‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 55 sur 124 · LES INTENTIONS DE VALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LES INTENTIONS DE VALLEMAGNE

pas de bonne grâce leurs possessions, il faut bien les leur prendre, et, comme l'expansion de TAllemagne ne saurait avoir de mesure que ses besoins qui sont illimités, il est nécessaire qu'elle exerce une suprématie incontestée ; la politique d'équilibre a fini son temps et ne répond plus aux besoins du monde nouveau. Après tout, elle n'a jamais été que la coalition des vanités surannées et des peurs égoïstes, groupées dans une société d'assurance contre les énergies supérieures d'une race plus jeune et mieux douée.

L'hégémonie de l'Allemagne ne sera possible que quand elle aura écarté le mirage de la balance des pouvoirs et pour cela écrasé la France, l'Angleterre et la Russie. La guerre sera dure, mais si elle est bien préparée, la victoire est certaine. Dans tous les cas, le conflit est fatal. Habituons la nation à envisager cette nécessité, forgeons nos armes, et que nos chefs apprennent à accepter sans faiblesse leur devoir vis-à-vis du pays.

Il est incontestable, ajoute le général de Bemhardi, qu'il y aurait un réel avantage à rejeter sur la France et l'Angleterre la responsabilité du conflit. « Le devoir de notre diplomatie est donc de biseauter les cartes de telle façon que nos ennemis soient forcés de nous attaquer. Pour cela il suffit, sans commencer nous-mêmes la guerre, de menacer leurs intérêts de telle sorte qu'ils soient obligés de prendre l'initiative des hostilités.. Les moyens abondent en Afrique aussi bien qu'en Europe de les forcer à se mettre dans leur tort. » Les traités ne sont jamais que conditionnels et momentanés, ils ne lient les parties qu'aussi longtemps qu'elles ne jugent pas titile de les déchirer. Ne nous laissons donc pas arrêter par de vains scrupules, pas plus que par une fausse et vulgaire humanité. Notre politique n'est que trop timorée, elle s'amuse aux atermoiements : un

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peuple n'augmente ses domaines que par Tagressicm. La question que posa Frédéric II à ses conseillers, au lendemain de la mort de l'empereur Charles Vl^ fut claire : Quand quelqu'un a un avantage sur son adversaire, doit-il en profiter ou non? — Aucune &ts guerres qu'a soutenues le fondateur de la monarchie prussienne, ne lui a été imposée. Audaces farhma Juvai. « A quelque endroit que nous ouvrions le livre de l'histoire, nous constatons avec une pleine évidence que les guerres recherchées avec une décision virile à l'heure opportune, ont toujours produit les plus heureux résultats au point de vue social comme au point de vtie politique. »

Ces considérations philosophiques prennent une singulière valeur si l'on se rapelle que, à la même époque, l'État-major allemand préparait un projet de loi qui fut soumis au Reichstag au printemps de 1913 et qui portait les dépenses militaires de 1 500 à 1 625 millions de francs. Naturellement, le Chancelier présenta les nouvelles dépenses comme uniquement destinées à garantir la sécurité de l'Allemagne. Seulement ses affirmations rencontrèrent au Reichstag même, — et plus encore à l'étranger, — un extrême scepticisme. On avait beau regarder de tous les côtés de l'horizon, on n*apercevait pas les ennemis prêts à fondre sur l'Empire, et on croyait difficilement à « l'urgence » de ces précautions, surtout alors que l'année précédente lea effectifs avaient déjà été augmentés.

L'accroissement des dépenses maritimes était plus caractéristique encore.

La création d'une redoutable marine allemande a été l'œuvre principale du règne de Guillaume II et comme le symbole de ses ambitions mondiales.

C'est en 1898 que le secrétaire d'État de la Marine, M. de Tirpitz, présenta au Reichstag un projet, assez

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