‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 6 sur 124 · LA NOTE AUTRICHIENNE H · texte numérisé non relu

LA NOTE AUTRICHIENNE H

semblable, même à un État conquis. » — En France, dans y Homme libre^ M. Clemenceau commence par déclarer avec une complèie loyauté qu'un gouvernement ne saurait couvrir de sa protection des fauteurs de révolte et d'assassinat et que la Serbie est tenue d'accorder sur ce point toute satisfaction à TAutriche. — « Mais, sous prétexte d'en arriver là, celle* ci exige, en refusant d'aVance toute discussion, que la Serbie abdique sa souveraineté et se résigne à vivre vassale de la double monarchie. — C'est vouloir l'impossible. »

Or, c'est précisémait l'impossible qui se produit. A la stupeur universelle, presque au scandale de TEurope, le 25 juillet, avant six heures, M. Pachitch se rend à la légation d'Autriche-Hongrie à Belgrade et remet au Ministre la réponse serbe.

Sur tous les points, la Serbie accorde une satisfac* tion complète au gouvernement autrichien; il suffit pour s'en eonvaincre de comparer les deux textes.

La note autrichienne commençait par un aperçu historique où elle reprochait à la Serbie d'avoir violé les engagements qu'elle avait contractés le 31 mars 1909, en encourageant « un mouvement sub* versif dont le but était de détacher de la monarchie austro-hongroise une partie de son territoire; ... elle avait toléré l'activité criminelle de différentes sociétés, le langage effréné de la presse, une propagande malsaine dans l'instruction publique ». Toutes ces récriminations vagues n'étaient appuyées sur aucune preuve, corroborées par aucun texte précis; la chancellerie austro-hongroise attendit plusieurs jours pour remettre aux divers gouvernements un réquisitoire prolixe, touffu et confus, où abondaient des faits manifestement inexacts et qui appelait les plus absolues réserves.

Comme le faisait remarquer très justement

M. Berthelot, il ne s^agissait que de constatations unilatérales, — et la police austro-hongroise, après ses récentes et multiples mésaventures, n'avait peutêtre pas le droit de s'étonner que Ton demandât à vérifier ses affirmations.

M. Steed, qui n'est pas hostile aux Habsbourgs et qui avait suivi de près les événements, a écrit que le baron d'Âehrenthal avait établi autour du Ballplatz « une épaisse atmosphère de mauvaise foi », et il est certain qu'il avait poussé jusqu'au cynisme le plus scandaleux les méthodes suspectes qui étaient depuis longtemps en honneur à Vienne et à Budapest.

Il avait commencé par l'affaire des bombes de Cettigné (oct. 1907), machinée pour jeter la discorde entre le Monténégro et la Serbie. — Pour amener la réunion des deux États, le prince Georges de Serbie, encouragé par le ministre de Russie, aurait voulu, affirmait-on, faire sauter le palais où se trouvaient le prince Nicolas, son grand-père, et sa propre sœur, la princesse Hélène. Le procès avait été jugé devant un tribunal d'exception, dans les conditions les plus extravagantes, et le verdict avait été prononcé sur la déposition d'un agent provocateur, Na;stitch, vendu au gouvernement croate.

Sur les révélations de ce même Nastitch, fils de mouchard, mouchard lui-même, quand M. d'Âehrenthal avait eu besoin de justifier l'annexion de la Bosnie, il avait inventé le lamentable procès de trahison de Zagreb, où il avait impliqué une cinquantaine de' Croates et de Serbes, contre lesquels il fut impossible de relever aucune charge sérieuse. Le scandale en Europe avait été universel. « Le système judiciaire, adopté par la cour de Zagreb, écrivait M. G. Sergi, professeur à l'Université de Rome, est aussi sauvage que déshonorant pour la Hongrie. Nous regardons

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