‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 5 sur 124 · LA NOTE AUTRICHIENNE · texte numérisé non relu

LA NOTE AUTRICHIENNE

la République française est parti pour Pétersbourg, accompagné du Président du Conseil, M. Viviani, et du Directeur des affaires politiques; le comte Szébéko a quitté Vienne et Tambassadeur de Russie est absent de Berlin. Le généralissime serbe Putnik est aux eaux de Gleichenberg où il essaie de remettre sa santé gravement ébranlée par les dures campagnes précédentes. Par suite de la maladie de M. Descos, il n'y a pas de ministre de France près du roi Pierre. En Serbie, la campagne électorale a éparpillé les ministres, et le Président du Conseil, M. Pachitch, Toyage à Tintérieur du pays.

A ce moment, quand les manœuvres du Ballplatz ont déconcerté les soupçons et détourné Tattention, au moment où M. Poincaré et M. Viviani sont en mer et « par conséquent hors d'état d'exercer, d'accord avec les autres Puissances non directement intéressées, l'action apaisante si désirable entre l'Autriche et la Serbie, dans l'intérêt de la paix générale » {Livre jaune, p. 46), le Ministre d'Autriche-Hongrie à Belgrade remet à M. Patchou, qui représente le Président du Conseil, la note fatale.

Il exige une réponse dans les quarante-huit heures.

Pourquoi cette hâte extraordinaire? — La note est longue, elle expose des faits complexes, elle soulève des questions politiques et juridiques difficiles et controversées : comment les examiner dans un délai aussi dérisoire? — Le procès de Prinzip et de ses prétendus complices a commencé à Sarajevo le 18 octobre : c'est donc que trois mois ont été nécessaires pour compléter l'instruction et que, vers la fin de juillet, la justice autrichienne ne disposait pas de renseignements suffisants pour avoir une opinion définitive sur les faits de la cause. Quel singulier procédé que d'insulter ainsi un gouvernement voisin en lui réclamant satisfaction pour un attentat dont

on ne connatt ni les détails ni les origines? — Alors qu'on a laissé trois mois pour préparer sa défense au principal accusé, — quaini cet accusé avait été arrêté sur le lieu du crime et qu'il ne contestait pas son attentat, — on accorde quarante-huit heures de réflexion au gouTernement serbe qui, à mettre les choses au pis, ne saurait être coupable que de connivence morale et de complicité lointaine I

Cette impatience ne semUe indiquer ni une confiance bien absolue dans la solidité d'une thèse que Ton craint de voir s'effondrer pour peu qu'on l'examine à loisir, ni un désir bien sincère d'entente, puisque la chancellerie viennoise a manifestement en vue de couper court aux interventions qu'elle prévoit. Cette hâte est d'autant plus étrange que la note est plus dure, plus « accentuée », dit M. Bienvenu-Martin. « Jamais, dit Sir Edouard Grey au comte Mensdorf, l'ambassadeur d'Autriche, déclaration aussi formi-dable n'a été adressée par un gouvernement à un autre. »

A la lecture de cette note invraisemblable, la conviction unanime en Europe est que l'Autriche, de propos délibéré, recherche un conflit. — « De quelque côté que l'on considère la situation, écrit le Vorwaerts le 25 juillet, une guerre européenne est à la porte. Et pourquoi? Parce que le gouvernement autrichien, le parti de la guerre autrichien, veulent se donner de l'air par un coup de force. »

Il paraît impossible que la Serbie se soumette : « Les demandes adressées à la Serbie, écrit le Morning Post, le 24 juillet, sont sans exemple ; elles comportent, sous peine d'invasion immédiate, l'abdication par la Serbie de sa souveraineté et de son indépendance. Le gouvernement austro-hongrois est allé plus loin que nul ne pouvait l'imaginer; de telles conditions n'ont jamais été imposées sous une forme

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