‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 67 sur 124 · SERBES ET BULGARES · texte numérisé non relu

SERBES ET BULGARES

de remettre la note du Chancelier au Ministre des Affaires Etrangères, et Tannée roumaine entre en ^^ampagne.

La Bulgarie aux abois crie à Taide. Le Chancelier envoie aussitôt à Bucarest le comte Hoyos, son chef de cabinet, pour dicter ses conditions et sauver ses anais en fort mauvaise posture, et, comme les Serbes» justement indignés d^une odieuse agression, ne s'inclinent pas assez vite, l'Autriche prépare une invasion. Nous avons déjà rappelé, d'après les révélations de M. Giolitti, que c'est à ce moment qu'elle demande le concours de l'Italie.

' Ijd refus très sec du marquis di San Giuliano, trop facile à prévoir, n'aurait pas arrêté le comte Berch*^ told, si le Cabinet de Belgrade, prévenu par le roi Charles, ne s'était hâté d'accepter le traité de Bucarest (août 1913).

La partie est ajournée, non abandonnée.

Quand le roi Constantin vient à Berlin, l'Empereur le félicite des grands succès que son armée a dûs aux principes éprouvés de la tactique prussienne : « Ils ont démontré que les doctrines de notre État-Major garantissent toujours la victoire, <|uand elles sont exac* tement appliquées. »

N'y aurait-il pas une coupable pusillanimité à tdiérer la moindre contradiction quand on a le bonheur d'avoir un État-Major dont les doctrines textuellement appliquées garantissent toujours la victoire I

Aussi, le 17 octobre, nouvel ultimatum de l'Autriche à la Serbie qui, pour arrêter les incursions des pillards albanais, a été obligée d'occuper quelques points stratégiques : — Qu'elle retire immédiatement ses troupes; faute de quoi, l'Autriche agira aussitôt. — En dépit de l'empressement avec lequel la Serbie satisfait à sa sommation et de la visitede M. Pachitch

qui est accouru à Vienne apporter des paroles de conciliation, le comte Berchtold, dans un discours inqualifiable et qui, entre deux États de forces sensiblement égales, eût été considéré comme une déclaration de guerre, critique avec une injurieuse acrimonie le traité de Bucarest et Tannexion à la Serbie d'une partie de la Macédoine. « De vastes territoires, habités par une nationalité homogène, ont été placés sous les lois d'États de môme race, mais dont les sujets ne parlent pas la même langue, — et les méthodes sommaires d'assimilation paraissent de nature à produire une excitation peu favorable au maintien de la paix. » — Supposez un Ministre cte Napoléon III condamnant avec cette désinvolte légèreté les procédés de l'administration prussienne dans la Hesse ou le Nassau I

Est-il vrai que les districts de Skoplié et de Bitolia (Monastir) soient habités par des populations homogènes? — Le Bulgare le plus intransigeant ne se hasarderait pas à le soutenir. Beaux champions vraiment du droit des nationalités que ces AUeman^ds qui traquent les Slovènes et les Tchèques, que ces Magyars qui pendent les Roumains et persécutent les Croates! Derrière ces scrupules imprévus de consciences qu'on a connues moins pointilleuses, transparaît trop clairement le dessein réel, abolir un traité qui gêne l'ambition allemande, et la pensée maîtresse de la politique austro-germanique nous est révélée avec une parfaite clarté par l'officieuse Gazette de Cologne (7 octobre 1913) : — Il est impossible que des conventions aussi misérables que celles de Londres et de Bucarest procurent à l'Orient une paix durable.... L'Autriche qui a les meilleurs motifs du monde d'être mécontente des résultats de la dernière guerre, doit li'eflforcer d'établir son influence à Sofia. Notre devoir est dd la soutenir sans réserve.

VORIENT EN 1914 221

"N^enne et Berlin sont parfaitement d'accord et, plus que par la lettre des traités, elles sont rapprochées par ridentité des convoitises . Il s'agit d'exploiter les rancunes de la Bulgarie et de la Turquie contre la Serbie, de ramener celle-ci à la vassalité dorée qu'avait joyeusement portée Milan, et de s'assurer ainsi, par la défaite des uns et la complicité des autres, une situation prépondérante, par delà Conslantinople, jusqu'au golfe Persique. Ces jours derniers encore, M. Dernburg confirmait l'existence de ce plan, quand, en traçant les grandes lignes du traité de paix qu'il préconisait, il réclamait pour l'Allemagne le protec^ torat de la Turquie d'Asie.

Même après tant de déconvenues, Guillaume II et François-Josepti jugeaient le succès probable. Ferdinand de Bulgarie persistait plus que jamais dans ses collusions auslrophiles; le ministère jeune-turc, mené par Enver-bey, nommait le général allemand Lemann von Sanders commandant du premier corps d'armée ottoman, c'est-à-dire qu'il confiait Constantinople à la ^arde de Berlin; la Russie donnait une nouvelle preuve de son humeur débonnaire et de sa quiétude confiante en s'adressant, pour obtenir le retrait de cette nomination,... à l'Allemagne, — avec quel succès, on le devine l Avec la Serbie on traînait en longueur les négociations relatives aux chemins de fer orientaux et, contre tous les précédents, le comte Berchtold exigeait qu'on en laissât l'exploitation à la compagnie autrichienne. II nourrissait ainsi un motif de querelle qu'il se réservait d'envenimer au moment voulu.

L'archiduc François-Ferdinand, dont l'influence montait à mesure que François-Joseph s'enfonçait dans l'engourdissement d'une vie purement végétative, avait été au début quelque peu froissé par le ton des feuilles pangermanistes qui réclamaient de lui

une obéissance sans conditions s'il ne voulait pas qu'on lui retirât les dix millions d'Allemands qu'on avait prêtés à FAutriche pour que ces représentants d'une culture supérieure devinssent le ciment et Tamalgame de la mosaïque danubienne. Il n'avait pas dissimulé la méchante humeur que lui causaient ces hâbleries. Guillaume II l'apaisa et le ramena.

François-Ferdinand parait avoir été un prince discret, secret, hautain, à qui l'on prêtait des idées, parce qu'il était taciturne. On vantait la pureté de ses mœurs, ce qui ne signifie pas grand'chose aa milieu de la corruption de la cour habsbourgeoise, et Ton entendait surtout par là qu'il subissait l'influence de sa femme, la comtesse Chotek, que Ton disait très ambitieuse et tenace. Au moment de se marier, dans le premier emportement de la passion, il avait sans difficulté accepté les conditions que lui avait dictées le vieil Empereur et admis que les enfants nés de son union avec une femme qui n'était pas de famille souveraine, n'auraient aucun droit à la couronne. Il n'est pas sûr que, depuis la naissance de ses fils, il ne regrettât pas son engage-^ ment. Guillaume avait toujours affecté de traiter la comtesse Chotek avec une courtoisie empressée qui contrastait avec la morgue de la Cour de Vienne. Comme la Hongrie n'avait jamais sanctionné la renonciation de François-Ferdinand, la question de la succession au trône impérial restait à demi en suspens, et^ à un moment donné, l'appui de Guillaume pouvait faciliter bien des compromis; on l'écoutait volontiers à Budapest.

Pour être relevé de son serment;, r.^Lrchiduc avait besoin du pape. Les influences cléricales sont encore extrêmement puissantes à Vienne, et il est incontestable que le congrès eucharistique de l'été de 1912, avait produit une impression profonde, et qui avait

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