‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 60 sur 124 · THÉORIE GERMANIQUE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

THÉORIE GERMANIQUE DE LA GUERRE

le calcul ni le mensong^. La guerre sainte autorise «t justifie les resii^HenlB et les parffires. Omnia munda mwviis. Les soldais d^one cause divine trahiraient leur foi en négligeant n'importe quel moyen ^our en assurer le triomphe.

Pour cette bataille où doit se jouer l'avenir du monde, TAMemagne depuis de longues années, ceignait ses Teins et durcissait -son cœur. Elle se vante volontiers d*avoir pendant un demi-siècle garanti la poix européenne. — Les satisfecit intéressés que Ton -s'accorde si facilement à soi-même, sont rarement Tmtifiés par Tbistoire, et en fait, depuis 1870, la paix n'« jamais été mise en péril que par elle; si elle n*a pas été rompue dix fois, c'est uniquement parce que, presque toujours, FEurope s'est courbée sous ses impérieuses lois, ou, deux ou trois fois, parce que i^mpereur n'a pas jugé le moment opportun et ses forces assez nettement supérieures.

Au bout d'un deminsiècle de servitude^ le monde, rassasié d'opprobres, était las jusqu'à l'écœurement €ft, délibérément, il rejetait le joug. Gomme plus tard ie général Joffre, la France et la Russie, simplement, sans menaces et sans cris, la voix ferme et les yeux dans les yeux, lui signifiaient : jusqu'ici, mais pas ftnsloinl

ÉtaitH^e leur dernier mot, et leur xésolulion étaitidle sérieuse? L'Allemagne ne le saurait qu'en les tâtant, et que cette prise de contact pût dégénérer 'en un corps à corps mortel, elle le prévoyait et ne e'en efiFrayait pas, ayant à tous les points de vue terminé ses classes.

Bismarck a toujours soutenu qu'il n'avait jamais «ngagé que des guerres défensives, et il ne mentait |AS complètement, il est parfaitement certain qu'il n'eût pas attaqué le Danemark, s'il en avait obtenu ipans COUD férir les duchés de l'Elbe, ni Napoléon III,

si l'Empereur eût félicité Léopold de Hohenzollem de soD ayènement au trône d'Espagne. Il y a en lui quelque chose de divin, disait amèrement un de ses détracteurs : TÉtemel ne voulait certainement pas chasser Adam du Paradis, mais il avait placé la pomme tout près de sa main.

Les Allemands suivaient la tradition du Chancelier de fer : ils élargissaient leurs coudes et se donnaient de Tair. Si les voisins se fâchaient, tant pis pour eux, et ils n'auraient à s'en prendre qu'à eux-mêmes des suites de leur mauvaise humeur. Aux yeux des pangermanistes, le désir crée le droit. Qu'est-ce qu'une guerre défensive? C'est celle qui est déterminée par l'existence d'un propriétaire hargneux qui ne déguerpit pas de la place qu'ils convoitent. — Si l'on veut, '- — et tout ici-bas se réduit à une question de déiSnition. — Bismarcka été le mauvais génie de son peuple. L'Unité, un peu plus tôt, un peu plus tard, se serait réalisée sans lui, mais il l'a viciée dans la source même de sa vie par ses procédés : — Igni eiferro. Beaucoup d'Allemands savent par cœur des passages de ce qu'ils nomment la splendide dépêche. — Il a laissé son mot d'ordre aux générations nouvelles : par la bombe et par la baïonnette*

Les inspirateurs de la politique mondiale commentaient ses Mémoires comme les chrétiens méditent leur Évangile. Mais que demandons-nous à notre livre de chevet, sinon la formule de notre pensée intime et l'approbation de nos secrets désirs? Les plus dociles écartent de la parole divine certains commandements qui les étonnent et les choquent. Les sectateurs les plus pieux du mattre avouaient que, dans son œuvre, tout n'était pas également vénérable et que certaines pages trahissaient la sénilité d'une ardeur qui tombait. Le dernier chapitre des Mémoires leur paraissait ainsi indigne du géant de 66. A l'ave-

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