FRANCE ET ALLEMAGNE
Nous redouions la souffrance, ce qui nous enseigne Vindulgence et la pitié; nous avons besoin de la sympathie de nos semblables, ce qui nous met en garde contre les instincts d'oppression; nous aimons à nous sentir en communion avec les autres peuples et nous accueillons volontiers leurs idées. 11 nous arrive de ne pas les comprendre complètement, mais si nous les déformons quelquefois, c'est presque toujours en les dépouillant de leur caractère excessif et trouble. Nous avons toujours été les entremetteurs des nations. La France, ce grand carrefour du monde, a toujours été le pays par excellence du transit intellectuel et moral, le centre du libre échange des pensées.
Encore une fois, il ne s'agit pas de revendiquer pour nous je ne sais quelle primauté innée et quelle suprématie providentielle. Rien n'est plus loin de mon esprit que de diminuer les services éminents rendus à l'univers par l'Espagne, l'Italie, l'Angleterre ou l'Allemagne. A chacun son rôle ici-bas, et c'est de cet harmom\iue effort des génies des peuples divers qu'est formée la grandeur de la civilisation moderne. Il est vain et niais de discuter sur la supériorité de l'agriculture ou du commerce^ de l'industriel ou de l'artiste. Ce qu'il importe, c'est que chacun ici-bas fasse énergiquement sa longue et lourde tâche.
La France ne s'y est pas ménagée. Comme elle avait pour mission, non pas de faire régner la vertu dans le monde ou d'assurer le triomphe de certaines doctrines, mais simplement de préparer aux hommes sur cette terre un séjour tolérable, elle était appelée à devenir l'apôtre de la liberté, puisqu'après tout, si Ton a soutenu que le despotisme et la violence sont créateurs d'énergie, on ne saurait nous convaincre qu'ils produisent le bonheur des sujets. Toute notre histoire est ainsi un effort continu vers l'affranchis-
86flEieiit C'est en France que pour la première fois le serrage a été oCfictelfeinent condamné; c'est en France que^ an milieu des guerres de religion, Rabelais a proclamé la liberté de la pensée; le siècle de Louis XiV est aussi le siède de Descaries; et noire grande époque, c^le où notre influence a vraiment dominé le monde, c'est Tépoque où Voltaire, Diderot ei les Ëncydopédîstes mènent la croisade eonipe les eotraves physiques ou morales qui retardent la marche de Phiimanité et qui imposent au citoyen d'inutiles souffrances.
La Révolution française est TaboutiBsement de ce travail séculaire de l'esprit français, l'accomplisse-* ment de notre histoire. Dans la Déclaration des droits de l'homnw, c'est la voix des ancêtres qui parle : c Les- f eprésentanls du peuple français, considérant que l'ignonince, l'oubli et le mépris des droits <ie lliomme sent les seules causes des maihears^ publies et de la oevropticMi des gouvernements,... afin que les réclamations ^ies citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution et au bonheur de iouM^ déclare :
« Art. I. — Le8'hoBHne& naissent et demeurent: libres et égaux en dlmt.
« Art. IL~ Le Iwt de toute aesodation politique est la conservation de» droîis naturels et imprescriptibles de l'homme; ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.
M Art. m. -^ Le principe de toute souveraineté réside essentidienïeiit dans la nation. y>
De ces prémisses est sorti, par une conséquence directe et logique» le principe des nationalités, c'estàrdire le droit des pi^iples de disposer eux-mêmes de leur sort^ de n'acoef^er que le régime qu'ils jugeM le i^us conlorme à leurs intérêts, de n^étre pas