TANGER
française était désorganisée à la suite de la vague antimilitariste soulevée par Taffaire Dreyfus. La France, tombée dans un traquenard, ne perdit pas la tête et se tira du guet-apens moins mal qu'on ne l'aurait supposé. La Chambre, sans doute, accepta ta démission de M. Delcassé, coupable, disait-on à Berlin, d'avoir voulu encercler l'Allemagne (6 juin), et Guillaume souligna sa victoire en accordant à M. de Bulow le titre de prince.
Tout compte fait, ce fut le résultat le plus clair de la campagne I — L'Allemagne obligeait bien la France à aller à la conférence d'Algésiras; mais, à son entière déconvenue, la majorité des délégués se prononça contre elle. Elle commençait à recueillir le fruit de ses coups de tête et de ses coups de force. Bûlow sauva la face et entonna un hymne de victoire. La nation le laissa monter seul au Capitole. Très justement, elle avait la sensation que, si l'Allemagne n'était pas affaiblie, elle était atteinte dans son prestige. La France, de son côté, n'oublia pas là brutalité de cette agression inattendue, et, sans désirer davantage une rupture, elle commença à la prévoir. Elle songea, malheureusement sans assez de persévérance et de résolution, à reconstituer son armée et sa flotte, surtout elle travailla à resserrer ses alliances.
L'Angleterre avait jugé discourtois le geste de Guillaume à Tanger et il ne lui plaît guère qu'on lui mette le couteau sur la gorge. M. Lee, qui dirigeait le Ministère de la Marine, avait répondu à la campagne d'intimidation menée à Berlin par un discours tel que l'Allemagne n'en avait pas entendu depuis Olmtitz, de sinistre mémoire pour les Prussiens : — Si une guerre nouvelle venait à être déclarée, la marine anglaise frapperait la première, avant que de l'autre côté on ait eu le temps de lire dans les journaux la
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déclaration de guerre. — Cette sonnerie de clairon prenait un sens très net quand on la rapprochait des visites qu'échangeaient les flottes anglaise et française et de Tentrevue d'Edouard VII avec le Président Loubet.
Ainsi, le résultat du voyage de Guillaume au Maroc était d'abord de prouver que rAUemagne, en 1905, comme ^i 1914, n'avait d'autre amie que TAutriche, et ensuite de donner à notre rapprochement avec l'Angleterre, un caractère plus intime et plus confiant. « L'Empereur se croyait libéré du contrôle delà Duplice, écrivait la Dépêche (10 avril 1905), dans un article visiblement inspiré. Voilà qu'à défaut de la Russie, provisoirement empêchée, cette Duplice est prête à renaître du fait de l'Angleterre qui se rend compte de son intérêt à résister aux caprices d'une Puissance si peu maîtresse d'elle-même. »
En France, on ne mesura bien le péril dont on sortait qu'après la fin de la crise. L'appui de l'Angler terre avait été rapide et complet. Mais, si ses flottes étaient pour l'Allemagne une menace redoutable^ son armée, peu nombreuse, ne remplaçait pas complètement les masses moscovites. On apprécia mieux la valeur de l'alliance russe en voyant le parti que Guillaume II avait voulu tirer des désastres de Mandchourie.
Pour qu'elle obtînt toute sa valeur, il était nécessaire de mettre un terme aux malentendus qui depuis longtemps séparaient Londres de Pétersboui^, de manière à grouper dans un accord solide toutes les puissances d'équiUbre. Alliée de la Russie et amie de l'Angleterre, la France fut l'intermédiaire naturel entre les deux pays.
Pendant la conférence d'Algésiras (1906), l'envoyé russe, le comte Cassxni, avait entamé la conversation avec son collègue d'Angleterre. Quand, en mai 1906,