LA QUESTION D'ALSACE
englobés par lâ force dans une aggloniératiop que repoussent leurs instincts.
Ces prémisses sont fausses, nous objectent les juristes et les philosophes allemands. Il est absurde de fonder la société sur la volonté mobile et aveugle de rindividu. Ce qui importe, ce n'est pas le citoyen isolé, mais TÉtat qui mieux que lui comprend son intérêt véritable. D'ailleurs personne n'est libre de choisir sa patrie, chacun est lié par sa race et sa langue, et quiconque refuse de suivre la masse ethnique à laquelle il se rattache, est un esdahre marron qui doit être ramené par la force, si c'est nécessaire, au foyer qu'il a déserté.
Ce n'est pas ici le lieu de discuter la valeur « de ce droit de suite », que les Allemands invoquent contre les Alsaciens-Lorrains, ni même de leur demander comment il se fait que, tandis que les Alsaciens-Lor» rains sont tenus d'entrer dans l'Empire Germanique en vertu d'une sorte de malédiction héréditaire, les Polonais de Poznian et de la Silésie n'aient pas le droit d'en sortir, bien que personne sans doute ne prétende les lumorer du titre d'Allemands.
Un point demeure hors de doute. Les théories ger»maniques ne nous ont pas convaincus, elles ne pou'valent pas nous convaincre, parce qu'il nous eût fallu, pour les accepter, renier tout notre passé, effacer de notre conscience à la fois les croyances les plus réfléchies et les instincts les plus intimes, substituer une autre âme à lâ'me que nous ont léguée nos ancêtres et qu'ont lentement façonnée le travail des siècles, le sol qui nous nourrit et la lumière que nous respirons.
Sur ce point là, par conséquent, les Allemands fcie se trompent pas et leurs reproches sont exacts. Le traité de Francfort nous a été imposé par la force, et nous n'avons jamais cessé^ de croire que personne
tas LA GUERRE
n'avait le droit de disposer des Alsaciens-Lorrains, sinon les Alsaciens-Lorrains eux-mêmes, et que, comme leur volonté n'était pas douteuse, — sur ce point de fait, les Allemands n'ont jamais élevé le moindre doute, — personne n'avait le droit de les séparer de nous. Par la violence et le guet-apens, vous nous avez mis le pied sur la gorge et, quand vous nous teniez à terre, pantelants, inanimés, vous avez enunené nos frères en servitude. Il a bien fallu se soumettre à la fatalité et nous avons laissé s'éloigner en captivité les victimes bien-aimées. Mais, vouloir que nous proclamions nous-mêmes que nos idées sont fausses et que nous avons épuisé nos forces et versé pendant des siècles le plus pur de notre sang pour des principes erronés; que nous soumettions à votre conception historique notre pensée maîtresse; que, de nos propres mains, nous arrachions notre cœur de notre poitrine, c'était exiger l'impossible, et l'Allemagne ne l'a pas obtenu. Qu'elle l'ait même jamais exigé ou espéré, rien peutnêtre ne montre mieux la pauvreté de son intelligence psychologique et aussi la sécheresse native de son cœur. Encore une fois, ce que nous n'avons pas pardonné à l'Allemagne, ce n'est pas, comme elle se le figure, notre prestige diminué, notre gloire militaire abaissée, notre hégémonie détruite, nos finances compromises, c'est la régression que, suivant nous, elle imposait à l'humanité en substituant le droit de conquête au droit des peuples de disposer librement d'eux-mêmes, c'est la profanation de l'idéal que nous avions proclamé, c'est l'amoindrissement de nos âmes flétries par l'apostasie à laquelle nous avions dû matériellement souscrire.
Depuis le traité de Francfort, nous avons été hantés par le remords de notre lâcheté qui avait livré nos provinces à l'oppression. Ce remords, les