L'ENTENTE ANGLO-RUSSE 15S
M. IzTolsky prit la direction des Affaires étrangères à Pétersbourg, il la continua et elle aboutit à Taccord anglo-russe du 31 août 1907.
À pdndre le diable sur le mur^ dit le proverbe, on le fait sortir de Tenfer. « Nous avons été obligés, avait dit M. de BiUow au Reichstag, de répondre à une politique qui tendait à nous isoler et qui empruBtait à cette intention avouée un caractère nettement hostile. »
Imagination pure au moment où parlait le ministre, et Ton ne voyait pas bien pourquoi, puisque la Triple- Alliance n'avait jamais été, à ce qu'affirmait TAUe-r magne, qu'un instrument de paix, le rapprochement anglo-franco-russe était une machine de guerre. Le dépit qu'on en manifestait à Beritn paraissait étrange et justifiait plus d'un soupçon. L'Allemagne mettait la main sur son cœur et jurait que ses intentions étaient pures. Comment alors s'alarmait-elle de conversations qui n'avaient visiblement pour objet que d*acçroitre la sécurité gâoiérale et de maintenir le statu quo. Les diplomates connaissent les classiques du métier et ils se rappdaient une conversation célèbre de Bismarck avec François-Joseph en 1865/: l'union que nous avons conclue, disait le Ministre prussien à l'Empereur, n'est {»as une société anonyme oh les actionnaires se partagent exactement les dividendes, mais une société de chasse où chacun tire et emporte le gibier qui passe à sa portée. Le mot donnait à réfléchir, quand on le rapprochait du dépit avec lequel le Chancelier accueillait la formation d^une maréchaussée européenne. La gibecière de TAllemagne était lourde, et personne ne lui disputait ses proies; seulement on n'admettait plus qu'elle diassât sur les domaines réservés et qu'elle éloignât de haute lutte les légitimes propriétaires. La police n'inspire une si féroce antipathie qu'aux rôdeurs de
barrière. Sous prétexte de prévenir un péril chimérique, TAllemagne s'attachait à briser Tunion qui Talarmait et gênait ses desseins. Elle accroissait ainsi la défiance générale et scellait plus solidement les amitiés qu'avaient créées contre elle ses empiétements .
Après tout, pensait-on à Berlin, la Triple-Entente n'était peut-être qu'un épouvantail à moineaux. L'Empereur, qui avait tâté la France en 1905, tâta la Russie en 1908. Ce fut comme la répétition générale du drame de 1914.
Le 24 juillet 1908, au lendemain de l'entrevue de Reval Quî») où Nicolas II et Edouard VII s'étaient mis d'accord sur un programme de réformes en Macédoine, le Comité Union et Progrès soulève l'armée turque et force le Sultan à proclamer la constitution de 1876. Les réformes libérales que les révolutionnaires victorieux inaugurent avec fracas à Constantinople, n'étaient qu'un masque sous lequel se déguisait un nationalisme farouche. Le premier résultat qu'ils obtinrent fut d'amener une nouvelle défaite de l'Islamisme, en offrant un prétexte aux ambitions de l'Autriche qui, depuis la retraite du comte Goluchovski ^i 1906, préparait un coup.
La monarchie austro-hongroise traversait péniblement une série de crises redoutables par leur continuité. Il y avait visiblement quelque chose de pourri dans l'empire. C'est toujours une imprudence, — mais fréquente, — que de chercher au dehors un dérivatif aux difficultés intérieures. Le parti militaire, inquiet des réclamations magyares, jugeait nécessaire de rendre quelque popularité à l'armée; il était soutenu par le parti catholique, toujours influent à la cour de Vienne et qui avait un chef très actif dans l'archiduc héritier, François-Ferdinand. — François-Joseph, dont la vigueur ne faisait guère illusion qu'à ceux qui ne l'approchaient pas, s'accro-