » {Livre orange, n" 74.) On sait qu'aux heures de crises, par une mauvaise chaocer inespUoahle, le télégraphe allemand (bno^ lionne toujours mal.
DÉCLARATION ÉkE GtTERRE A LA FRANCE M
Ce silence^ sans inspirer i>eaucoup de coiifiance à .M. Yiyiani, lui semble cependant nn indice rela<tivement Sa¥orabfe. En léalité, il s'^qpHquait, non par un Abandon des intentions belËquenses de l'AHemagne, mais par son espoir persistant de retenir l'Angleterre daiïs la neutralité. Elle vonkit forcer la France à prendre Tiniliative de la guerre et espérait parvenir ainsi, en prenant Tattitude de Tinnocenoe persécutée, à décider Sir Ed. Grey à se renidrmer au moins.dans une demi^abstention.
Un peu interloqué au premier mom^tit par les déclarations du ministre anglais au prince Lichnovskj (29 juillet) et par sa dépêche du 30, le Chanceliern^avait pas tardé à rqfurendre confiance. On croit aisément ce qu'on déaire, et les diplomates all^nands ont us flair fNsyciiologâque assez obtus. L'Ai^leterre était inondée d'agents et d'espions qui informaient la WilheJmstrasse de tout ce ^pû se passait à Londres; comme toujours, ils envoyaient des rapports faTora* blés et exagéraient l'inftaence des groupes hostiles i la guerre.
Le Chancelier n'ignorait pas d'ailleurs l'extrême réserve avec laquelle Sir Ed. Grey accueillait les appels de M. P. Cambon. Le 1** août encore, en s'eAgageant à ne pas permettre à la flotte allemande d'attaquer les côtes françaises, le Ministre ajourtait que cela ne l'obligeait pas à déclarer la guerre à l'Allemagne et qu'il ne s'y croirait même pas tenu par la violation de la neutralité du Luxembourg. {Lùfre bleu, n"» 148.)
M. de Bethmann-HoUweg avait vu évidemmmtt aussi une preuve de timidité dans la perséférance avec laquelle le Cabinet imglais entassait les propositions de paix et dans sa promesse de «e désintéresser des événements si la France et la Russie repoussaient dâs offres raisonnaUes. (3t juillet. Livre 6/ea»no iii.)
Il en avait même conclu que TÂngleterre finirait par se résigner à Tinvasion de la Belgique. Quand Sir E. Goschen Favait interrogé sur ce point, il avait donné une réponse évasive, sous prétexte qu'un engagement positif révélerait le plan de campagne; Sir Ed. Grey avait déclaré « cette réponse très regrettable » (Livre bleu^ n*^ 123), et cette expression atténuée n'avait pas paru décourageante aux diplomates allemands.
Sir Ed. Grey n'était pas revenu à la charge, évidemment parce qu'il ne voulait pas, au milieu de la surexcitation générale, compliquer et aigrir la discussion, quand Thorizon s'éclaircissait. Il signalait bien que « son attitude lui serait en grande partie dictée par Topinion publique, pour qui la neutralité belge avait une grande importance ». Mais M. de Bethmann- Hollweg, tout à fait hynoptisé par sa théorie de la nécessité, était absolument hors d'état de comprendre les scrupules juridiques de ses interlocuteurs. Il nourrissait de plus un mépris instinctif pour une nation de boutiquiers qu'il jugeait incapable de sacrifier à une question d'ordre général ses profits immédiats.
Les Anglais sont de bons chrétiens, mais chaque peuple interprète l'Évangile suivant son tempérament et ils n'ont pas coutume de tendre la joue gauche quand on les soufflette sur la joue droite. Ils avaient à plusieurs reprises déterminé nettement leur position : la paix, mais une paix qui ne coûtât rien ni à leurs intérêts, ni à leur honneur. Très sincèrement, M. de Bethmann-HoUweg n'entendait pas leur langage; il avait son plan et refusait d'en démordre. La raideur des premières réponses de Sir Ed. Grey le détermina seulement à relever ses enchères.
Il essaya d'abord de persuader à Sir E. Goschen que