EDOUARD VII
être se trompe-t-il quelque peu sur leur compte et ne prend-il pas assez au sérieux leurs bravades. Il est porté à croire qu'ils ne passeront jamais des paroles aux actes; mais, quoi qu'il en soit, il en court le risque. Fort éloigné de chercher les aventures, il pense que le meilleur moyen de les éviter est de ne pas se laisser intimider par les fanfarons et que, pour écarter le spectre de la guerre, il convient de marcher droit sur ceux qui la prônent et la préparent. Il a le sens de la démocratie, il pense avec raison que le premier désir des peuples est le repos, et il s'applique à leur garantir la sécurité qu'ils exigent. Il ne veut pas ouvrir de nouveaux conflits, mais régler les anciennes querelles.
Le programme des radicaux de France n'est pas très différent. Comme tous les partis nombreux, il réunit des groupes assez divers et il compte dans ses rangs des hommes, teb que M. Caillaux, qui ne seraient pas éloignés de rechercher une entente avec l'Allemagne. Ils y sont en somme assez isolés et, quelle que soit leur autorité personnelle, ils ne parviendront jamais à entraîner le gros de leurs amis. Dans l'ensemble, les radicaux représentent la moyenne de l'opinion française, la petite bourgeoisie et la masse rurale, c'est-à-dire qu'ils désirent avant tout la paix, à condition qu'elle ne leur impose pas de sacrifices excessifs.
Ils répugnent aux grandes entreprises militaires, parce que leurs électeurs sont économes et qu'ils savent à quel prix exorbitant revient la guerre, aussi parce qu'ils éprouvent quelque défiance pour les généraux, < qu'ils appellent volontiers des prétoriens. Absorbés ! par les questions intérieures, leur entraînement diplomatique est courte et les lointaines combinaisons politiques leur inspirent plus de défiance que d'enthousiasme. Comme ils sortent cependant du sein même du
VSÛ LA GUERRE
peuple, ils en suirent les instincts élémentaires et ils ont pour le sol natal Tamour du paysan pour la terre que fécondent ses sueurs. La légende réyolutionnaire leur est plus familière que son histoire vraie, et ils s'imaginent volontiers qu'il suffit de proclamer la patrie en danger et d'entonner l^ Marseillaise pour fKMTcer la victoire; si l»en que, sans apporter à la préparation de la guerre la vigilance et la suite nécessaires, ils n'achèteraient pas la paix par des concessions humiliantes. Comme Gambetta et Ferry Fon^ fâcheusement éprouvé, les expéditions coloniales, qui coûtent cher pour un gain problématique, n'cmt jamais obtenu leur approbation sincère; mais ils savent la valeur de notre empire méditerranéen, et ils ne laisseraient pas compromettre l'œuvre péniblement accomplie par leurs pères en Algérie.
Rien n'est plus loin de leur pensée que de rouvrir avec l'Allemagne les vieilles querelles ; du moins, ils exigent d'elle qu'elle n'empiète pas sur leurs droits incontestés, et, comme ils sont résolus à la laisser en repos, ils lui demandent de ne pas les troubler dans leur sécurité. Pour quiconque douterait encore de la responsabilité de l'Allemagne dans la déclaration de guerre, il est important de rappeler qu'elle a réussi à exaspérer le souverain le plus modéré et le parti te mieux guéri des fantaisies belliqueuses que Thistoire ait sans doute jamais connus. Et que Nicolas, au Iffn^ demain de Moukden, ait prémédité de nouveau de repartir en campagne, ce serait déjà une hypothèse absurde en elle-même, si le Tsar n'avait d'autre part donné, en particulier depuis 1908, des preuves répétées de son humeur condescendante.
Entre Edouard VII et les radicaux français, l'en^ tente fut aisée. Des deux côtés, on n'avait qu'une même pensée, liquider un passé encombré de querelles surannées, et supprimer autant que possible