GUILLAUME II
Sa popularité est inconteatable, en dépit de quelques heures de brouille, parce que, qualités et défauts, FAUemagne se reconnaît en lui. Elle ne sonffre pas de son manque de tact, de mesure et de goût; elle n'est pas choquée par ce bric-à-brac et cet amalgame d'éléments hétérogènes; elle répète avec componction les paroles du maître sur Tère nouvelle^ la politique mondkde et Tavenir du pays qui est sur la mer. Peu à peu, ces phrases pénètrent les âmes et leur deviennent un élément d'action. Guillaume II entratne son peuple dans le monde mythique qu'il s'est créé et dans lequel il vit une vie exaltée et furibonde. Si, depuis son avènem^it, il a e^uservé la paix, c'est qu'il a toujours accompli les desseins qui lui t^udent au cœur; il a toujours été jusqu'au bout de sa volonté. Il n'est séparé des Pangermanistes par aucune di£Fi^ence essentielle, et chez lui l'hypertrophie de l'orgueil national se complique de la pieuse adoration du principe monarchique qu'il incarne.
Livré sans défense aux brusques impulsions de ses Âstincts, sa volonté est faible, parce qu'il a un liesoin puéril de louanges : il cherche la résolution qui lui paratt le mieux répondre aux vœux momentanés de la foule, et il en suit passivement révolution. Il n'a jamais été séparé des outranciers du parti militaire que par des nuances^ puisqu'il partage âeur fanatisme, qu'il poursuit le môme but, qui est la soumission du monde, et qu'il en aperçoit la condition, qui a toujours été la domestication ou l'écrase* IDent de la France.
Bans ces conditions, il n'est peut-être pas indispensable d'attribuer un rôle très actif au Kronprinz et de prendre au tragique les manifestations juvéniles de son zèle immod^é. Volontiers les fils imitent les pères jusqu'à la cairicature, et les héritiers courti'-
sent la popularité par Téclat un peu ridicule de leurs manifestations. En dehors de quelques différences superficielles, qui sont la conséquence de Tâge et des nuances de tempéraments, Guillaume II et son fils, les militaires et les diplomates, les junkers et les libéraux marchent depuis longtemps la main dans la main, et, au moment de la crise, ils revendiquent tous la même responsabilité.
Pour restaurer la domination de TAUemagne, le premier point est d'anéantir les résultats de la guerre balkanique. La Russie le permettra-t-elle et la France sou tiendra- t-elle son alliée? — Les dix-huit mois qui précèdent la rupture sont remplis par un triple effort, effrayer la France, contraindre la Russie à une capitulation, préparer Tarmée de manière à rendre toute résistance impossible.
Contre la Serbie, on invente d'abord la nationalité albanaise, afin de lui fermer tout débouché sur l'Adriatique et de lui interdire, ce qui est la condition même de son indépendance, une libre communication avec TEurope. — La Serbie s'indigne, récrimine. — Conciliabule du chef de TÉtat-Major autrichien avec de Moltke à Berlin ; voyage du général Conrad de Hœtzendorf à Bucarest (déc. 1912); vaste déploiement de troupes. — La Serbie, sur les avis de Pétersbourg, s'incline (janvier 1913).
Elle ne serait pas assez solidement emmurée si le Monténégro occupait Scutari. L'Autriche adresse un ultimatum au roi Nicolas et l'appuie d'une démonstration navale (mars 1913), et, comme la conférence des Ambassadeurs à Londres s'étonne àe cette démarche isolée, quand il a été entendu que les Puissances agiraient de concert, M. de Bethmann-HoUweg se