‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 38 sur 124 · FRANCE ET ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

FRANCE ET ALLEMAGNE

et le riâe de la division Lestocq à Eyiau. La campagne de 1870, désastreuse pour nous, a été fort loin d'être humiliante 2 les batailles de Froeschwiller, de RezoATille ou de Bapaume, peuvent être inscrites sans Jionte sur les plus fiers drapeaux, et je ne sache guère dans Thisitoire de spectacle plus magnifique que celui de la France dés^ooparée, se redressant d'un coup de Teins à la voix de Gambetta, et que rélan de nos conscrits improvisés culbutant à Coulme^ les solides régiments de von der Tann.

Nous avions pris noire parti de nos défaites et nous «ipirions à d'autares lauviers. Nous prétendions donner au monde l'exemple d'une démocratie qui se développe en pleine Mberté en garaotissant à tous ses eâfants des droits égaux et un destin ;avRSsi supportable que ie permet Timpitoyable nature. Chimère, si Ton veut, ma» qui nous était chère et qui, dans tous les cas, ne devait inquiéter personne.

Sur un point «pendant; nous refusions d^oublier. L'Allemagne, qui mous avait contraints à lui abandonner TAlsace et la Lorraine, exigeait encore que BOUS o^en éprouvioins jracune rancœur. (Tétait un sacrifice au-dessus des forces humaines. Chaque peuple a son Évangile, qu^il ne saurait renier sans perdre en quelque sorte legoM de la vie et comme sa raison d'être. Notre Évangile, c'est la Déclaration desi droits de l'homme, xlans lesquels se résume toute la philosophie de notre histcnre.

Nulle part dans ie monde, la nature n'est plus douce qu'en France, le cBmaiplus tempéré, les contrastes moins violents et moins brusques, le travail moins dur et plus fécond. Le peuple s'y attache au sol avec iin^ affection plus joyeuse que partout ailleurs^ parce, qu'il râcompense avec une inépuisable généro» site le labeur de l'ouvrier. La lumière souriante et comme apaisée y caresse les yeux, et le parfum dis*

cret des champs pénètre les sens de leur mélodieuse senteur. Le Français n'émigre guère, parce qu'il est trop dur d'abandonner une demeure si hospitalière ; il ne lève pas souvent les yeux vers le ciel, parce que les horizons prochains suffisent à ravir sa pensée et à satisfaire ses rêves. Il se défie du mysticisme et des spéculations métaphysiques. Les écrivains qu'il préfère sont les moralistes, et les vertus qu'il pratique sont raisonnables et modérées. La seule sainte qu'il adore, c'est Jeanne d'Arc, si simple dans son héroïsme, si candide dans sa foi, et qui n'entend d'autres voix que l'écho de la grande pitié qui s'élève du sol natal foulé par l'ennemi.

Libre à nos voisins ou à nos ennemis de trouver futile et mesquine notre conception de l'existence. Il est absolument impossible aux Allemands de comprendre la grandeur et la beauté de Racine, de Molière, de Montaigne et de \^oltaire. Nous ne les forçons pas à les admirer : mais si nous avons la faiblesse de les préférer à Novalis ou à Jean Paul, qu'ils se contentent de plaindre notre aveuglement, sans vouloir nous élever jusqu'à eux, puisqu'après tout ils n'y réussiraient pas.

Le Français, peu soucieux de religion, dont l'imagination bornée se représente mal l'éternité et les mystères de l'au-delà, beaucoup moms celte que latin, attaché à la glèbe par ses instincts les plus profonds, avec un besoin absolu de précision et de clarté, s'est consacré à rendre le plus agréables possible les quelques années d'existence que nous accorde la destinée. Il a cultivé les instincts sociables et s'est efforcé d'adoucir les rapports entre les hommes. Il a prêché la modération, le goût, la mesure, le tact. C'est sur le sol de France qu'est née la tolérance; c'est là aussi qu'est né le culte de la dignité humaine, le respect de l'individu.

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