AGADIR
tort, — et il suffit, — fut de prendre son parti trop vite, de ne pas parattre ressentir assez vivement les procédés du Cabinet de Berlin et de lui témoigner une prévenance un peu trop complaisante. Après des négociations pénibles et que M. de Bethmann- HoUweg prolongea par ses marchandages et ses incessantes variations, le Ministre parapha, le 4 novembre 1911, le contrat qui abandonnait à TAllemagne une bonne partie du Congo Français.
L'aveu n'est certainement pas à notre honneur et il prouve combien Topinion publique est encore peu éclairée; les termes mêmes de Taccord du 4 novembre étaient assez indifférents au pays et, sauf un cercle assez restreint de coloniaux dont l'influence hors du Parlement était nulle, la question de la Sangha ne passionnait personne. Mais ce qu'on ne pardonnait pas à l'Allemagne, c'était son geste, la polémique de ses journaux, son absence complète de bonne foi et de sincérité. A part quelques utopistes qui persistaient à espérer contre tout espoir, la foule en garda la conviction que nous devions nous attendre à une attaque inopinée.
La diplomatie germanique ne se vantait-elle pas de ne nous avoir rien accordé en échange des territoires qu'elle nous avait extorqués? M. Daniels déclarait que la question du Maroc demeurait ouverte et que la situation de l'Allemagne y était plus forte qu'avant le traité d'Algésiras. M. Delbrûck écrivait dans les Preussische Jahrbûehery qu'avant deux ans « on aurait accumulé au Maroc assez de matières inflammables pour produire une explosion ».
Daniel Frymann, dans un livre destiné à une assez fâcheuse notoriété : Si f étais t Empereur, révélait avec une candide impudeur les arrière-pensées de ses compatriotes. — « L'affaire marocaine nous a déjà tant coûté (?) que nous avons le droit d'exiger que la
moindre syllabe du nouyeau traité soit sacrée pour la France » ; si elle s'en éloigne d'un iota, nous le considérerons comme nul et non avenu ; « nous exigerons alors notre part de cet Empire, et les armes décideront ». Nous ne nous occuperons ni deis alliances, ni de TAngleterre, ni de la Russie, et nous a£Eronterons le sort. Le droit moral est de notre côté. Si même la France respecte ses promesses et qu'elle évite de nous fournir quelque raison de plainte, nous saurons bien faire surgir une occasion de conflit. Nous sommerons la France d'opter entre TAngleterre et nous. Dans la lutte inévitable où se jouera notre avenir, qui n'est pas avec nous, est contre nous, et pour peu que nos voisins hésitent, nous les attaquerons sur*le-champ.
Hallucinations d'un chauvin maniaque, prétendrai-on, et telles qu'en produisent partout les crises violentes qui détraquent les cerveaux faibles. — Si l'on veut! mais le livre de Frymann avait trente éditions en quelques mois, et il est franchement désagréable de vivre à côté d'une maison où les hallucinés sont si nombreux et raisonnent si délibérément leurs folies homicides!
En 1912, le général de B^mhardi avait publié son livre célèbre : V Allemagne et la prochaine guerre — Le général de Bemhardi, dans lequel on se platt à vanter un des meilleurs continuateurs des classiques du genre, Clausewitz et von der Goltz, est un esprit net, réfléchi, modéré mdme dans un certain sens, puisqu'il n'a pas pour ses adversaires le mépris ridicule qu'affectent la plupart des officiers prussiens. Son témoignagne n'en est que plus précieux.
La guerre, nous dit-il, est inévitable, parce <[ue l'Allemagne a besoin de débouchés pour son industrie et de terres pour ses 65 millions d'habitants. Gomme il est certain que ses voisins ne lui céderont