‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 63 sur 124 · METTERNICH ET BERCHTOLD · texte numérisé non relu

METTERNICH ET BERCHTOLD

meiitQ croates de maintenir vigoureusement dans Tordre ks, mécontents lombards ou vénitiens.

Que le comte Berchtold ne s'est-il inspiré des exemples de son illustre prédécesseur I S'il avait laissé tomber ti^nquiUement Témotion, la vie quotidienne aurait repris son cours^ les querelles habi* tuelles des partis et des homme» auraient recommencé, et f Autriche aurait, au moins en partie, reconquis son influence, à condition de ne pas vouloir la transformer en une domination inflexible et de ne pas étaler avec trop d'impudence sa servilité vis-à-vis de Berlin. Malheureusement, depuis assez longtemps, elle ayaît perdu l'habitude d'une existence indépendante et elle subissait sans réflexion l'impulsion qui venait du Nord. A l'intérieur môme, elle était livrée à l'outrecuidante stupidité des Allemands de Bohême et de Toligarchie judéo-magyare qui partageaient la mégalomanie des Hoheniollem, en y ajoutant seule^ ment une haine plus féroce encore contre les Slaves.

Le comte Berchtold, de mœurs aimables et douces, un peu perdu dans les nuages, pacifique et courtois, que ses goûts personnels inclinaient plutôt vers la modération, était fort nouveau dans ses fonctions (février i9i2). Son tempérament ne le prédisposait guère à y conquérir une grande autorité, et le temps lui avait manqué pour prendre pleinement possession de son rôle. Il cherchait un soutien dans l'héritier du trône, l'Archiduc François-Ferdinand, néophyte de l'amitié berlinoise et d'autant plus empressé à capter les souriree de Guillaume II. Peut-être aussi le sommeil du nouveau Chancelier autrichien était-il troublé par les lauriers du comte d'Aehrenthal à qui ses façons de tranche-montagne et ses épaisses roueries avaient valu le renom de diplomate éminent.

Son inexpérience et la médiocrité violente et bornée de François-Ferdinand garantissaient à l'Allemagne

la soumission, ou plus exactement, la démission de rAutriche. Elle avait ressenti plus vivement encore que son alliée la menace du triomphe des Balkaniques et préparait fiévreusement la guerre. M. de Bethmann-HoUweg Fa nettement avoué dans son discours du 2 décembre, et, dès le printemps de 1913, le mouvement belliqueux était si visible que nos représentants à Berlin, avec une unanimité impressionnante, attiraient Tattention du gouvernement français sur les nuages qui s'amoncelaient. « L'opinion publique allemande, écrivait notre attaché militaire, trouve que, pour nos 40 millions, nous tenons au soleil une place trop grande. » « Les Allemands, disait rattaché naval, ont voulu par la nouvelle loi militaire, rompre l'équilibre des deux camps qui divisent l'Europe. » M. Jules Cambon, plutôt optimiste, convaincu que le rôle d'un diplomate est d'éviter les conflits et qu'il est dangereux d'exagérer les périls, jetait un cri d'alarme : « La situation est grave. » (15 mars 1913.)

Dans le courant de l'année, le ton de ses communications devient de plus en plus sombre : « Ces gens-là ne craignent pas la guerre; ils en acceptent pleinement la possibilité et ils ont pris leurs mesures en conséquence. » (6 mai.) Et enfin la dépêche qui deviendra célèbre du 22 novembre : « Je tiens d'une source absolument sûre la relation d'une conversation que l'Empereur aurait eue avec le Roi des Belges, en présence du Chef d'État-Major général de Moltke, il y a une quinzaine de jours, conversation qui aurait, paraît-il, violemment frappé le Roi Albert. Je ne suis nullement surpris de son impression qui répond à celle que moi-même je ressens depuis quelque temps : l'hostilité contre nous s'accentue, et l'Empereur a cessé d'être partisan de la paix. Pour lui emprunter une locution qu'il aime à

MENACES ÙB GUERRE 20t

employer^ noue devons tenir notre poudre sèch^ » (22 novembre i9i3«)^

Ce témoignage d'observateurs bien placés et int^ reasés à dire la vérité était confirmé par le langage des journaux et les déclarations officielles des Ministres à Berlin et à Yicmne. Il est visible que TÂllemagne est décidée dès k>rs<» quai qu'il en puisse coûter, à ne pas laisser se confirma la situation nouvelle créée dans les Bidkans par la victoire des alliés^ A la Russie et à la France eUe {présentera le jour venu son ultimatum : Abandonner rEurope à sa doxnmation ou subir la guerre

Dès ce moment aussi aon. plan est arrêté : rattaufiM brusquée et Finvasion de la. Belgique. Les inconvénients politiques du guei^pens qu'dle organise sautent tellement aux yaux qu'en France, malgré les avertissements qui leur arrivaient de tous les c6tés et bien que TÉtat-Major prussien, par la répartition, de ses régiments et la construction demft nouvelles lignes stratégiques, notifie en quelque sorte officiellement son dessein à l'Europe, ni les ministres, ni les généraux n'admettait la possibilité d'un tel aveuglement : notre frontière du Nord reste ouverte et nos troupes de couverture sont presque entièrement réservées à la Lorraine.

Mais, de l'autre côté des' Vosges, les dangers manifestes d'un projet aussi odieux qu'insensé sont voilés par le^décdr frénétique d'une victoire rapide. C'est, qu'en Allemagne, 1^ idées ne se présent^^ Jamais que sous forme de passions, et les passions sont incapables de eontrôie et de critique. Toute la tae^qae germanique, mâUtairei eu difdomatique^ va

1. Les Allemands oot aatavelleBMat démeaU cette ceaveiti»> tion. Mais y a-t-il encore quelqu'un qui attache la moindre importanee aux affirmations et aux démentis des Allemands? L'exaetitaéa d« rapport deM.^ J» Canben est bon deHx>n(«tta1iea«

être ainsi viciée par quelques axiomes dont Tévénement démontrera Terreur : — la force entraîne Fadhésion résignée des vaincus et des spectateurs; une seule chose importe, la victoire foudroyante; donc, saisir ses adversaires à la gorge, les frapper au point vulnérable, quelques moyens, légaux ou non, auxquels il faille avoir recours. « Laissons de côté, a dit le général de Moltke, les lieux communs sur la responsabilité de Fagresseur. Quand la guerre est nécessaire, on doit la faire en mettant toutes les chances de son côté. Si nous donnions à la Russie le temps de mobiliser, nous nous trouverions obligés de maintenir sur notre frontière orientale une force telle que nous serions en état d'égalité, sinon d'infériorité, du côté de la France. Par conséquent, il faut prévenir notre principal adversaire dès qu'il y aura neuf chances sur dix d'avoir la guerre, et la commencer sans attendre pour écraser brutalement toute résistance. » {Livre jaune, p. 13.) — Paroles à méditer et à retenir, parce qu'elles illuminent toute la conduite de M. de Bethmann-HoUweg pendant la période des négociations. Pété dernier.

A qui remonte l'idée première de l'attentat qui se prépare?

En France, l'opinion est presque unanime : le coupable, c'est le parti militaire, dont le Prince héritier a été l'instrument. M. Helmer, qui connaît certainement fort bien l'Allemagne contemporaine, a publié le*15 avril 1912, dans la Revue de Paris, un article : Guillaume II et le Pangermanisme, qui, solidement établi et fortement déduit, a produit une vive impres^ sion. — Deux politiques en opposition, l'Empereur, pacifique, loyal, respectueux du droit d'autrui, et

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