VENTENTE FRANCO^AN GLAISE
Tes occasions de conflit. L'accord franco-anglais du 8 avril 1904 était avant tout un règlement de comptes : FAngleterre avait la main libre en Egypte et elle reconnaissait à la France le droit d'organiser au Maroc un régime qui, en mettant fin à Fanarchie, enlèverait à d'autres Puissances tout prétexte d'intervention. L'entente franco-anglaise avait été précédée d'un accord franco-italien qui rétablissait entre les deux sœurs médit^ranéennes Tharmonie systématiquement détruite par les savantes combinaisons bismarckiennes (déc. 1900, nov. 1902).
Les nouveaux traités n'avaient de pointe dirigée contre personne. L'Allemagne ne s*en jugea pas moins visée, et, après tout, elle ne se trompait pas, si, peu satisfaite de la part d'héritage, très large, que personne ne lui disputait» elle persistait dans son somnambulisme impérialiste. « Il y a une politique anglaise, disait un Ministre britannique, qui a survécu et qui survivra de siècle en siècle, tant que nous ne serons pas déchus de notre rang de grande Puissance. Cette politique consiste à lutter de toutes nos forces contre tout Etat qui cherche à renverser en sa faveur l'équilibre européen et à dominer le monde. »
Guillaume vit une offense dans ce souci d'équilibre et il donna cours à son humeur bilieuse dans une série de manifestations bruyantes : « Pensons à la grande époque où fut fondée l'unité allemande. L'Allemagne ne cherche d'affaire à personne^ mais elle est prête à èe déf^idre contre tous. » Comme on était habitué à son incontinence de paroles et que d'ailleurs personne ne soi^eait à une attaque, ses éjaculations tomberait dans le vide, et la France, alliée à la Russie et certaine du consentement de l'Italie et de l'Angleterre, prépara sans hâte les réformes que rendait urgentes l'anarchie marocaine.
On était en pleine guerre de Handchourie; Kouro-
paikine était battu à Liao-Yang(sept. 1904) et Moukden (mars 1905); Port-Arthur était pris (janvier); la flotte russe était anéantie à Tsoushima (mai). Entre temps, le 31 mars 1905, Guillaume II débarquait à Tanger et y saluait avec ostentation la souveraineté et Tindépendance d'Abd-ul-Azis. D'un revers de main, il prétendait abattre le château de cartes de l'entente anglo-française, en même temps qu'il espérait peutêtre obtenir quelques parcelles des domaines du sultan. Il était dans la bonne tradition prussienne : Frédéric-Guillaume II signait ainsi un traité d'alliance avec la Pologne pour préparer le second partage de la République.
A quel titre Guillaume II se mêlait-il d'une affaire qui ne le regardait en rien? — Il n'y avait pas si longtemps que M. de Bùlow n'avait pour nous que des sourires, saluait les a brillantes qualités des Français, les services qu'ils avaient rendus à la civilisation, leur haute valeur de vigoureux pionniers de la culture humaine ». Le traité du 8 avril 1904 ne lui avait causé aucune alarme : il avait avoué que TAUemagne n'avait au Maroc que des intérêts économiques, d'ailleurs des plus minces, et ces intérêts ne couraient aucun risque. Les raisons qu'allégua ensuite M. de Bûlow pour expliquer le voyage de Tanger, étonnèrent sans convaincre.
En réalité, l'Empereur avait jugé l'heure favorable pour punir notre velléité d'indépendance. Régler sans l'Allemagne une question où, de son propre avis, elle n'a rien à voir, quel crime abominable I
On nous le fit sentir. — La campagne commencée par un coup de poing, — c'est l'ordinaire tactique du Kaiser, — continua par une série de sommations insolentes. — Comment résister? — La Russie, qui venait de signer le traité de Portsmouth (5 septembre 1905), était en pleine crise révolutionnaire, l'armée