ALLEMAGNE ET FRANCE
qu'ails ne relaient sous la haute surveillance du gouverneur militaire von Deimling, quand le lieutenant von Forstner et le colonel von Reutter traitaient Saveme en ville conquise; — que le Reichstag dodelinait de la tête aux paroles du Ministre de la Guerre, M. de Falkenhayn, qui, sans contester que la loi eût été violée, ajoutait que son premier devoir était de faire respecter « Thabit du roi » ; que le préfet de police, en plein tribunal, traitait les habitants du Reichsland de « population presque ennemie », et que le Kronprinz félicitait et encourageait les officiers que le scandale de leur conduite avait amenés devant la justice.
En même temps, les journaux poursuivaient pendant plusieurs mois une campagne de dénonciations et de calomnies contre la légion étrangère, nous accusaient d'inonder FEmpire de racoleurs, dépeignaient sous les couleurs les plus noires et les plus mensongères les barbares traitements auxquels étaient soumis les malheureux qui se laissaient séduire par Fappât des soldes qu'on leur promettait Le 30 avril 1914, au Palais de glace à Berlin, en présence des représentants officiels des Ministres de la marine et la guerre, on voyait sur la scène un légionnaire, — en uniforme, — fusillé par un détachement de la garde prussienne; les figurants étaient des soldats de la garde, sous les ordres d'un sousofficier.
Depuis dix-huit mois, rien n'avait été négligé pour chauffer à blanc les haines, et les matières inflammables avaient été patiemment accumulées de manière que la moindre étincelle suffît pour provoquer l'explosion attendue.
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L'Empereur et l'Allemagne oseraient-ils prétendre que c'était pour sauvegarder la paix qu'ils augm^itaient démesurément leurs armements, qu'ils enve-* nimaient des incidents sans portée ou qu'ils soulevaient sans prétexte des questions irritantes?
D'ailleurs, nous avons l'aveu formel de leurs projets et de leurs intentions dans le discours du Chancelier au Reichslag, le 2 décembre, dont la naïve impudeur et l'extravagante maladresse ont sur* pris et choqué même la presse germanique.
La Triple-Entente, a dit le Chancelier, était une œuvre de l'Angleterre, qui voulait s'en servir pour maintenir le principe bien connu de la balance of power. — Ni l'Angleterre, ni la Russie, ni la France n'ont jamais dissimulé, bien loin de là, qu'elles défendaient en effet l'équilibre européen, et, que le Ghaar celier voie dans cette volonté avérée une pensés d'agression, c'est donc que l'Allemagne voulait dé>* truire cet équilibre et lui substituer sa propre domi* nation.
Pour prévenir la guerre, continue M. de Bethmami- Hollweg, il fallait arriver à des accords particuliers avec les Puissances de la Triple-Entente. L'Allemagne l'a essayé : malheureusement elle s'est heurtée en France k l'idée de revanche, entretenue par quelques ambitieux; en Russie, aux fantaisies panslavistes; en Angleterre, au principe politique, devenu avec les années un dogme indiscutable, qu'elle doit être l'arbiter mundi et pour «cela « assurer l'équilibre des forces continentales, en conservant une suprématie navale incontestable, i»
En d'autres termes, si la France, par un ^cte de contrition, avait abdiqué ses souvenirs et son rôle dans le monde; si la Russie, infidèle à ses plus magnanimes et plus glorieuses traditions, eût livré les Slaves à l'absorption germanique; si l'An-
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gleterre, par une sorte de suicide, eût permis à FAllemagne d'agir à sa guise dans les Pays-Bas, en Belgique, dans ks monarchies Scandinaves, en Tur^ qufe, la guerre eût été évitée. — Nous sommes parfaitement d'accord avec M. de Bethmann-HoUweg.
Malheureusement, continue4-il toujours avec la même sincérité, si TÂngleterre était disposée à s'entendre avec nous sur diverses questions particulières, rile maintenait le principe essentiel et premier de sa doctrine politique que TAUemagne doit être tenue en échec dans le libre développement de ses énergies par la balance ofpower.
La question est bien posée, ainsi que récrivait très Justement le 4 décembre le Corriere délia Sera : D'un côté les puissances qui croient que l'Univers se compose d'une réunion d'États autonomes qui ont droit à une vie indépendante; de l'autre, la Germanie qui entend les réduire sous sa direction à une existence subordonnée et inccMOipIète, qui revendique la mission, suivant le témoignage de MM. Ostwald, Demburg et Cie, d'organiser le monde, de le soustraire à l'anarchie dans laquelle il se débat, en le soumettant à Tordre inflexible que fixera l'Empe* renr.
Bien coupables à coup sûr sont les Anglo-Saxons, les Slaves et les Latins qui se dérobent à la fortune qui s'offre à eux, et bien à plaindre! O forhmaio9 nimirnn, sua si bananorini/
* Mais n*a-t-cm pas le droit de contraindre les impruéents qui nient la vérité et dédaignent leur propre bonheur?
Au début de 1914, un certain Frobenius, dont la personnalité est énigmatique, publiait un écrit de circonstance qui eut quatorze éditions en quelques mois : l'Heure fatidique de l'Empire.
La nouvelle Allemagne, disait-il, a eu une enfance
difficile et a été accueillie sans plaisir par un monde dont elle troublait les habitudes. Nous nous sommes présentés fort humblement, sans que nos allures pacifiques nous aient valu autre chose que des camouflets. En voilà assez, changeons de méthode. Le monde s'incline devant le succès, et les sympathies qu'on refuse à notre condescendance, on les accordera à nos victoires. Jamais les chances ne seront aussi favorables. A l'automne 1913, la France a libéré la classe de 1890 et incorporé les classes de 1892 et 1893, il lui faut donc pendant Thiv^r 1914 instruire deux classes de conscrits, encadrées dans une seule classe qui n'est elle-même sous les drapeaux que depuis un an, avec des sous-officiers peu nombreux et manifestement insuffisants. En réalité, elle est dans la quasi-impossibilité de faire la guerre. La Russie, dont les effectifs atteignent 1 850 000 hommes en hiver, n'a plus en été que 1 450 000 soldats sous les drapeaux; elle est en pleine crise de réorganisation; ses chemins de fer de Pologne sont à peine entamés, son artillerie est insuffisante et ses arsenaux sont loin d'être au complet. En face de ces adversaires désemparés, l'Allemagne est merveilleusement en forme ; les cadres supérieurs ont été rajeunis, les soldats sont entraînés par une caste de sous-officiers, à quoi l'on ne saurait rien comparer dans le monde. Nos arsenaux sont pleins, notre artillerie réserve à nos adversaires de cruelles surprises et nos zeppelins sont des outils de combat autrement redoutables que les aéroplanes dont les Français tirent vanité. Le trésor de Spandau a été porté à 500 millions de francs. La crise de 1911 nous a montré les vices de notre organisation financière; les banques qui, à ce moment là, ont été audessous de leur tâche, ont amélioré leurs méthodes, et la mobilisation financière ne nous causera pas plus de mécomptes que la mobilisation militaire.
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L'occasion n'a qu'un cheveu : Malheur à qui ne le saisit pas.
Quelques critiques se sont demandé si le nom de Frobenius ne cachait pas un très haut personnage, peut-être le Kronprinz lui-même. — Ce qui est incontestable, c'est que le Prince félicita Fauteur; quel qu'il fût, l'écrivain traduisait fidèlement la conviction des cercles militaires. L'Empereur et les officiers, les hobereaux et les professeurs, les pangermanistes et les libéraux pensaient, comme l'écrivait le General Anzeiger de Francfort, le 8 juin 1913, que « décidément on avait tort de croire que les peuples pussent vivre indéfiniment côte à côte dans une concurrence purement pacifique et que, pour vaincre l'opposition des autres nations, une guerre était nécessaire. »
Il ne leur fut que trop facile d'entratner à leur suite la nation tout entière.
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