LA POUCE AUTRICHIENNE
émerveillés ce fomeux procès inventé pour accabler Tâme des Serbes. »
Quelques incidents du moins en doivent être rappelés, parce qu^ils nous permettent d'apprécier à leur juste valeur les affirmations de la police autrichienne. — La plupart des prévenus furent poursuivis parce qu'on soupçonnait qu'il existait en Croatie une organisation révolutionnaire et qu'on supposait qu'ils y étaient affiliés; — d'autres parce qu'on avait trouvé près de leur maison des gourdes à l'écusson serbe, — ce qui est un objet d'un usage courant dans le pays. — Celui-ci était un traître parce qu'il était allé souvent à Belgrade. — Je n'ai jamais eu assez d'argent pour me payer ce voyage. — Mais sans doute, vous auriez été heureux d'aller voir le roi Pierre. — Un autre avait marché sur la queue de son chien pour le faire aboyer contre les Catholiques. — Mon chien n'a pas de queue. — Peu importe, vous lui aurez marché sur les pattes.
M. d'Âehrenthal avait invité ses ambassadeurs à attirer spécialement l'attention des gouvernements étrangers sur le complot panserbe que mettaient si clairement en lumière ces preuves fantaisistes ou les témoignages de ses agents provocateurs. Puis, quand, au début de 1909, les Serbes protestent contre l'annexion et que l'Autriche se prépare à la guerre, le Ministre remet ces documents à un de ces historiens à tout faire qui sont la honte de l'Allemagne, et M. Friedjung publie une série d'articles où il confond dans la même accusation le gouvernement de Belgrade et les chefs de l'opposition serbo-croate.
Quels documents apporte-t-il? — Des faux, fabriqués par un certain Vasitch, sur l'ordre du capitaine von Swientochovski, attaché à la légation austrohongroise de Belgrade. — La preuve en est fournie au tribunal, si flagrante, si incontestable, que Fried-
jung, traduit en justice, renonce à se défendre. M. d'Aehrenthal, qui a été nommé comte en récompense sans doute de son ingénieuse invention, déclare avec désinvolture qu'il n'a jamais cru à Fauthenticité des textes qu'il invoquait. Le ministre autrichien 4® Belgrade, le comte Forgach, est rappelé, parce qu'il n'a pas été adroit, mais ses intentions étaient louables, et, en 1914, nous le trouvons à côté du comte Berchtold, à la direction des Affaires étrangères. — Le comte d'Aehrenthal répétait volontiers que <( les faits accomplis sont les preuves les plus inattaquables » ; en 1909, on avait eu le tort de ne pas agir assez vite et on avait ainsi laissé le temps à des gêneurs, comme le professeur Masaryk, d'établir la vérité ; — le comte Forgach s'était promis de ne plus retomber dans la même erreur.
Que Texpérience ne l'eût pas guéri de ses habitudes de calomnie, l'affaire Prochazka, tout récemment, l'avait démontré. Les consuls autrichiens avaient, pendant la campagne de 1912, affecté une attitude très peu correcte sur les territoires conquis par les Serbes, et le gouvernement de Belgrade avait dû signaler leur conduite au comte Berchtold, qui l'avait pris de très haut. Convaincu, en bon élève de la stratégie allemande, que l'attaque est la meilleure des défenses, il avait incriminé les autorités militaires serbes et les avait accusées d'avoir injurieusèment violé le droit des gens et les prérogatives diplomatiques des consuls. Les journaux stipendiés avaient versé des larmes abondantes sur ce pauvre Prochazka, qui aurait été emprisonné, mutilé, — on disait môme fusillé, — et l'on avait dénoncé à l'Europe stupéfaite ces procédés indignes, jusqu'au jour où un rapport officiel avait été forcé de reconnaître que le consul de Prizrend était en excellente santé et qu'il n'avait pas cessé de mener une vie des
plus joyeuses. Gela n'empêcha pas d'ailleurs la chancellerie autrichienne d'exiger pour ces sévices imaginaires une satisfaction que la Serbie accorda afin d'éviter de nouveaux incidents.
Le moins que l'on puisse dire est donc que la police et la diplomatie autrichiennes sont facilement victimes d'illusions fîftcheuses et qu'elles sont quelque peu hantées par le délire de la persécution, et le gouvernement serbe aurait été parfaitement autorisé à répondre au comte Berchtold : — Vous nous accusez. — Où sont vos preuves? Produisez vos pièces et nous les discuterons.
Il est vrai, pouvait dire M. Pacfaitch, que, par la déclaration du 31 mars 1909, la Serbie a reconnu le fait de l'annexion à l'Autriche-Hongrie de la Bosnie et de l'Herzégovine; qu'elle a renoncé aux protestations qu'elle avait d'abord présentées, et qu'elle s'est engagée à reprendre avec la monarchie dualiste des relations normales de bon voisinage. — Ces engagements, nous ne les nions pas et nous sommes prêts à les renouveler. Vous prétendez que nous ne les avons pas tenus. Nous sommes résolus à vous donner toutes les satisfactions légitimes, si nous sommes vraiment coupables. Mais ces faut^ dont vous nous accusez, c'est à vous de les établir. Vous avez contre nous, à ce que vous affirmez, les mains pleines de documents écrasants. — Montrez-les, montrez-les à l'Europe. Votre intérêt est si manifeste que l'on comprend mal que vous vous enfermiez dans des phrases vagues et dans des formules générales. Il est peut-être vrai que nous ne vous aimons pas et que nous gardons au fond de nos cœurs des espérances contraires à vos ambitions. Avez-vous le droit de nous en faire un crime? On ne juge les peuplai, comme les individus, que sur leurs actes et non sur leurs pensées.
16 LA GUERRP
Quels sont les actes que vous avez à nous reprocher? — L'instruction criminelle ouverte par le tribunal de Sarajevo contre Prinzip a démontré, ditesvous, la complicité de plusieurs de nos nationaux. — En pareille matière, et si délicate, une affirmation ne saurait suffire. Gomment! Vous n'oseriez pas condamner un homme sans preuve matérielle, et vous prétendez juger un peuple sans discussion, sans publicité, sans débats contradictoires. —
Les accusations sanglantes lancées contre la Serbie étaient d'ailleurs absolument invraisemblables. Elle sortait à peine de deux guerres où elle n'avait obtenu la victoire que par des efforts inouïs et qui avaient épuisé ses ressources. Elle était sûre sans doute du dévouement inépuisable de tous ses enfants et elle savait que l'invasion ennemie se heurterait à une héroïque résistance. Mais quel est le gouvernement assez fou pour précipiter de gaieté de cœur son pays dans une lutte inégale, à l'heure même où il est le moins à même de la soutenir! Son généralissime était absent et sérieusement malade, ses munitions n'étaient pas renouvelées et ses arsenaux étaient vides. Depuis lors, les Monténégrins et les Serbes ont étonné l'Europe et l'ont frappée d'admiration par leur invincible ténacité. Au prix de quelles souffrances I l'histoire le dira un jour. Les correspondants des journaux italiens, les seuls qui aient suivi de près la marche des événements, nous ont raconté déjà le dénuement extrême des Monténégrins, leurs vêtements en lambeaux, leur misère telle que, dans le dur automne de ces montagnes, beaucoup ont été obligés pour se protéger contre les gelées de revêtir les uniformes des Autrichiens tombés sujc le champ de bataille.
N'oublions pas non plus que le traité de Bucarest avait profondément ulcéré la Bulgarie qui ne se
résignait pas à sa défaite et dont on connaissait les accointances avec la cour de Vienne, de sorte que les armées serbes risquaient d'être attaquées par derrière, au moment où elles combattraient les Autrichiens. Sur les territoires récemment annexés, le gouvernement de Belgrade rencontrait des résistances ouvertes ou latentes qui pouvaient facilement devenir dangereuses. Il se trouvait en présence d'éléments albanais ou bulgares, qui seraient sans doute assez vite assimilés, mais à condition qu'on leur laissât le temps de s'habituer au nouveau régime.
Nous sommes d'ailleurs parfaitement informés sur les préoccupations du ministère serbe à cette époque. M. Gravier, lecteur français à l'Université de Belgrade, qui était le traducteur des intentions de M. Pachitch, a publié, pendant l'automne de 1913, divers articles dans les revues françaises. Le Temps de son côté a inséré une série d'articles signés : Un Serbe de Bosniey et qui émanent évidemment d'un écrivain très au courant de la politique serbe. — A quoi, d'après ces auteurs très avertis, songe le gouvernement? — A introduire dans les territoires annexés une administration régulière, à ouvrir des écoles, à compléter le réseau des lignes de chemin de fer, à améliorer le régime de la propriété rurale.
Que, dans le pays, quelques exaltés, en général des collégiens^ grisés par les fumées de la victoire, aperçoivent dans l'avenir de nouveaux triomphes et qu'ils rêvent à une grande Serbie, où le tricolore slave flottera à Trieste, à Zagreb, à Raguse et à Sarajevo, c'est certain. Que, dans leurs conciliabules, l'ivresse des épopées nationales monte au cerveau de quelques hallucinés et les exalte jusqu'au crime, — ce sont là des cas de folie que^ dans des circonstances analogues, l'on a observés dans tous les pays. Mais ces maniaques se rencontrent presque exclusivement en
dehors du royaume, dans les régions où les esprits sont surexcités par un régime d'oppression implacable, et où les forces, qui ne sont pas sollicitées par le travail normal, s'épuisent en vaines tentatives.
Les attentats de Sarajevo sont Tœuvre de ces adolescents, victimes d'un système d'inquisition qui, en réprimant les manifestations les plus innocentes^ en interdisant toute liberté de discussion, en recourant aux procédés les plus inquisitoriaux, jette les âmes ardentes et inexpérimentées dans une sorte de désespoir et les empêche de réfléchir à la portée de leurs actes. Les véritables coupables du crime, ceux qui en portent la responsabilité morale, c'est le comte Tisza» le ban de Croatie, Tchouvaj, les pangermanistes de Vienne ou les chauvins magyars. En réalité, le meurtre de François-Ferdinand, loin de pouvoir profiter à la cause panserbe, ne saurait que lui être nuisible, parce que, sans parler même des périls directs qu'il crée, il va éloigner des Serbes orthodoxes les Croates catholiques qui, sans qu'on sache trop pourquoi, ont un vif sentiment d'affection pour Tarchiduc et placent sur sa tête leurs projets d'avenir. Sa mort risque de les rejeter vers Vienne et de ranimer les haines confessionnelles qui, pendant des siècles, ont été pour l'Autriche sa meilleure arme de domination.
Bien qu'il fût ainsi très facile à la Serbie de démontrer que les accusations de la Monarchie austrohongroise n'avaient ni réalité ni vraisemblaDoe, M. Pachitch préféra s'incliner. Pourquoi?
Sans doute avait-il été instruit par les fâcheuses expériences de 1909, lorsque le gouvernement de Belgrade avait été si mollement soutenu par la Triple- Entente. Peu de jours après l'annexion de la Bosnie
iYkalriclie, M. Milovanovilch, ministre des Affaires étrangères, disait à sir Charles Hardinge ; — L'an.nexion est la ruine de tontes nos espérances. — Dites de toutes vos illusions, lui répliquait durement le diplomate anglais. — M. Pachitch n'ignorait pas que PAngleterre n'était pas encore guérie de ses préventions, et en eiffet, pendant toute la durée des négociations, Sir Ed. Grey n'a cessé de répéter que l'opinion publique ne comprendrait pas et n'admet trait pas une guerre qui aurait pour cause l'affaire serbe, et qu'il n'interviendrait pas, tant que les cabinets devienne et de Belgrade seraient seuls en cause.
D'autre part, — et c'est un fait important, — il recevait de Paris et de Pétersbourg les conseils les plus modérés. Avant même la présentation de la note, M. Szébéko avait laissé entendre à Vienne que la Russie « n'élèverait pas d'objections contre la punition des coupables et la dissolution des associations révolutionnaires ». {Livre Jaune^ n** 20.) Depuis lors, bien que légitimement ulcéré par les procédés discourtois du Ballplatz et par la mauvaise foi insigne avec laquelle on lui avait prodigué des promesses rassurantes qu'on était résolu à ne pas tenir, M. SazoBof , demeurait animé des sentiments les plus pacifiques. Le 27 juillet encore, le Tsair, dans son télégramme au Prince Régent, Alexandre de Serbie, lui exprimera sa cordiale sympathie pour son peuple, mais le priera de lui faciliter « sa tâche en ne négligeant rien pour arriver à une solution qui permette de prévenir les horreurs d'une nouvelle guerre, tout
en sauvegardant la dignité de la Serbie Tant qu'il
y a le moindre espoir d'éviter une effusion de sang, tous nos efforts dqivent tendre vers ce but. » {Livre orange, n* 40.)
M. Pachitch comprit que la moindre velléité de résistance lui aliénerait ses défenseurs naturels. Il mit
ao LA GUERRE
toute son adresse et sa dignité à ménager la fierté de sa nation. Mais il se résigna à une capitulation inévitable. Dans sa réponse à la note austro-hongroise, il s'engage à faire publier le 26 juillet, à la première \ page du Journal officiel^ une déclaration condamnant toute propagande qui serait dirigée contre rAutriche- Hongrie, et déplorant sincèrement les conséquences de ces agissements criminels. Il « désapprouve et répudie toute idée ou tentative d'une immixtion dans les destinées des habitants de quelque partie de rAutriche-Hongrie que ce soit,... et procédera avec la dernière rigueur contre les personnes qui se rendraient coupables de pareils agissements^ qu'il mettra tous ses efforts à prévenir et à réprimer ». Cette déclaration sera mise à Tordre du jour de l'armée et publiée dans son prochain Bulletin officiel.
Le gouvernement serbe s'engage de plus :
io A proposer à la prochaine réunion de la Skoupchtina une revision des lois sur la presse, et à y introduire des peines rigoureuses contre les délits de provocation à la haine et au mépris de la Monarchie austro-hongroise; au moment de la revision de la Constitution qui se prépare, il fera modifier l'article 22, de façon à pouvoir ordonner la confiscation des journaux dont la tendance générale serait dirigée contre la Monarchie, ce qui n'est pas possible dans l'état actuel de la législation ;
2"* 11 dissoudra la Narodna Odbrana et toutes les sociétés qui agiraient contre l'Autriche;
3*^ Il éliminera de l'instruction publique tout ce qui sert ou pourrait servir à fomenter la propagande anti-autrichienne ;
40 II écartera du service les officiers et les fonctionnaires dont l'enquête judiciaire aura prouvé qu'ils sont coupables d'actes dirigés contre l'intégrité de l'Autriche ;
10 II procédera à rarrestaiion des personnes qu'on lui a signalées;
8® renforcera les mesures relatives au trafic illicite d'armes et d'explosifs ;
9° frappera les fonctionnaires qui, après l'attentat du 28 juin, ont tenu des propos inconvenants;
iO' et tiendra le gouvernement autrichien au courant des mesures qu'il prendra en vertu de ses engagements actuels.
A propos seulement des articles 5 et 6 qui, appliqués à la lettre, auraient réduit la Serbie à une véritable vassalité, M. Pachitch présentait quelques réserves, mais sur le ton le plus modeste.
L'Autriche prétendait (art. 5) qu'il acceptât la collaboration en Serbie des organes du gouvernement impérial et royal dans la suppression du mouvement subversif dirigé contre l'intégrité dé la Monarchie, et (art. 6) que, dans V enquête judiciaire contre les partisans du complot du 28 juin se trouvant sur territoire serbe, des organes délégués par le Cabinet de Vienne prissent part aux recherches.
11 est évident que ces articles n'allaient à rien moins qu'à mettre l'administration, la police et la justice serbes sous la haute surveillance de Vienne, — et que M. Pachitch ait consenti même à discuter des prétentions si indécentes, rien ne démontre mieux sa volonté de paix à tout prix. — Il se bornait (art. 5) à demander des explications sur ce que TAutriche entendait par a cette collaboration sur le territoire serbe des organes autrichiens », en se hâtant d'ajouter qu'il « admettrait toute collaboration qui répondrait aux principes du droit international, à la procédure criminelle et aux bons rapports de voisinage ».'
Pour Tarticle 6, il promettait d'ouvrir aussitôt une enquête contre les personnes qui auraient été mêlées au complot du 28 juin et de tenir éventuellement la
justice austro-hongroise au courant des résultats de l'instruction; mais il déclinait « la participation à cette enquête des agents des autorités austro-hongroises », parce qu'elle serait contraire à la Constitution et aux lois.
En dépit de ces quelques réserves, il est difficile d'imaginer soumission plus complète. Le Ministre est allé aussi loin qu'il était possible, et je doute qu'il eût après cela conservé son portefeuille. La Serbie était au lend^nain de deux guerres victorieuses qui avaient surexcité l'orgueil national, et il est fort incertain qu'aucune assemblée eût ratifié de pareilles capitulations. M. Pachitch, — et ce sera pour lui un impérissable titre d'honneur devant l'histoire, — n'avait pas hésité, pour éviter une conflagratioD européenne, à compromettre «m ministère et peutêtre la dynastie des Kara-Georgéwitch que pouvait parfaitement emporter une vague de la colère populaire.
Quand on connut en Europe la réponse seite, un soupir de soulagement s'échappa de toutes les poitrines oppressées par l'angoisse des derniers jours. Beaucoup de personnes s'attristaient de l'humiliation de la Serbie, et de nouvelles rancunes s'aigrissaient contre l'Autriche, cette incorrigible ennemie de la liberté et du droit des peuples; mais, ce qui dominait, c'était la joie d'échapper au cauchemar de la guerre.
Aussi, quelle stupeur et quelle indignation, quand on apprend que M. Giesl, le ministre autrichien, une demi-heure après avoir reçu la réponse du Président du Conseil, c'est-à-dire Bans en avoir référé à son gouvernement, sans avoir même lu attentivement le texte du mémoire serbe, a déclaré qu'il lui est impossible de s'en contenter et a demandé ses passeports. On a calculé qu^il lui avait failli en tout
INTRANSIGEANCE DE VAUTRICHE 25
quarante-cinq minutes pour lire la déclaration de M. Pachitch, qui est longue, la repousser, déménager les papiers de la légation et s'installer dans le wagon qui devait le ramener près du comte Tisza.
L'Autriche^, suivant le mot de M. J. Cambon, « a voulu couper les ponts » et, en effet, le même jour, « un personnage allemand avoue à notre ambassadeur qu'on avait craint à Berlin que la Serbie n'acceptât en bloc la note autrichienne », sauf à en discuter ensuite l'application, ce qui eût pu laisser aux Puissanoes une occasion d'intervenir. {Livre Jcuxne, n* 47.)
Que l'Autriche fût décidée d'avance à une rupture, nous en avons la preuve dans sa réplique à la réponse serbe. En la lisant, on est absolument stupéfait de <^ette audace dans la mauvaise foi.
La Serbie promet de présenter une nouvelle loi sur la presse à la prochaine session de la Skoupchtina. — Cette promesse ne saurait nous suffire, parce que la Serbie n'indique pas une limite de temps.
La Serbie promet de dissoudre la Narodna Odbrana et toute société qui entretiendrait une agitation antiattirichienne, — Réponse insuffisante, parce que rien Be nous garantit qu'il ne se fprmera pas sous un nom différait une seconde société qui poursuivrait des desseins analogues. — Mais, puisque la Serbie prend un engagement général.
L'Autriche a demandé qu'on « élimine sans délai de l'instruction publique, tant en ce qui concerne le corps enseignant que les moyens d'instruction, tout ce qui sert ou pourrait seirvir à fomenter la propagande contre l' Autriche-Hongrie ». — La Serbie s'engage à a éliminer sans délai de l'instruction {Hiblique tout ce qui sert ou pourrait servir à fomen^ ter la propagande contre l' Autriche-Hongrie ». — Voie n'avez pas in^rit dans votre réponse les termes
mêmes de notre demande, « tant en ce qui concerne le corps enseignant que les moyens d'instruction ». — En quoi cette omission restreint-elle les engagements du Cabinet de Belgrade, et ne leur donnet-elle même pas un sens plus large et une portée plus absolue?
L'Autriche porte le principal effort de sa discussion sur les articles 5 et 6, et accuse la Serbie, avec une mauvaise humeur grossière, d'avoir volontairement mal interprété ses désirs. — C'est qu'en fait, dans leur ambiguïté calculée, ses demandes étaient des plus obscures, et l'Autriche elle-même était obligée d'en convenir, puisqu'elle reconnaissait qu'il faudrait une convention particulière pour régler la collaboration de ses agents dans la suppression du mouvement subversif. — Et, que la Serbie se soit réellement méprise ou qu'elle ait feint de croire que l'Autriche demandait que ses représentants prissent part à Venquéte judiciaire^ alors que l'ultimatum parlait seulement des « recherches y relatives », j'avoue que, maintenant encore, après avoir lu et relu en allemand et en français les explications de l'Autriche, je ne suis pas bien sûr que sa chancellerie ait bien entendu elle-même le sens juridique <ies termes qu'elle employait, et il me paraît surtout plus que contestable que l'on trouve en quantité des précédents pour de pareilles interventions, ainsi que l'affirme le comte Berchtold. — Dans tous les cas, je ne crois pas qu'il se trouve un seul homme qui admette qu'une rupture diplomatique puisse être justifiée parce qu'un gouvernement a confondu, volontairement ou non, le mot de recherche avec celui d'enquête, alors surtout que la phrase est amphigourique, et que le mot incriminé d'enquête est en vedette dans le paragraphe précédent.
Ces procédés d'agents d'affaires de bas étage et de