‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 32 sur 124 · DÉCLAKATION DE GUERRE A LA FRANCE W · texte numérisé non relu

DÉCLAKATION DE GUERRE A LA FRANCE W

dû cependant provoquer quelque émotion; il ne rapprend que le 3, par une dépêche venue de Berlin; le fait est si mal établi qu'il est mis en doute par le ministère de la Guerre de Bavière. {Qui a vaulu la guerre? p. 52.) En somme une série d'imaginations falotes, des faits sans consistance, des rumeurs dont il est impossible de vérifier Torigine. Et c'est sur de pareils racontars, sur ces sinistres sornettes que l'Allemagne commence les hostilités l

Sans doute la France, qui, depuis le 24 juillet, redoutait la guerre, avait le devoir de ne pas se laisser surprendre. — M. Viviani disait le 29 aux joumaUstes qui Tinterrogeaient : « Nous prenons des précautions parce qu'il serait criminel de ne pas en prendre; mais ces mesures n'ont aucun caractère offensif; elles ne constituent en aucune façon des actes de mobilisation. » — En réalité, elles ne furent jamais qu'une réponse souvent tardive aux mesures de l'Allemagne. — Personne ne conteste que le service des renseignements en Allemagne ne fût très habilement organisé; si la France a inquiété sa voisine par des armements prématurés, d'où vient que le Chancelier et le Livre blanc ne nous les ont pas signalés avec des preuves à l'appui, des dates, des noms?

Les explications de l'Allemagne sont vraiment bien singulières. Le 30 juillet, le baron de Schoen prie les journaux français de démentir le bruit d'une mobilisation partielle en Allemagne ; ce bruit a pour origine, d'après lui, une dépèche par laquelle le correspondant à Paris d'un journal berlinois aurait été rappelé sous les drapeaux. — « Ce télégramme, dit M. de Schoen, était signé faussement : le vice-consul d'Allemagne. » — Vraiment I — Il y a de par le monde de bien mauvais plaisants qui jouent de mauvais tours aux journalistes d'Outre-Rhin. C*était

ut oucmmi. ^

9ê LA GUERRE

ce même 30 juillet que les journaux de Berlin aimonçftient — faussement — la mobilisation.

Le Ministre français avait d'ailleurs les meilleures raisons du monde de ne pas donner prise sur lui. Sans compter que ni M. Vmani ni ses collègues ne désiraient personnellen^it la guerre, ils étaient surveillés de très près par les socialisAes qu'il eût été insensé de méco&t^iier, et ils avaient le devoir te plus strict de ne pas froisser F Angieterre qui évidenament aurait refusé de nous soutenir pour peu que nous eussions adopté une attitude provocatrice^.

La France avait donné une preuve éclatante, — etf à mon avis, parfaitement regrettable, *— de !sa résolution d'éviter tous les incidents, en ordonnant à nos troupes de se replier à dix kilomètres de la frofdâère. Si rÀllemagne partageait noère désir de couper court à des difficultés qui, insignifiantes en tfflooips ordinaire^ prennent dans des eireonstanees analogues une importance tragique, pourquoi n'a^i-eUe pas pris une mesure semblable?

i. Qu'il me soit permis de rappeler ici un souvenir personnel. Je présidais à ce moment les examens de Técole mîKtoire d» fiaint-Gyr. Convaincu que )a session serait intenonpue pet les événements, le vendredi 31 juillet je me suis rendu au Ministère de la Guerre et j'ai soumis au Directeur de Tlnfanterie un projet d'après lequel tous les admissibles auraient été déclarés définitivement reçus et convoqués immédiatement à La Flèche, po«r j recevoir une instructioa sommaire, de manière è pr^[Mirer un jeune cadre d'officiers. Gomme il s'agissait de 800 candidats animés du meilleur esprit, cette proposition avait une certaine Importance. Le Directeur m'a r^ndu que des mesures eaeeptionnelles auraient plus d'ineonvéaients que d'avantages et qu*il importait d'éviter tout ce qui sexait de nature à inquiéter l'opinion. De fait les examens ont continué sous leur forme ordinaire jusqu'au dimanche 2 août, dix heures du matin, où les élèves se sont dispersés, il tn a été de même pour rfieole polytechnique. Il est d'ailleurs de notoriété publique que jusqu'à hk dernière minute, les préoccupations militaires en France ont été subordonnées, — parfois plus qu'il n'était peut-être désixaUd,

LES PREMiÈBBS B0STJUTÉ8 tt

-Que signifieiil d'ailleurs cee préiMnk» aeles <k guerre de la Franoe, doal la (dupart sool viâblemeiit îmagÎBaâres, dont aaoQn n'a été établi, et sur lesquelè le gouT^mesoieiit allemand n'a même pas essayé et fournir des Tenaeignements précis, en face des grieÀ inmçais qui cmt un earaetère d'authenticité évidente et qui n'ont jamais été démentis? -* Toute la popi»iatioB de Metz n'est-eUe pas là pour téuMigno* que, le^ juiiiel, un régimevl aigmôût publiquement ses balomietleB sw la placey -^ et celle de Strasbourg, pour a£finMr qu'on a^it depuis plusieurs jours déjà coamencé des tranchées près de la ville et sur la ligne d'Avrieourt I Bst-il douteux que, le 31, l'Allenmgne a coupé à la firontière les communications ttiégrapbiipies et téléphoniques, barré les routes, confisqué les aut<»ftobHes de [rfusieurs touristes? Estrii douteux qiie des locomotives ont été r^enues? Le ^ août, M. Viviani signale à M. J. Cambon les faits très graves qui se sont produits à DdUe : deux , patrouilles du 5* chasseurs à cheval ont pteéiré jusipi'à Dond^ry et Baron, à plus de dix kilomètres de la frontière; l'officier qui o<Mnmandait une de ces patrouilles a brûlé la cervelle à un soldat français; les cavaliers allemands ont Mumené des chevaux que lé OHwe frajaçais de Suarce {Uvre jminey n^ 139) était 6BI train de réunir. -^ Il est bien certain que lorsque le MinisUe attire l'attention du gouverner ment et de l'ambassadeur allemands sur ces incidents, il a eu soin de se munir de tous les renseignements nécessaires, pour ne pas s'exposer à une réplique pénible*

Il ressort des faits que l'Allemagne a commencé ses préparatifs militaire^ avant ses voisins, qu'elle

«r- sax considérations diplonmtiques et à la Tolonté de ne-pm léorair l'oaibro d\in prétexte s« i^Mtnriaâtions aliemandet.

les a poursuivis sans interruption, qu'elle n'a adopté aucune mesure générale pour éviter, au moment où la tension est devenue particulièrement menaçante, les incidents de frontière, que les griefs qu'elle a prétendu invoquer à son tour pour justifier la déclaration de guerre n'ont aucune précision et sont presque toujours d'une ridicule invraisemblance. . Le gouvernement allemand, — et rien ne prouve mieux combien sa propre cause lui semble mauvaise,

— n'a visiblement soulevé ces chicanes sur des points relativement secondaires et à propos desquels il a jugé possible de créer quelque obscurité, au moins pendant un peu de temps, que pour détourner l'attention des faits essentiels qu'il ne conteste pas, qu'il ne saurait contester, qu'il n'y a aucun moyen d'expliquer par des erreurs ou des imprudences individuelles et qui engagent sa responsabilité directe.

Le samedi 1*' août, le baron de Schoen a eu avec M. Viviani une entrevue où il n'a pas été question de son départ. Les relations officielles de la France et de l'Allemagne continuent; il n'y a donc pas état de guerre et l'ambassadeur ne demandera ses passeports que le 3 août. Or le dimanche 2, de grand matin, d'après la note officielle du gouvernement luxembourgeois, les troupes allemandes envahissent le grand-duché, dont la neutralité a été garantie par le traité de Londres de 1867. 11 est vrai que M. de Schoen affirme que « les mesures militaires prises par l'Allemagne dans le Luxembourg ne constituent pas un acte d'hostilité ». — Pourquoi ne dit-il pas que la France doit s'en féliciter I Ne pourrait-il pas affirmer de même, si les Allemands entraient dans Nancy, que nous aurions tort de nous en alarmer 1

— N'est-ce pas le gouvernement allemand qui a signé la convention du il juin 1872 par laquelle il a'est engagé « à ne jamais se servir des chemins de

LUXEMBOURG fer BÇLGIÇffï^' '. ^:\\ 491

fer luxembourgeois pour le transport de troupes, d'armes, de matériel de guerre et de munitions, à n'accomplir ou à ne laisser accomplir à Tocoasion de Texploitalion de ces lignes, aucun acte qui ne fût en parfait accord avec les deiPoiis incombant au Grand- Duché eonume État naître jk — L'Allemagne a vrai* ment une façon bien personnelle d'interpréter les textes I — Des trains blindés avec des troupes et dea munitions arrivent par la ligne de Wass^rbillig à Loixembourg, et M. de Bethmann-Hollweg vient now raconter qu'il s'agît de prot^er le pays contre l'attaque éventuelle d'une arméefraaçaise, alors que la veille la France « renouvelé solennaUement son eng»* gement de respecter la neutn^té du Luxembourg.

La question de la Belgique est si connue qu'il est inutile d'y insister, mais quelques détails sont si caractéristiques qu'il est cependant nécessaire de les rappeler. Que l'invasion fût résolue d'avance, nous en avons la preuve non seul^aient dans les livres des généraux qui établissaient leurs plans sur l'attaque par le Nord, mais dans l'entrevue de Guillaume et du roi Albert^ le 22 novembre i9id, et dans le refus du Chancelier de répondre à la question que lui posait Sir Edouard Grey le Zi juiUeU — L'Angleterre a cepea^ dant donné à l' Allemagne les assurances les plua positives qu'elle ne saurait craindre aucun péril de ce côté : a j'assume que le gouvernement belge maintiendra jusqu'au bout sa neutralité )», dit ht dépêche de Sir Ed» Grey (Lii^e éfeu, n» 145); la France a formellement promis d'observer le traité de 1839; la Belgique pousse si loin les scrupules que, encore le 3 août, à midi, M. Davignon, le ministre des Affaires étrangères, qui a reçu la veille du ministre d'Allemagne une note des plus menaç^ites^ décime l'offredesecours que lui apporte le représentant de la France {Livre gris^ n^ 24.)

Il s'obstine à espérer contre toute espérance, par une sorte d'impuissance naturelle aux âmes droites d'admettre le mensonge et la perfidie; s'attache aux déclarations officielles de M. de Jagow devant la commission du budget du Reichstag le 29 avril 1913 t.

— « La neutralité de la Belgique est déterminée par des conventions internationales et l'Allemagne est décidée à respecter ces conventions. » {Livre griSy no 12.) Le 2 août, M. de Below-Saleske, le Ministre d'Allemagne, ne lui a-t-il pas dit qu'il « n'était pas chargé de lui faire une déclaration officielle, mais que la Belgique connaissait son opinion personnelle sur la sécurité avec laquelle elle avait le droit de considérer ses voisins de l'Est? » {Livre gris^ m 19.)

M. Davignon eut trop vite l'occasion de savoir ce que signifiait cette sécurité du côté de l'Allemagne. Le 2 août, à sept heures du soir, M. de Below-Saleske,

— il est bon de se rappeler les noms de ces exécuteurs des hautes œuvres de la Prusse, — remet ai| Ministre belge un ultimatum : « Le gouvernement allemand a reçu des nouvelles sûres sur la marche projetée des forces françaises sur la ligne de la Meuse Givet-Namur. — Les forces françaises auraient Finîention de marcher sur la Meuse », dit le texte français.

— Une intention I Un projet! Où est le commencement de preuve! Quelle indication allègue le Ministre prussien?

Dans la nuit du 3 août, à une heure et demie, M. de Below-Saleske demande à voir le Secrétaire Général, et le prévient que des dirigeables français ont jeté des bombes. — (toujours I) — Où? — En Allemagne. — Alors, en quoi cela me regarde-t-il? — « M. de Below dit que ces actes, contraires au droit des gens, étaient de nature à faire supposer d^autres actes contre le droit des gens que poserait la France. »

VIOLATION DE LA NBUTRAUTÉ BELGE iOS

(Livre belge, n* 21 .) — C'est pour protéger la Belgique contre les violations du droit des gens qu'on suppose que la France pourrait commettre , — et cela contrairement à toute yraisemblance, — que rAllemagne se voit obligée de violer aussi (?) le territoire belge. Et cet ultimatum est du 2 août; il est vrai que M. de Bethmann-HoUweg afBrme qu'il n'a exercé aucun acte d'hostilité contre la Belgique. (Livre gris^ no 20.) — Si la Belgique observe une attitude amicale^ les relations d'amitié qui unissent les deux États voisins seront fortifiées d'une manière sensible 1 — Nous saisissons ici sur le vif tout l'ensemble de la politique germanique : nous accordons généreusement la paix à tous ceux qui courbent humblement la tête sous nos lois.

Dans toute cette négociation avec Bruxelles, pas un mot sur la collusion delà Belgique avec la Triple- Entente, que la presse germanique a découverte après coup; sur la grande conspiration du roi Albert avec Georges V et M. Poincaré. — Il n'en est pas davantage question dans l'entrevue célèbre chi 4 août entre Sir E. Goschen et M. de Bethmann-Hollweg. Le Chancelier, à qui l'ambassadeur d'Angleterre vient de confirmer que la Grande-Bretagne ne saurait se contenter de la promesse de respecter après la guerre l'intégrité du territoire belge, mais que, siTAllemagne ne s'engage pas avant minuit à respecter absolument la neutralité du royaume, le gouvernement de Sa Majesté se considérera comme en état de guerre avec elle, est en plein désarroi, et, dans son trouble manifeste, il nous livre le fond de sa pensée : — Il n'avait qu'un désir, conserver de bons rapports avec l'Angleterre, et toute sa poUtique s'écroule comme un château de cartes. L'Angleterre frappe par derrière» au moment où elle défend sa vie contre deux assaillants (1), une nation amie, apparentée. Et tout cela

t#4 LA GUERRE

pourquoi? -— Pom* un mot> pour un chiffon de papier* — {Livre blea, n<^ 160, p. 103.)

En dehors même (ks ^eonséquenees terribles et grandioses qui découlent de ce débat, je ne sais pas dans rbistoire universelle de duel de plus haute portée. — Ce ne sont pas seulement deux p^iplee qui se heurtent, ce sost deuat mondes moraux qm s*opposenti — C'est une affaire de vie ou de mort pour nous, dit le Ghancdier, que d'occuper la Bek jgique, parce que celte invasion est la condition de notre victoire* — C'est une affaire de vie ou de mofi pour la Gîmade-Bretagne que de tenir ses engagements. — A quel prix ces engagements auront^ils été tenus? — La crainte des conséquences ne saurait être une excuse de l'abandon de promesses^ solennelles.--^ En face de la force^ -^ le dmt; — en face de la poli^ tique — la moralef — en face du passé, — l'avenir.

Une nation, grande par son histoire^ illustre par les services qu'elle a rendus à la civilisation hil* maine, mais dévoyée perdes succès trop rapides et trop continus, anémiée par une teneioa midadive de sa volonté de puissuice^ s^arroge le droit de fouler eux pieds un peuple voîdn dont l'asservissement Im semble nécessaire à ses combinaisons stratégiques et qu'elle i»ii^se incapable de se défendre. -^Contre ce plaA infâme se dresse TAni^eterre, au nem de la conscience humttne. -^ Nous sommes loin de ce pauvre François^erdinandetdesmisétrables intrigues du comte Foigaoh*

Pas plus que dans son entrevue avec Sir Goschen, M.de Bethmann^HoUwegn'aessajFédevaMle Reichstag de justifier l'invasion de la Belgique. « Nos troupes ont occupé le Luxembourg et ont peut-être déjà envahi le tcrriic^ire belge. C'est contre le droit des gens. Nous ne pouvions pas attendre. Nous avons été contraints de passer outse aux réolamaticms /bncUet

LA THÈSE DE L'ALLEMAGNE lOSr

du Luxembourg et de la Belgique. Nous sommes dans la néoessité, et nécessité n'a pas de loi. Quand on est aussi menacé que nous le sommes, on ne doit penser qu'à une chose, à s'en tirer coûte que coûte. » Il est à remarquer, écrivait au sortir de la séance le baron Beyens, que le Chancelier a reconnu sans le 'moindre détour que l'Allemagne viole le droit international et commet une injustice à notre égard. (Livre grisy n^* 35.) Déjà M. Davignon avait répondu à l'ultimatum du 3 août : « Aucun intérêt stratégique ne justifie la violation du droit. Le gouvernement belge, en acceptant les propositions qui lui sont notifiées, sacrifierait l'honneur de la nation, en même temps qu'il trahirait son devoir vis-à-vis de l'Europe. » {Livre griSy no 22.)

La thèse de M. de Bethmann-Hollweg n'était pas nouvelle; c'était l'antique et haïssable formule : la fin justifie les moyens. Au moment où il laçait du haut de la tribune ces abominables paroles, n'a-t-il pas aperçu l'ombre magnifique de Luther, partant pour la diète de Worms et écrivant à ses amis qui s'effrayaient pour lui : « Il n'est question ici ni de ce que j'ai à craindre, ni de ce qui me convient; il est question de l'Évangile. » — L'Évangile, le droite la morale, l'honneur, chiffons de papier que déchire et disperse le sabre prussien!

Le soir du 4 août, le Berliner Tageblatt annonçait la déclaration de guerre de l'Angleterre, et la populace bombardait do cailloux l'hôtel de l'Ambassade; la police n'avait pris aucune mesure de précaution, H parce que la présence d'agents aurait inévitablement attiré l'attention et peut-être amené des troubles », disait M. de Jagow pour s'excuser; d'ailleurs la faute était à cette peste de Tageblatt qui, malgré les ordres officiels, avait divulgué trop tût la rupture. Décidément le gouvernement allemand n'est pas heu-

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reux arec s^ journaux. Il était de plu» retenu 4 M. de Jagow certains brinta d'après lesquels te fouKe avait été excitée à ces violeBces par dies gestes faits et des projectiles luieôs de TAjoibassadel {Liort biem, 11*104.)

La campagne dîplomatiqiie aitstro^aUenHaide ûmh sût comme elle «raiiçoflMfteacé : c'étut M. Pacfaiicii qui avait assassMié Françoîs^FerdiBandy et c'était Sir E. Gtosoheii qui lapidait ht fosde paisttde des prcmm» neurs berlinois*

Danssoa discours du trône, f Empereur a affinnié qu'il n'avait oomissncé la gueira que pcMir répondre aux menaces de ses adversaires : « Ce n'est pas ht soif des conquêtes qui aouf^uide ; ce qm nous anime , o^est la v^fenté inébraidaÛe de garder au soleil In place que' Dtett nous a donnée, pour nous et les générations qui nous suooéderont.

« U ressortira pour vous clairement des documents qui vous sont soumis que mon gouvernement et surtout mon CbanoeMer se sont efforcés jusqu'au demiw moment d'éviter les solutions extrêmes. Réduits à nous défendre, nous tirons répée,>la.conscien€e pmeie et les mains pures« »

L'Empereur n'a jamais don»é des preuves d'un sens critique très sûr et il n'est pas impossible qu'il ait été au moins à demi convaincu de ce qu'il affirmait Mais cm s'étonne et on s'attriste qu'il ne se soit pas rencontré au Reichstag luiseul homme qui, oomme Thiers en 1870, ait fait remarquer à ses c(^ègues l'indigence des documents qu'on leur apportait et les lacunes des textes qu'on leur soumettait

Arrivés à la fin de ce long exposé, il ei^ indispeah sable de le résumer dans une série de questions :

l*" Est-il vsai que l'ÂJutriche a présenté à la Serbie,

QWCLUSION m

sous la forme la plus blesaaaie, une série de conditions que M. de Jagow lui-mêake déclarait inaccep"* tables ? — Que les acouaalioiis qu'elle lançait contre le Cabinet de Belgrade ne s'i^ppuyaient sur aucun docuxaent probant? — Que le dél^ fixé pour Taccepta^ tion de la note au&tro-hosgrotse était rîdiculememt court?

%"" Est-îl vrai que la Serbie a dépité dans ses oonces^ fiions les limites qui avaient paru possibles, queTAutriche, sans même examiner sa réponse, a rompu les restions diplomatiques avec Belgrade? — Est-il vrai que le Cabinet de Vienne n'a tenu aucun compte de Voffre que lui faisait la Sert>ie de déférer l'affaire au jugement des grandes Puissances ou du tribunal de la Haye?

3* Est-il vrai que, quand Tintervention prévue et nécessaire de la Russie a donné au conflit austroserbe un caractère européen, TAllemagne, par aes procédés dilatoires ou ses susceptibilités étranges, avec une sournoise ténacité, a fait échouer toutes les propositions de médiation successivement suggérées par Sir Ed. Grey et acceptées par la Russie, la France et ritalie? ~ Est-il vrai que, lorsque Sir Ed. Grey, après Téchec de ses tentatives répétées, et pour n^ttre TAUemagne au pied du mur, Fa invitée à indiquer ellennême la forme de médiation qui lui conviendrait, elle s'est abstenue de répondre?

4p Est-il vrai que le 29 juillet, alors que la Russie commràçaît à peine sa mol^lisatîoD partielle en réponse à la mobilisation autrichienne, M. de Pourr lalès a menacé M. Sazonof de la mobilisation allemfluide? — Est41 vrai que, le même jour, M. de Bethmann-HoUweg a essayé d'acketer la neutralité de l'Angleterre et que la mobilisation générale a été décidée à Potsdam?

5"" J5st-il vrai que le H juillet, M. de Pourtalès a

sommé la Russie d'arrêter ses préparatifs milU taires, non seulement contre rÀUemagûe, mais contre rAutriche, en exigeant une réponse dans les douze heures? — Est-il vrai que cette démarche, qui était en fait une déclaration de guerre à la Russie, s'est produite à Theure où les négocifitions directes avaient recommencé entre Vienne et Pétersbourg, où TAutriche admettait la discussion de sa note du 23 juillet et où Sir Ed. Grey jugeait la solution sensiblement améliorée?

6^ Est-il vrai qu'après la mobilisation de F Allemagne et de la Russie, le Tsar a offert à TAUemagne de continuer les négociations, en lui donnant sa parole d'honneur que la Russie ne l'attaquerait pas, et que l'Allemagne a répondu à cette offre pacifique par la déclaration de guerre?

?• Est-il vrai que le Luxembourg a été envahi le â août, alors que la guerre entre l'Allemagne et la France n'a été déclarée que le 3?

8*» Est-il vrai enfin que le 4, M. de Bethmann- HoUweg a forcé l'Angleterre à la guerre en refusant de renoncer à l'invasion de la Belgique?

Sur aucun de ces points, il ne peut subsister l'ombre d'un doute, — je ne dis pas pour un juge impartial, — mais même pour un Allemand. En essayant de porter le débat surle terrain juridique, le Chancelier a commis une lourde bévue, et la seule attitude raisonnable est celle de M. Max. Harden qui proclame que l'Allemagne voulait la guerre et qu'elle l'a imposée à l'heure qu'elle avait délibérément choisie.

Libre aux Allemands de dire qu'il leur était nécessaire de briser le cercle d'inimitiés dans lequel on les ^ enfermait, qu'ils ont prévenu les mauvais desseins dont ils avaient le soupçon, qu'ils ont attaqué pour ne pas être attaqués eux-mêmes en 1917? — On leur

répondra que leurs craintes étaient mal fondées, que jamais ni la France ni TAngleterre ne se seraient résolues à une agression, et qu'il est criminel de déchaîner sur le monde une aussi épouvantable catastrophe pour éviter des possibilités non seulement incertaines, mais absolument invraisemblables. — Mais enfin, du moins, cette thèse ne sera pas absurde.

Libre à eux également de dire qu'ils avaient le droit d'arracher des territoires nouveaux à leurs voisins parce que ceux-ci étaient incapables de les défendre, et que les rapides progrès de la population de TEmpire faisaient un devoir à ses chefs de lui assurer les ressources indispensables à sa subsistance. — C'est une thèse odieuse, mais non pas absurde.

Il est absurde au contraire d'essayer d'affirmer que la note austro-hongroise n'était pas extravagante, que les concessions de la Serbie étaient insuffisantes, que le cabinet de Berlin n'a pas écarté avec une sournoiserie entêtée les propositions conciliantes de Sir Edouard Grey et de M. Sazonof, qu^il n'a pas contraint à se défendre la Russie, la France et l'Angleterre.

Le 31 juillet, la Gazette de Cologne écrivait : « Il semble qu'en ce moment ni la France ni la Russie ne soient complètement prêtes à la guerre. Si la guerre générale doit éclater, le moment est aussi favorable que possible pour l'Autriche et pour nous. » — Elle traduisait ainsi l'opinion du gouvernement, — et, ajoutons-le, malheureusement aussi de la grande majorité du peuple allemand. Quelle que soit l'issue de la guerre, c'est sur eux, — et sur eux seuls, — que retombe toute la responsabilité.

Il y a quelques semaines, M. Giolitti racontait au Parlement italien que, le 9 août 1913, l'Autriche avait

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prévenu la Consulta qu'elle se disposait à attaquer la Serbie, et lui avait demandé son concours. Le Ministre des Affaires étrangères, le marquis de San- Giuliano, prit Tavis de M. Giolitti lui-même qui était alors Président du Conseil, et tous deux furent d'accord pour répondre que les traités qui liaient ritalie à TAllemagne età TAutriche avaient un caractère purement défensif et qu'il lui était impossible de s'associer à une guerre offensive. — M. Giolitti a fait remarquer que l'opinion da Cabinet de Rome n'avait provoqué aucune objection ni à Berlin ni à Vienne, c'est-à-dire que l'Allemagne et l'Autriche^ par leur alence, avaient avoué le caractère offensif de la guerre qu'elles préparaient.

En 1914^ M. de Bethmann-Hollweg et le comte Berchtold reprenaient le plan qu'ils avaient abandonné l'année précédente pour des raisons purement momentanées. Pour satisfaire ses ambitions'^et ses convoitises, l'Allemagne déclarait la guerre à l'humanité.

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