AGADIR
Quel grief ces Messieurs avaient'^ils contre la France? — Toujours le même. Elle n'avait mis aucun enipressement à prendre la main qu'on lui tendait : raccord du 8 février 1909, qui prévoyait la coopération dés Allemands et des Français, n'avait donné aucun résultat, un peu pour des motifs accidentels, beaucoup à cause d'une insurmontable incompatibilité d'humeur. Les Allemands d'ailleurs avaient presque toujours manifesté de telles exigences qu'ils «vaient vite découragé même les rares financiers qui rôdaient autour d'eux, plus soucieux de gain que de gloire.
Naturellement, ils nous rendaient uniquement responsables de ces échecs ei rouvraient les vieilles querelles. Au mois de mai 1911, M. Monis, pour sauver Fez et les Européens que menaçai^t les rebelles, se résigna à la longue et bien malgré lui à y envoyer un corps expéditionnaire. ^Allemagne saisit avide* ment un prétexte qu'elle cherchait depuis plusieurs mois et elle protesta bruyamment contre l'occupation de la capitale marocaine : l'accord de 1909 ne ▼ous y autorise pas. — Devons-nous laisser massacrer les étrangers? — Certes non, et si vous montriez une telle faiblesse, vous prouveriez que vous êtes indignes de la mission que vous a confiée l'Europe. *— Comment protéger Fez sans y aller, et réprimer les rebelles sans les combattre? — C'est votre affaire.
Le mystère s'éclairait par la suite. Il s'agissait d'un chantage. L^ Allemagne prétendait nous faire payer la liberté d'action qu'elle nous reconnaîtrait au Maroc; pour la troisième et quatrième fois, elle voulait nous vendre le plus cher possible des droits qu'elle n'avait pas et une autorisation qu'elle n'avait aucun titre à nous offrir.
Certaines causes ne se jdaident pas; elles se gagnent tout de même quand on a la force. M. de
Bethmanii-Hollweg nous mit le marché à la main. L'envoi d'un navire de guerre à Agadir était une manière d'ultimatum : Payez ou préparez-vous à une attaque. En présence de cette menace crue, le Ministre français hésita. Il était sûr de TAngleterre et, le 21 juillet, le ministre Lloyd George lui renouvelait solennellement sa promesse. « Je ferais, de grands sacrifices, disait-il, pour préserver la paix.,. Mais si, malgré nous, nous étions mis en face d'une situation où elle ne pourrait être maintenue qu'en laissant traiter la Grande-Bretagne comme une quantité négligeable, là où ses intérêts vitaux sont engagés, alors, je le déclare avec toute l'énergie dont je suis capable, acheter à ce prix la paix serait pour un grand pays tel que le nôtre, une intolérable humiliation. » Paroles d'autant plus graves que Lloyd George était un des partisans les plus convaincus d'un rapprochement anglo-allemand.
Le Cabinet français enregistrait avec la même satisfaction la déclaration du gouvernement de Pétersbourg que l'alliance franco-russe et l'amitié russo-anglaise restaient toujours la base de sa politique. Seulement la réorganisation militaire de la Russie commençait à peine et elle eût éprouvé une pénible surprise à être impliquée, pour des motifs lointains, dans une guerre contre l'Allemagne, au lendemain de l'accord qu'elle venait de signer avec elle, le 19 août 1911 à propos de la Perse et du Bagdad.
Une rupture n'eût pas d'ailleurs à ce moment rencontré en France l'unanimité de résolution indispensable pour soutenir sans faiblesse l'effrayant assaut qu'il était nécessaire de prévoir. Les socialistes, médiocrement dirigés et plus mal renseignés, étaient hostiles à une guerre coloniale. M. CaiÙaux se résigna, et il serait injuste de le lui reprocher; son