‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 62 sur 124 · VAUT RICHE EN · texte numérisé non relu

VAUT RICHE EN

La Russie représentait ici le progrès, l'équité, le droit, puisqu'elle défeodait la liberté des peuples de la Péninsule, et c'est pour cela qu'elle devait nécessairement trouver l'appui de l'Angleterre. D'un côté, les Germains qui, sous prétexte qu'ils ont besoin de débouchés et de territoires, entendent condamner les Slaves du Sud à un étemel néant. De l'autre, les Anglais et les Russes qui s'opposent à la piraterie austro-germanique. — De quel côté est la violence? Où est la justice?

Sir Edward Grey renoue la plus noble tradition anglaise, celle de Canning, quand il avait pris sous sa protection les colonies espagnoles révoltées et relevé l'insurrection grecque expirante. Comme son illustre prédécesseur. Sir Ed. Grey, pour affranchir l'ancien monde, appelle un monde nouveau à la vie. Par là, il se place sur le terrain du programme français. L'alliance des émancipateurs de 1827 se reconstitue d'elle-même contre les souteneurs du Sultan. Du bon côté de la barrière flottent les drapeaux des vainqueurs de Navarin.

En 1827, la Sainte-Alliance était menée par un diplomate assagi qui, très infatué de sa personne, de son génie et de son système, avait du moins le sens des réalités. Bien que, comme la plupart des hommes d'Etat qui ont gouverné l'Autriche, il la connût assez mal^ il soupçonnait les maladies secrètes de la monarchie et, sans s'en exagérer la gravité, il jugeait prudent de ne pas exiger d'elle des efforts disproportionnés à son tempérament fatigué et naturellement débile. Il avait beaucoup fréquenté Napoléon dont la chute l'avait confirmé dans ses convictions qu'il convient de se défier des colères irréfléchies et des résolutions irréparables.

La victoire des Balkaniques était une très grosse déception pour l'Autriche, mais il n'était pas impos-

LA OUBRRI.

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sible d'en atténuer et surtout d'en ajourner presque indéfiniment les effets. L'alliance balkanique, Tayenir le montra trop vite, était une heureuse réussite d'un moment, et la durée en était assez problématique. Une confraternité d'armes de quelques semaines, déjà troublée par plus d'un malentendu, effacerait-elle le souY^iir de haines séculaires et Taigreur de rivalités très âpres? La Bulgarie n'avait jamais interrompu son flirt avec Vienne; la Serbie n'était pas inféodée pour toujours aux ministères radicaux, et, pour peu que le Ballplatz renonçât au régime de coups de tête et de coups de main qu'il avait adopté depuis une douzaine d'années, il ne devait pas désespérer de reconstituer à Belgrade un parti austrophile. Sans doute, les victoires récentes avaient surexcité le sentiment slave dans quelques provinces, la Bohême, la Croatie et la Dalmatie. La foule poussait des zivio^ et les petites filles à Doubrovnik (Raguse) ou à Split (Spalato) arboraient fièrement des bérets avec le nom de Koumanovo ou d'Etienne Doucban. Était-ce une raison pour s'imaginer que tout était perdu et, par peur de l'averse, se-j^»r dans un puits?

Le mérite de Mettemich, et qui prouve qu'en dépit de ses faiblesses, il avait vraiment l'étoffe d'un homme d'État, c'est qu'il avait beaucoup moins peur de la Révolution qu'il ne s'en servait comme d'un épouvantail. De temps en temps, qt»nd il avait besoin de Tappui de l'Angleterre, il agitait le spectre du panslavisme avec des mines effarées, mais il évaluait à leur juste prix ces aspirations ^ui s'épuisaient en cantates, et il ne prenait pas au tragique les oeillades langoureuses que lançaient v«rs Moscou les KoUar ou les Gaj. Il lui était même arrivé 4'encourager les lUyriens, qui étaient les pères des Panserbes actuels, et cela n'empêchait pas les régi**

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