LA QUESTION ALBANAISE
précipite à la rescousse : comme toujours, c'est la France qui est la première visée : — les éléments qui dominent Topinion, dit-il au Reichstag, ne sont pas aussi pacifiques que les gouvernements, et, dans les périodes de passions, plus les institutions sont démocratiques, plus les minorités ont d'importance; le chauvinisme s'est réveillé à l'ouest des Vosges et les Français ont déjà l'illusion d'avoir gagné la bataille. Soyons sur nos gardes. — Il s'agit de consoler ceux qui « songent avec amertume que l'Allemagne avait formé l'armée turque et que son prestige est atteint » {Leipziger Neuesie Nachrichen); il faut empêcher « que le nimbe de la supériorité militaire germanique ne soit compromis aux yeux d'un peuple que la « crainte d'un nouveau Sedan retenait seule jusqu'ici de rechercher la guerre » {Rhein. und Westphœlische Zeitung),
L'air sent la poudre, la Russie et l'Autriche sont en armes. Au mois de mars 1913, le péril d'une conflagration universelle est aussi imminent qu'en juillet 1914. L'arrangement relatif à Scutari, dira Sir Ed. Grey, « est survenu tout juste pour maintenir l'accord entre les Puissances ». M. de Bethmann- Hollweg se félicite de son côté que « les Cabinets, dans la pleine conscience de leur responsabilité, aient réussi à enlever au conflit des opinions et à l'opposition des intérêts l'âpreté qui menaçait d'aboutir à une explosion ». Entendez que la Triple-Entente, une fois encore, a cédé et contraint le Monténégro à évacuer Scutari (mai).
Triomphe de l'Allemagne, incomplet pourtant et précaire, puisque le traité de Londres (30 mai) sanctionne la victoire des Slaves dans les Balkans et affranchit en partie la Serbie, qui espère une frontière commune avec la Grèce. Pour réduire à merci ce vassal qui s'émancipe, le Ballplatz exploite lee
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ambitions malfaisantes du Tsar de Bulgarie et les dissidences qui ont surgi entre Sofia et Belgrade. Sous rinfluence de rAutriche, le ministre Guechof, qui cherche loyalement une entente avec M. Pachitch, eeX remplacé par Danef, plus hautain et plus raide (14 juin), et Ferdinand de Bulgarie refuse l'arbitrage du Tsar. Le 30 juin, les Bulgares, sans déclaration de guerre, attaquent les Serbes. — Qui a donné l'ordre criminel? — Le roi, qui reste sous la dépendance de Vienne, après une très longue entrevue avec le comte Tarnowski, le ministre autrichien.
Nous avons d'ailleurs aujourd'hui une preuve nouvelle et irréfutable du complot tramé par l'Autriche contre la Serbie. M. Take Ionesco, chef du parti conservateur démocrate de Roumanie et ancien ministre, a raconté ces derniers jours dans son journal, la Roumanie^ que, dans le courant de mai, le comte Berchtold avait chargé son représentant à Bucarest de prévenir le gouvernement roumain que, si la Bulgarie attaquait, TAutriche « la soutiendrait les armes à la main ». Telle était ainsi la haine que Ton ressentait à Budapest et à Vienne contre la Serbie, si impérieuse était la volonté d'écraser les imprudents qui gênaient les ambitions germaniques, que le comte Berchtold n'hésitait pas à menacer d'une guerre la Roumanie, qui était son alliée, si elle s'opposait à l'écrasement de la Serbie.
Une fois de plus, l'embuscade était préparée et le comte Berchtold savoure d'avance sa victoire. — Mais de la coupe aux lèvres... — Les Serbes sont victorieux à Brégalnitsà; le Ministre d'Autriche à Bucarest, M. de Fûrstenberg, à sa première ouverture, a été rabroué si net qu'il a jugé plus sage de ne pas compromettre son gouvernement par une démarche vouée d'avance à un échec certain ; il avait du tact, de la finesse, connaissait le pays ; il s'abstient