‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 69 sur 124 · LES LOIS MILITAIRES · texte numérisé non relu

LES LOIS MILITAIRES

Reichstag acceptait tout, non seulement sans rechigner, mais avec enthousiasme.

Aussi, dès le début de 1913, les bureaux de la guerre mettent sur pied un nouveau projet qui ne peut s'expliquer que par la volonté d'une guerre immédiate. Il prévoit des crédits pour 117 000 soldats nouveaux et 11 000 sous-officiers : Tannée sur pied de paix comptera 850000 hommes, avec 110000 sousofficiers de carrière, en face des 35 000 sous-officiers français.

Des sommes énormes seront consacrées à Tartillerie, au génie, à l'aviation, aux ouvrages fortifiés de Mazovie, aux places de Graudenz et de Kœnigsberg; on crée une inspection d'armée à Dantzig et un 20» corps à AUenstein. En trois ans, Teffort militaire dépasse ce qui a été accompli dans les quarante années qui ont suivi la guerre de 1870. Les dispositions nouvelles seront immédiatement appliquées, et Tannée aura ses forces complètes dès 1914. On évalue la première mise de fonds à un milliard de marks. Les dépenses seront couvertes au moyen de procé4és révolutionnaires, par une contribution extraordinaire de 2 pour 1 000 sur le capital. Notre attaché naval constate que les corps de la frontière occidentale seront presque sur pied de guerre, de manière à « pouvoir le jour même de Touverture des hostilités, nous attaquer brusquement avec des forces très supérieures aux nôtres » (15 mai 1913). Les organes officieux soulignent le caractère offensif de la loi qui a ouvre la route à une politique mondiale. De longs chemins^ pleins de promesseSy s'offrent à nous en Asie et en Afrique ».

Les conservateurs acclament le relèvement des effectifs et ne lésinent pas sur les frais. Ils s'émeuvent seulement de l'atteinte portée au principe de la propriété. Une confiscation^ même minime^ n'est-ce pas

un redoutable précédent dans un pays où tes socialistes comptent 4 milli<»is d'électeurs? — Qu'y faire? C'est la faute de la France, leur répond le Gouvernement^ et de ses fotîes belliqueuses. — La Gazette de Cologne, dans un article venimeux (10 mars 1915)^ dénonce les desseins homicides de ces voisins de rOuest toujours prêts à se jeter sur la candide et béate Allemagne : « Jamais il n^a été aussi évident qu'en France on ne recherche l'alliance russe eî l'amitié anglaise que pour reconquérir l'Alsace »; que n'a-t-on saisi en 1905 l'occasion d'avoir avec nous une explication décisive! Attendra-t-on pour soBMner la Russie de se prononcer pour ou contre l'Allemagne qu'elle ait achevé sa réorganisation militaire. — Il y a des cas, renchérit le Berliner Tdt^Uatty où un État, entouré de voisins trop puissantSy a le devcûr envers lui-môme de ne pas attendre qu'on lui porte le coup de grâce. La Gazette de ta Croix^ la Gtrmania^ la Norddeutscke allgemeine Zeiiung hurient à la mort. Au Thiergarten, en face de la statue de Frédéric-Guillaume III, l'Empereur exalte les souvenirs de 1813 : « Nous aussi, nous irons au combat la joie et la confiance dans le cœur, s'il nous faut un jour défendre ce qui a été conquis, et protéger l'honneur de l'Allemagne contre les imprudents qui oseraient la menacer. — L'année de 1813 fut une année de sacrifices, Tannée 1913 doit l'être aussi pour chacun : les temps d'aujourd*huî ne sofit guère mmns graves qu*il y a cent ans. »

Porter atteinte k l'honneur de l'Allemagne I — Qui y songe? •— Contester les traités signés? — Qni s'eti est jamais avisé? — Ces terreurs qui troublent vos nuits, sur quels indices reposent-elles?

Maiis l'éketion de M. Poincaré à la Pré^dence. — Est-il donc démonttréque M. Poincaré soit un foudre de guerre? — C'est un Lorrain.

ALLEMAGNE ET FRANCE TSSl

Et la loi de trois ans. — Cette loi pourtant, qui n'est qu'une réponse incomplète et tardive aux armements de rÀllemagne, avec quelle diffieuité, au prix de quelles luttes n'a-t-elle pas été ext(Mrquée à une majorité indécise et revêche, et par combien de concessions ne Ta-t-on pas achetée ! Il a fallu que le gouvernement s'engageât à renvoyer la classe de 1890, ce qui ajourne à un avenir bien éloigné et fort incertain l'application des nouvelles mesures et laissa Tarmée française dans une situation fort analogue à ce qu'elle était avant la réforme, — peut-être inférieure. — Astuce profonde, réplique la presse des Junkers, et diabolique rouerie : on compte ainsi endormir notre vigilance et atteindre isans péril 1917, Tannée fatidique où la Russie aura terminé ses chemins de fer stratégiques et refait son artillerie ; Tarmée française apparaîtra alors birusquement dans sa force insoupçonnée. Malheureuse Allemagne qui s'endort sur un volcan 1 Cavecunt consoles J

La France est môme si impatiente d'^i découdre qu'elle ne peut pas attendre d'avoir complété ses forces, et la liste interminable de nos torts s'allonge chaque jour, de manière à lasser les plus robustes longanimités.

A Lunéville, un (tirigeable a atterri sur le t^ritoire français (3 avril). — Chance malheureuse ou violattoia intentionnelle de la frontière, les aviateurs allemands sont incontestablement dans leur tort ; les autorités locales, av^ une parfaite courtoisie, leur facilitent le retour. Nos procédés aimables sont récompensés par les criailleries de la presse et une démarche aigredouce de l'ambassade.

A Avricourt, quelques jours plus tard, une aventure analogue produit des incidents pareils (22 avril).

A Nancy trois voyageurs ali^aïuis sont l'objet d'une manifei^ation pen sympathique de la part de

quelques noctambules (13 avril). L'épisode est si insignifiant que les habitants de la ville l'ignorent et que le préfet n'en avise même pas le Ministre. Il suffit cependant pour que, le lendemain, M. de Jagow, avant toute information contrôlée, dénonce le chauvinisme français. Par une redoutable coïncidence, c'est le moment où la querelle de Scutari est dans sa période aiguë. « Il semble vraiment, écrit M. Francis Charmes dans la Revue des Deux Mondes^ qui ne passe généralement pas pour un journal violent, qu'en Allemagne on tienne à avoir toujours un grief contre nous, comme si on voulait s'en servir à l'occasion. Quand il est usé, on en invente un autre. »

On nous attaque parce que nous n'ouvrons pas le marché de Paris à un emprunt hongrois; — sommes-nous donc tenus de souscrire à des valeurs véreuses et de fournir des capitaux à nos adversaires pour perfectionner leur armement? Le comte Berchtold se venge en parlant aux Délégations des « voix peu amicales qui se font entendre quelquefois en France, sans qu'il puisse en deviner les motifs ».

En Alsace, les incidents se succèdent, tragiques ou burlesques, comme pour nous pousser, en réveillant nos douleurs inapaisées, à des imprudences qu'on exploitera. Après un dîner chez le secrétaire d'État, l'Empereur interpelle le bourgmestre Schwander : — « Vous ne nous avez connu jusqu'à présent que du bon côté, mais je vous le déclare, vous apprendrez à nous connaître aussi du mauvais côté. Si les choses ne changent pas, je briserai de nouveau votre constitution et je vous incorporerai à la Prusse. » — Curieux aveu du souverain qui, pour briser les résistances, menace les mutins de les unir à la Prusse !

Même incorporés à la Prusse, d'ailleurs, les Alsaciens n'auraient pas été plus sauvagement traités

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