ALLEMANDS ET SLAVES
était accablant, mais ila'est pas. sûr que ia main de Frédéric II ait été beaucoup plus douoe, et, s'il est Yrai qu'Alexandre I*' ou Alexandre II ont trop vite renoncé à leurs projets de réformes, je doute que l'on puisse citer dans Thistcôre de la Prusse des ac^es aussi splendides que la, reconstitution du royaume de Pologne ou TéoianGipaUQn des aerfà. J'ai le phis Tif respect pour les veriu&solîdes du peuple allemand, pour son labeur méthodiftte, pour sar vcdonté tenace. Les Slaves sont peut-être moins capables de tnvail régulier^ plus incootsiants dans km» déôrs^ plus dominés par l'instinct; mais rccmbien. leurs défauts sont séduisants, et que de grfteeduîs leurs vertus! Je ne connais pas unliomme aoimonde qui mérite mieux la sympathie e^ qui gagne.idua aisément le cœur que le paysan. moscovite. Le lUisae a.deux vertus essentielles, il est parfaitement xsîm{^ .et il est naturellement bon; il est indulgent aux lautes et pitoyable» admirable de résignation et de sympathie* Et n'y a-t-il pas une inintelligence ridîeule à condamner à une étemelle minocité la race ^ui a produit Goper- |iic, Jean Hus, Camenius» Pouchkine, Miekfewicz, Tourgueniev, Tolstoï, MoasMrgski, et tant d'autres maîtres illustres dans les aiis« les sciences ou les lettres.
Je me rappellerai ioujours avec use émotion joyeuse mon séjour à Belgrade pendant l'automne de 1911, presqu'à la veiUe de la guerre des Balkans^ et mes visites à l'Université. libérée par un nmnstre véritablement national de la Jburde pression autrichienne, la jeunesse-ee ruait à la science avec un enthousiasme radieux*. Les professeurs, dont plusieurs n'étaient pas beaucoup plus vieux que leurs étudiants, avaient presque tous achevé leurs études dans les grandes universités ^ivangères. Us ne 4ksi^ mulaient pas ce qu'ils «devaient A l'eBSO^ement de
rAUemagne, mais ils réclamaient le droit de ne pas rester éternellement des élèves qui jurent sur la parole du maître. Ils avaient la ferme volonté d'affranchir leur nation et la légitime ambition de servir eux-mêmes la civilisation et la science. C'était Téclosion d'un printemps, de ce printemps russe qui, en quelques jours, presque en quelques heures, pare d'une couronne de verdure et de fleurs les campagnes emprisonnées la veille dans les neiges et les glaces.
Je ne connais pas pour ma part de bonheur plus souverain que de voir grandir autour de soi des élèves dont on a guidé les premiers pas hésitants et qui, forts de vos conseils, s'apprêtent à continuer votre œuvre en la dépassant. C'est vraiment une félicité divine que de créer ainsi des esprits et des âmes, et cette félicité, la France entière en goûte la volupté. Les enfants grandis ne sont pas toujours dociles, et leur impétueuse adolescence cause souvent aux parents des soucis cuisants ; les en aime-t-on moins pour cela? Leurs erreurs mêmes nous sont chères et leurs révoltes ne sont à nos yeux que la preuve de leurs progrès. Aux heures troubles où Bismarck avait réussi à semer des germes de dissentiments entre nous et l'Italie, la France eût repoussé avec indignation la pensée de renier Magenta et Solférino, et dans le lourd bilan dès crimes et des fautes de Napoléon III, le souvenir de ces victoires créatrices de peuples suffit à faire hésiter notre verdict.
Cette joie, qui nait de la vie que l'on a transmise, personne ne l'a éprouvée plus complète que les grands Allemands, les vrais, ceux dont l'Allemagne, libérée du militarisme féodal, reprendra un jour la tradition : Herder a été le saint Jean-Bâptiste de la Renaissance slave contemporaine. Quel esprit a été plus largement ouvert que Gœthe, moins capable de