BISMARCK ET LA JEUNE ALLEMAGNE
nir, avait écrit le Chancelier, pour diriger le navire de rÉtat allemand au milieu des courants de coalitions auxquelles nous sommes exposés par notre situation géographique et notre histoire antérieure, il faudra non seulement une organisation militaire suffisante, mais des vues politiques exactes. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour diminuer la malveillance qu'a provoquée notre élévation au rang d'une véritable grande Puissance, et pour cela nous devons employer honorablement et pacifiquement notre influence et convaincre ainsi le monde que Thégémonie de FAllemagne en Europe est plus utile et moins dangereuse pour la liberté des autres nations que ne le serait Fhégémonie de la France, de la Russie et de l'Angleterre. Pour mériter cette confiance, il est nécessaire par-dessus tout que nous agissions honorablement et ouvertement.
Cette homélie édifiante du vieux pécheur repenti provoquait quelques sourires. Bismarck, disait-on, a fini par où Frédéric II avait commencé, quand il écrivait son Anti-Machiavel ^ suivant la boutade de Voltaire, il crachait dans le plat pour que les autres n'eussent pas envie d'y goûter. A quoi bon, pensaient les meneurs de la politique germanique, essayer de désarmer la défiance, puisqu'on n'y parviendrait jamais? De l'estomac seulement et de l'audace; rien ne réussit comme le succès. Le plus sûr moyen de couper court à toutes les velléités de révolte, c'est de frapper impitoyablement le premier qui ose lever la tète.
A la fin de 1912 et au commencement de 1913, la conviction se répand à la fois dans les cercles diri* géants et dans la tnasse, que l'heure décisive approche.
Depuis quelque temps, l'Allemagne traverse une
assez fâdi^isft périods. Toutes ses can^agnes n*ûii4 aboaii qu'à des Eetndtea peu glorieuses ou à des éehees mal dissûaulés^ Elle n'a pas empoché la France de s'établ» au Maroc, et les compensations qu'elle a dMenueftau Congo. n*ouvv^si que des- perspectives lointaines et mal définiea. LAguerre ruosor jap<maise qu'dle. a peoYoquée^ a'a eu d'autre effet que de r^uke fort in^ables les positions pénâ^leh ment conduises en. Chine; les. cokîîûes causent plus de déboires qu'elles^ ne rapportent de hén^&ees* La guerre^ de Libye a ébraidé ki Tcîple-Allîaneeu Gkûlr laume II a mécontcoté Lltalie. pour conserver les bonnes grâees.dela Turquie^ el vedci que cette Turquiev demier espoûr et suprômev penaéei, s'efiondra presque sans combats Les panehecs es Serbie, et les mercantis de Grèce ont mis ea déroute les troufoo que les mmUaucs él^es de rÉtat*ma)or de^ BeidiiB avaîoit dressées d'apiés les méftbades tes plus épcouiRées; les canons. difcCrettsc4 ont réduit au silenee.les pièces : qui venaient diseet^sittit de^ chez Kj»pp : made in Oermun^. L'Allemagnaestnerveuses atteinte dans sou presti^psv impiiète de FuY^nir. ToutSr pro^ portion gardée, die est; ua peu duis la situatîou abaissée et ridicule, d* Napfdiaa ill au leiidemaîa de KôniggcseU.
L'affaire pourtant «vait: été hien.maahinée. VAmt triche^ instruite dèsi la première: heui«. de: TaUianGé balkanique pan schi. conpiarsey Ferdinand' de Bulr gacîe, l'avait ewseuBag^ei. Les. Turcs seraienl certair nement victorieux; les Serbes , dont l'armée n!exi» tait que sur le papier, se débanderaient à la pre* mière rencontre. Admirable occasion pour les bons cath<^ue8 de VianuBi ifooeoUrir au secours ^es Chrétiens. Leurs armées ntrevaHat à Bdigmdci et j rétabliraient Tordre de ehoon qui mmà é*é m fâcheusement modifié par la. lévohitioBideclMftv on
UAUTRiCHE EN 1913 205
constituerait une Macédoine autonome, qui serait rattachée à Fempire anstro-bongrois par un traité de douanes et de commerce, on compléterait leréseatE des chemins de fer orientaux et l'on réparerait r^^reur de d'Aehrentbal, lorsqu'en 1908 il aTait abandonné le sandjak de Novi-^zar, en même temps qu'on réaliserait le programme ^e Bismarck traçait dès 1878 au comte Andrassy.
Le comte Berehtold jouait cartes sur table, quand ^ le 19 novembre 1911, il disait aux Délégations qH« rAutriche ne visait aucune expansion territoriale, mais se contentait de ne pas pcnrdre de vue ses inté' rets et cherchait à étal^lir des « rapports sains et normafix » arec la monaorcdiie voisine. Déclaration Imnineuse et qni donne son véritable sens à la note du ^ juillet 1^4. Une Serbie asservie et émasculée, une Bulgarie solliciteuse et complaisante, une Turquie domestiquée et vendne, ta route frayée vers TAsie Mineure, les chemins de fer orientaux se continuant par TAnatolie vers Mossoul, Bagdad, et le golfe Persique, le rêve était beau et la proie paraissait à portée de la main»
Que risquait-on? — La Russie n'était pas prête; on amadonerait aisément PAngleterre par quelques concessions du côté de TArabie et de Koweit; la France,, isolée, restait impuissante. L'Italie sortait à peine de la guerre tripolitaine qni avait sérieiisement éprouvé son armée et vieilli sa flotte; on lui donnait un premier avertissCTEient en rappelant à son poste le chef d'état-major général, le baron Conrad de Hotzendorf, dont les tendances belli'^ qneuses et anti-itaKennes étaient connues et qui avait été éloigné sur les instances dn comte d'Aebren<^ thaï, quand celui-ci avait voulu améliorer les rapports des Cabinets de Viemie ei de Rome.
Que, dès ce moment, on entrevit au Ballplatz dés
possibilités de coups de main, M. de Berchiold l'avouait sans ambages quand il disait aux Délégations, à la fin de 1912, qu'il avait poursuivi « la création de conditions de stabilité dans la péninsule par des moyens autant que possible pacifiques. C'est pour cela qu'il n'avait pas pu accepter la formule de désintéressement proposée parle gouvernement français. »
L'avenir n'est à personne, l'avenir est à Dieu, — et Dieu dans l'histoire se nomme le peuple. D'un coup d'épaule, les Serbes renversent le lent travail des diplomates. Le flot allemand se brise devant la barrière slave. Dans l'histoire générale, Koumanovo et Monastir auront un jour la même importance que cette victoire des Polonais au Mont des Sapins, qui en 1410 arrêta pour trois siècles la poussée germanique.
L'Autriche et l'AUemagne accepteront-elles l'arrêt du destin et la volonté des nations qui naissent à l'indépendance? C'est vraiment à cette heure, à la fin de 1912 et au début de 1913, que se pose la question tragique de la responsabilité réelle de la guerre actuelle.
Dans son discours du 2 décembre dernier, M. de Bethmann-Hollweg, tout en essayant de rejeter les torts sur l'Angleterre, n'a pas dissimulé que son but avait été de désunir les puissances de la Triple- Entente pour mener librement à bonne fin ses projets sur l'Orient. « L'Allemagne, écrivait très justement M, H. Janni dans le Corriere délia Sera^ du 4, voulait vivre en paix avec la Russie, à condition que la Russie renonçât à sa conscience slave^ ne se préoccupât pas, pour elle-même, pour son avenir^ du sort des peuples balkaniques, en face de cette invasion vers l'Orient, où l'Autriche était l'avantgarde de l'Allemagne. »