‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 4 sur 124 · LA NOTE AUTRICHIENNE · texte numérisé non relu

LA NOTE AUTRICHIENNE

son ministre, M. Jovanovitch, d'apporter au comte Berchtold ses offres de concours : Le gouvernement serbe réprouve de toutes ses forces l'attentat et il fera loyalement ce qui est nécessaire pour interdire sur son territoire la moindre agitation qui serait de nature à nuire aux relations déjà si délicates avec l'Autriche ; il est prêt à remettre à la justice austrohongroise les ciHnplices dont on lui démontrera la culpabilité; il a toujours travaillé à établir sur des bases solides ses rapports de bon voisinage avec la monarchie voisine, et il pense qu'il « faut maintenir ce qui est acquis et qu'il f«at le développer. L'at^ tentât de Sarajevo ne doit pas et ne peut pas entraver cette tâche. » {Livre serbe^ n* 5.)* Encouragé dans cette voie par les conseils d'extrême prudence qui lui arrivent de Paris (/d., n* iO), il s'efforce de contenir la presse justement «xaspârée par les calomnies des journaux de Viorne et de Budapest et interdit toute manifestation hostile contre la monarchie voisine.

Le comte Berchtold, qui n*a même pas daigné recevoir M. Jovanovitch, se renferme dans un mutisme H^ystérieux. Subitement, le silence s'est fait à Vienne» si complet qu'il ne s'explique que par un mot d'ordre venu d'en haut. À ki Ghambarede Budapest, le comte Tisza, interrogé, modère tes curiosités impatientes :

— Attendons le résultat de l'enquête officielle. On a parlé d'une démarcbe à Belgrade. — Peut-être; M. Tisza n'en sait rien. (11 juillet, Livre jaune ^ n* 11.)

— Plusieurs jours auparavant, M. de Jagow a rassuré notre chargé d'affaires « au stijet d'une tension possible entre les gouvernements de Vienne et de Belgrade ». (4 juillet, Zit;reyaB/ie, m? 9.) M. Jovanovitch,

i. En dehors du livre serbe, nous possédons cinq antres recueils de documents officiels : France {livre jaune), Angleterre (Iturc bleu), Russie {livre orange), Belgique {livre gris), Allemagne (Mvre blanc).

s LA GUERRE

sans grandes illusions, obtient cependant à deux reprises des paroles vaguement rassurantes du secrétaire d'État, le baron Macchio : « Nous n'en voulons ni au royaume, ni au gouvernement, ni au peuple serbe {Livre serbCy n* 12); le marquis Pallavicini le répète au chargé d'affaires de Serbie à Constantinople {Livre serbe^ n® 6). Bien que divers symptômes paraissent inquiétants à M. Jovanovitch, rien ne lui permet d'affirmer que l'on transformera à Vienne le crime de quelques anarchistes isolés en une vaste conspiration pan-serbe et que l'on y cherchera un prétexte d'action contre le slavisme (Livre serbe^ n^ 17). Le 20 juillet, il est encore dans les mêmes incertitudes. Vis-à-vis de l'ambassadeur russe, le comte Berchtold se montre encore bien plus afBrmatif, si conciliant que M. Szébéko, rassuré, part en congé.

Sa tranquillité nous étonnerait si nous ne savions qu'en ce moment le Cabinet de Pétersbourg est en relations excellentes avec Berlin et Vienne et qu'il n'a aucun soupçon de l'intrigue qui se machine. En réalité, la diplomatie autrichienne, sournoisement, « prépare un coup » ; chaque jour des canons et des munitions sont dirigés en masse sur la frontière » (Rapport de M. d'Apchier le Maugin, 11 juillet), et en Allemagne, M. J. Cambon croit savoir « qu'on a lancé les avis préliminaires de mobilisation » (21 juillet). — Le plan est manifeste. Il s'agit de maintenir l'Europe dans une sécurité trompeuse pour la placer ensuite brusquement en présence du fait accompli sans lui laisser le loisir de se mettre en défense. Dans la comédie qui se joue, l'empereur Guillaume prend son rôle, et, pour endormir les défiances, il est parti en croisière.

Pendant 25 jours, l'Autriche se renferme dans cette attitude de réserve énigmatique*. Elle attend que les vacances aient dispersé les Cabinets. Le Président de

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