‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 68 sur 124 · FRANÇOIS-FERDINAND · texte numérisé non relu

FRANÇOIS-FERDINAND

subsisté, sur François-Joseph et son héritier. Les Habsbourgs ont toujours lié leur grandeur au triomphe au catholicisme et les destinées [de la monarchie et de la papauté décrivent une courbe très sensiblement p>arallèle. La coterie romaine, dont Monseigneur Stadler, Tarchevèque de Bosnie, était un des meneurs Les plus agités, montrait dans le lointain à François- Ferdinand rOrient qu'il deyait conquérir à la véritable foi, et Teffrajait de^ progrès du schisme orthodoxe.

Peut-être, et on l'a prétendu, FÂrchiduc, qui ne fuyait pas les chimères, entrevoyait-il vaguement de {dus hautes destinées et songeait-il qu'en récompense <les services qu'il aurait rendus à la catholicité, il lui serait do^né un jour de relever à son profit le Saint- Empire romain germanique usurpé par les Hohen* zoUern qui n'étaient après tout que des vassaux félons. J'ai entendu en Croatie et en Pologne exprimer ces idées par des hommes qui avaient approché le prince- Les traditions ont la vie longue et les mots* en histoire . conservent longtemps leur puissance d'action. Il y a encore des âmes que hantent les exploits de Lamormain et de Ferdinand IL

On prêtait à François-Ferdinand des sentiments asaez peu favorables aux Magyars et on affirmait que son premier acte, après son avènement, serait de supprimer la constitution de 1867 et d'abolir le dualisme. II est certain qu'à Budapest on se défiait de ses silences. On soutenait cependant ses projets belliqueux, à la fois parce qu^on espérait désarmer ses rancunes et parce que l'oligarchie judéo-magyare, qui gouvernait depuis un demi-siècle, avait besoin d'une diversion extérieure pour maintenir son autorité.

Grftce k un régime électoral des plus restreints et des plus iniques, le pouvoir en Hongrie appartient à une minorité qui écrase sous son talon à la fois les

populations allogènes et Timmense majorité du peuple magyar lui-même. Sous prétexte de défendre Tunité du royaume, elle soumet les Slovaques, les Roumains, les Serbes, et même les Croates, — en dépit de leur constitution particulière, — à un système de violence et de tyrannie qui a suscité des rancunes irréconciliables. Depuis quelques années, le mécontentement gagnait de proche en proche ; les attentats se multipliaient, des manifestations grandioses en faveur du suffrage universel, sans cesse promis et toujours reculé, aboutissaient à des émeutes sanglantes ; le Parlement était le théâtre des scènes les plus scandaleuses ; des procès retentissants jetaient le discrédit sur le parti qui détenait le pouvoir et s'y enrichissait ; le trésor était vide et le crédit ébranlé.

En présence du péril imminent, la majorité avait fait appel à un homme que Ton disait courageu^ et que Ton savait prêt à tout, le comte Tisza, dont le nom seul était un symbole de gouvernement à poigne et que ses amis honoraient du nom de Junker Magyar (7 juin 1913). Ambitieux, hautain, très vain de son pays, de sa naissance, de son talent, brutal et violent, poursuivi par ses adversaires de haines furibondes et les leur rendant avec usure, il nourrissait une antipathie féroce pour quiconque ne s'inclinait pas devant lui. Il n'avait aucun goût pour François- Ferdinand qui le détestait, mais ils ajournaient leurs querelles pour préparer la guerre et poussaient activement la réorganisation de l'armée et la construction de la flotte. En quoi ils suivaient l'exemple de Berlin.

Les loismiUtaires s'y succédaient sans arrêt. Loi du 7 mars 1911 qui accroît les effectifs de 11000 hommes, et accorde 177 millions pour l'artillerie et les services techniques. Loi du 14 juin 1912 qui prévoit la formation de deux nouveaux corps et élève de 34 000 hpmmes le chiffre des soldats appelés sous les drapeaux. Le

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