‹ La guerre; causes immédiates et lointaines, l'intoxication d'un peuple, le traitéChapitre 71 sur 124 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'iilemagne unie pour la guerre. — La Praeee : son développement histori^ae. — léna et la domination napoléonienne. — Les idées maîtresses de l'Allemagne : sa conception de rÉtat. — Le mysticisme germanique. — Le mensonge de l'AUemagne.

Au commencement du mois d'août, les journalistes en France reçurent le mot d'ordre de mettre la foule en garde contre de dangereuses illusions : La guerre serait longue et difficile. Il fut visible cependant qu'ils n'apportaient pas dans leur mission une conviction très sincère, et les craintes qu'ils affectaient dissimulaient mal une confiance qu'expliquait la situation diplomatique qui nous était absolument favorable. Ceux mômes qui connaissent le mieux l'Allemagne ne parvenaient pas à se faire une idée exacte de son immense effort de préparation militaire et de la solidité de la machine de guerre qu'elle avait mise sur pied. L'écrasement final de notre adversaire parut alors, non seulement si certain, ce qui était exact, mais encore si aisé qu'une légende tendit à se former d'après laquelle la guerre actuelle serait le coup de tète de quelques forcenés et la folie d'une caste qui, menacée dans ses privilèges, aurait

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risqué une partie désespérée. On résuma cette opinion par un mot qui fit fortune : la guerre que nous fait TAUemagne est une guerre d'ofiBciers.

Assez vite cependant aa s'aperçut que, si la masse de la nation n'avait peut-être pas d'avance désiré la guerre, — ce qui encore est plus que discutable, — dans tous les cas, elle l'avait acceptée avec enthousiasme, et qu'une même volonté de domination emportait les soldats et les chefs.

Par une erreur singulière et déplorable, la plupart de nos gouvernants, je dis de ceux qui se disent et se croient de sincères démocrates, sont incapables de mesurer exactement la transformation produite dans les cœurs et les cerveaux par un demi-siècle de liberté absolue et de discussion. Ils continuent à traiter le peuple de France comme un enfant que l'on m^e par des racontars et des fables. Ils n'ont pas compris la magnifique leçon de la mobilisation qui n'a pas été seulement un élan d'enthousiasme, mais un acte réfléchi de sacrifice. Ils ne sentent pas que tous nous avons fait un pacte avec la mort et qu'il est puéril, offensant, — et qu'il serait dangereux, s'il était possible que n'importe quel gouvernement compromit le succès, alors que la nation entière a juré de le conquérir — de dissimuler la vérité ou de chercher à surexciter les courages par des inventions plus ou moins saugrenues.

On nous parle ainsi encore quelquefois de soldats allemands poussés au combat l'épée dans les reins et saisissant la première occasion pour jeter leurs armes. La réalité prouve au contraire que les Allemands se battent avec un acharnement farouche et, pour avoir supporté sans se dissoudre les pertes énormes qui lui ont été infligées, il faut bien que leur armée soit maintenue à la fois par une discipline de fer et par une ardente conviction. En dépit de toutes

les anecdotes suspectes ou insignifiantes de quelques reporters, reconnaissons que nous avons en face de nous, non un gouvernement, mais un peuple, non une caste, mais Tensemble de la nation, non pas seulement la Prusse, mais rAllemagne entière.

Est-ce à dire cependant qu'il soit complètement faux de prétendre que la guerre actuelle est avant tout une guerre d'officiers et que la responsabilité première en remonte à la Prusse, non à TAUemagne?

— Pas le moins du monde. La Prusse a été le levain guerrier qui a soulevé la masse de l'Empire; chez les Junkers des provinces orientales — au delà de TElbe

— sV^t conservé le ferment de haine et de violence qui a peu à peu contaminé le reste de FEmpire. Naturellement, Faction de ce ferment n'aurait été ni aussi générale, ni aussi profonde, si elle n'avait été favorisée par quelques instincts primordiaux de la race germanique. Mais, sans cette infection extérieure, il n'est pa$ évident que ces instincts eussent pris la même direction ni atteint la môme intensité.

Si Ton veut essayer de comprendre l'évolution morale qui a rendu possible le conflit actuel et qui explique la marche générale de la politique de Guillaume II en même temps qu'elle a été précipitée et accentuée par cette politique, on est tout naturellement amené à étudier par quel concours de circonstances Berlin est devenu un noyau de gangrène militariste, et comment le mal a peu à peu envahi le reste des populations germaniques.

C'est un lieu commun que la guerre est l'industrie nationale de la Prusse. En 1870, Fustel de CoulangeSf dans un article souvent cité depuis, la comparait à la Macédoine. Seulement, la Macédoine fut très vite absorbée par la Grèce qu'elle avait soumise, tandis que c'est la Prusse qui a absorbé l'Allemagne. On a essayé d'expliquer le caractère belliqueux du groupe

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